Communiqué public GEAB N°33 (15 mars 2009)

Exemple d’une tentative de déstabilisation du système bancaire de l’UE et de l’Euro par Wall Street et la City.

Attention manipulationPour LEAP/E2020, les alternatives offertes aux dirigeants du G20 qui se réuniront à Londres le 2 Avril prochain sont au nombre de deux : reconstruire un nouveau système monétaire international qui permette un nouveau jeu global intégrant équitablement tous les principaux acteurs mondiaux et réduire la crise à une durée de trois à cinq ans ; ou bien tenter de faire durer le système actuel et plonger le monde dès la fin 2009 dans une crise tragique de plus d’une décennie.

Dans ce GEAB N°33, nous décrivons ainsi les deux grandes lignes d’avenir qui resteront ouvertes jusqu’à l’été 2009. Au-delà de cette période, notre équipe considère en effet que l’option « crise courte » sera obsolète et que le monde s’engagera sur le chemin de la phase de dislocation géopolitique mondiale de la crise (1), et de la crise profonde de plus d’une décennie.

D’ailleurs, face à l’urgence, LEAP/E2020 publiera le 24 Mars prochain à l’échelle mondiale une lettre ouverte aux dirigeants du G20, modeste contribution de notre équipe pour tenter d’éviter une crise longue et tragique.

La situation s’avère d’autant plus inquiétante que des tensions croissantes se font jour à la veille du sommet du 2 Avril, qui voient émerger les menaces à peine voilées de certains dirigeants et des opérations de manipulation des opinions publiques par d’autres leaders du G20.

Nous revenons plus en détail sur ces éléments dans le GEAB N°33 dans lequel par ailleurs l’équipe de LEAP/E2020 a décidé de se livrer à un exercice utile pour tous ceux (y compris aux Etats-Unis d’où proviennent plus de 20% des lecteurs de LEAP/E2020) qu’exaspèrent l’illusion entretenue par les principaux médias occidentaux sur l’état du pilier américain de notre système actuel : anticiper l’état socio-économique des Etats-Unis d’ici un an, au Printemps 2010. Les tendances lourdes nous paraissent en effet être déjà suffisamment affirmées pour qu’une telle anticipation ait du sens. Un exercice du même ordre sera bien entendu effectué pour l’Union européenne, la Russie et la Chine dans les prochains numéros de GEAB.

Graphique synthétique de l'évolution du sentiment d'inquiétude collective aux Etats-Unis (en bleu : sentiment d'un risque de crise grave ; en vert : sentiment de pouvoir d'achat; en rose : inquiétude sur l'emploi) - Source : Chart of Doom, 02/2009

Graphique synthétique de l'évolution du sentiment d'inquiétude collective aux Etats-Unis (en bleu : sentiment d'un risque de crise grave ; en vert : sentiment de pouvoir d'achat; en rose : inquiétude sur l'emploi) - Source : Chart of Doom, 02/2009

Dans un même souci de fiabilité des informations, l’équipe de LEAP/E2020, qui dès Décembre 2007, dans le GEAB N°20, avait mis en garde contre le risque immobilier en Europe centrale et orientale, a décidé d’analyser dans ce communiqué public du GEAB N°33 la réalité de la soi-disant « bombe bancaire est-européenne » qui a envahi les médias depuis environ un mois.

Si ce sujet nous paraît pertinent c’est qu’il représente selon nous une tentative délibérée de la part de Wall Street et de la City (2) de faire croire à une fracture de l’UE et d’instiller l’idée d’un risque « mortel » pesant sur la zone Euro, en relayant sans discontinuer de fausses informations sur le « risque bancaire venu d’Europe de l’Est » et en tentant de stigmatiser une zone Euro « frileuse » face aux mesures « volontaristes » américaines ou britanniques. L’un des objectifs est également de tenter de détourner l’attention internationale de l’aggravation des problèmes financiers à New-York et Londres, tout en affaiblissant la position européenne à la veille du sommet du G20.

L’idée est brillante : reprendre un thème déjà bien connu des opinions publiques, assurant ainsi une adhésion facile au nouveau contenu ; y intégrer une ou deux analogies frappantes pour assurer une large reprise dans les médias et sur l’Internet (faites « crise bancaire europe est » sur Google, le résultat est éloquent) ; puis utiliser le concours de quelques hommes et organisations liges influentes toujours disponibles pour un mensonge supplémentaire. Avec un tel cocktail, il est même possible de faire croire pour un temps que la guerre en Irak est un succès, que la crise des subprime n’affectera pas la sphère financière, que la crise financière n’affectera pas l’économie réelle, que la crise n’est pas vraiment grave, et que si elle est grave, tout est en fait sous contrôle !

Alors en ce qui nous concerne ici, le thème déjà bien connu, c’est la  séparation entre la « Vieille Europe » et la « Nouvelle Europe », entre une Europe riche et égoïste et une Europe pauvre et pleine d’espoir. De Rumsfeld pour l’Irak au Royaume-Uni pour l’élargissement, c’est une antienne qui a nous a été répétée sans discontinuité pendant dix ans par tous les médias anglo-saxons et affidés, et dont en particulier certains médias britanniques se sont faits une spécialité (3).

Les analogies sont ici au nombre de deux : l’Europe de l’Est, c’est « la crise des subprime de l’UE » (sous-entendu, chacun a forcément une crise de subprime chez soi (4)); et une crise en Europe de l’Est aura le même effet terrible que la Crise asiatique de 1997 (sûrement parce que tout ça se passe à l’Est (5)).

Et les relais disponibles sont nombreux. Tout d’abord, on trouve une agence de notation, en l’occurrence Moodys (6), qui comme ses congénères, est d’une part au service intégral de Wall Street, et d’autre part incapable de voir un éléphant dans un couloir (ils ont juste raté les subprimes, les CDS, Bear Stearn, Lehman Brothers, AIG, …). Mais, mystérieusement, la presse financière continue à relayer leurs opinions, appliquant sûrement un principe plein d’humanité consistant à penser qu’un jour par simple hasard statistique ils finiront pas évaluer quelque chose correctement. Dans notre cas, l’écho fut unanime : Moodys avait identifié bien à l’avance une énorme « bombe » cachée dans l’arrière-cour de la zone Euro (car c’est bien de l’Euro qu’il s’agit ici)… qui ne manquerait pas de dévaster le système financier européen.

Ensuite, pour crédibiliser la chose, on utilise quelques médias viscéralement anti-Euro (comme le Telegraph par exemple, qui par ailleurs produit pourtant de très bonnes analyses sur la crise, mais que la chute de la Livre et de l’économie britannique a tendance à aveugler ces temps-ci en ce qui concerne la zone Euro) et on diffuse une information qu’on supprime ensuite (car elle est inexacte) pour lui donner le sel de l’interdit, du secret (7) qui dévoilerait un « tsunami financier » mondial en préparation notamment du fait des engagements des banques de la Vieille Europe dans le secteur financier de la Nouvelle Europe (8). On remue tout cela chaque jour via les principaux médias financiers américains et britanniques, sachant que les autres suivront par habitude. Et avec l’UE c’est tellement facile puisqu’il lui faut toujours un long moment pour comprendre et encore plus de temps pour réagir, avec l’inévitable dissension qui permet de faire rebondir la manipulation. Cette fois-ci, c’est le Premier Ministre hongrois, Ferenc Gyurcsany, qui joue le rôle du « pauvre petit nouvel Européen martyr ». Pour mémoire, les Hongrois tentent en vain de se débarrasser de lui depuis qu’il a involontairement avoué il y a 2 ans avoir menti à son peuple pour se faire réélire, en confirmant dans la foulée qu’il avait endetté son pays au-delà de toute limite raisonnable. Et c’est lui qui annonce des chiffres délirants pour un plan de sauvetage du système financier de l’Europe de l’Est, mettant à nouveau en position de « méchants » ou d’ « inconscients » les vieux Européens. Le refus de ces derniers est mis en exergue par l’ensemble de la presse américaine et britannique, concluant bien entendu à l’inévitable échec de la solidarité européenne, … et minorant (ou oubliant même parfois) le fait que ce sont les Polonais ou les Tchèques qui ont été les plus virulents contre les exigences aberrantes du Premier Ministre hongrois (9). La tentative d’affaiblir la zone Euro et l’UE par l’Est peut donc se poursuivre. Il faut attendre les déclarations répétées des dirigeants de la zone Euro, l’annonce d’un plan de soutien financier substantiel (au regard des risques réels) et les communiqués musclés des dirigeants politiques et des banquiers centraux de la région pour que cette manipulation commence à perdre un peu de sa vigueur. Mais elle n’a toujours pas disparu, car le parallèle est maintenu dans les médias mentionnés entre crise des subprime et crise de l’immobilier en Europe de l’Est; comme si la Hongrie équivalait à la Californie, ou la Lettonie à la Floride.

Car là est bien le noeud du problème : la taille a de l’importance en matière économique et financière, et ce n’est pas la queue qui fait bouger le chien, comme certains voudraient visiblement le faire croire.

Si dès Décembre 2007, à un moment où nos « experts actuels en crise d’Europe de l’Est » n’avaient pas la moindre idée du problème, LEAP/E2020 avait souligné le risque immobilier important pesant sur les pays européens concernés (Lettonie, Hongrie, Roumanie,…) et bien entendu leurs créditeurs (Autriche, suisse en particulier), il était tout aussi évident pour notre équipe que c’était un problème très limité aux pays concernés. Il y a bien des problèmes à venir pour ces opérateurs et ces pays, mais ils ne sont pas plus grave que la moyenne des problèmes du système financier mondial ; et sans aucune mesure avec les problèmes des places financières de New-York, Londres ou de Suisse. Rappelons-nous que la banque la plus citée comme « détonateur » de cette « bombe » est européenne, à savoir la banque autrichienne Raiffeisen, a réalisé un profit en hausse de 17% en 2008 ; une performance au-delà des espoirs les plus fous de la plupart des banques américaines ou britanniques comme le fait remarquer fort justement William Gamble, l’un des rares analystes s’être intéressé à la réalité de la situation (10).

PIB de l'Union Européenne, de la zone Euro et des Etats-Membres - Source : Eurostat, 2008

PIB de l'Union Européenne, de la zone Euro et des Etats-Membres - Source : Eurostat, 2008

Pour ceux qui connaissent mal la géographie de l’UE, le titre « la Hongrie en banqueroute » ou « la Lettonie en banqueroute » peut paraître tout-à-fait comparable à « la Californie en banqueroute ». Pour ceux qui perdent leur travail à cause de ces faillites, c’est en effet un problème identique. Mais en terme d’impact plus large, il n’y a aucun rapport entre les deux. Ainsi, la Californie, durement frappée par la crise des subprimes, est l’état le plus peuplé et le plus riche des Etats-Unis alors que la Lettonie est un pays pauvre avec une population égale à moins de 1% de celle de l’UE (contre 12% de la population US pour la Californie (11)). Le PIB de la Hongrie représente à peine 1,1% du PIB de la zone Euro (pour la Lettonie ce chiffre est de 0,2%) (12) : soit une proportion comparable à celle de l’Oklahoma (1% du PIB des Etats-Unis (13)), pas à celle de la Floride. On est donc loin d’une Europe de l’Est porteuse d’une crise des subprime à l’européenne. L’ensemble des nouveaux Etats membres de l’UE pèse moins de 10% du PIB de l’UE (et parmi ceux-là, les plus riches ou les plus gros comme la Tchéquie ou la Pologne ne sont quasiment pas affectés). La somme en jeu, pour le système financier européen, se situe dans le pire des cas autour de 100 Milliards EUR (130 milliards USD) (14), soit une somme très modique à l’échelle du système financier de l’UE (15). D’ailleurs, l’UE a pris la tête d’un consortium injectant déjà près de 25 Milliards € (soit 20% du scénario le plus grave) pour stabiliser la situation (16), dont la récente baisse du Franc suisse diminue encore la gravité.

Et, last but not least, en Europe de l’Est, l’immobilier récent gardera une valeur importante (même si plus faible qu’en 2007/2008) car, après 50 ans de communisme, il y a une pénurie d’immeubles modernes. Alors qu’aux Etats-Unis, les maisons construites pendant le boum immobilier de ces dernières années sont des constructions en surnombre, d’une qualité très variable et qui déjà sont en train de se dégrader dans les états les plus touchés. Il y a là une vraie destruction de richesse pour les propriétaires, l’économie, les créditeurs et les banques.

La complexité de cette crise impose d’être très vigilant pour identifier les tendances et les facteurs qui sont réellement porteurs de graves dangers et ne pas se laisser abuser par les rumeurs ou les fausses informations.

Nous espérons donc que cette explication détaillée permettra non seulement de tordre le cou au mensonge orchestré autour de la soi-disant « bombe financière » d’Europe de l’Est (17) ; et qu’elle servira d’exemple pour permettre à chacun de « briser les apparences » et d’aller chercher « derrière le miroir » des médias financiers dominants les éléments factuels qui seuls permettent de se faire une idée précise.

Si le sommet du G20 de Londres ne parvient pas à éviter l’entrée dans la phase de dislocation géopolitique mondiale, ces opérations de manipulation et de déstabilisation vont se multiplier, chaque bloc cherchant à discréditer son adversaire, comme dans tout jeu à somme nulle (18) : ce qu’il perd, je le gagne.


Notes :

(1) Voir GEAB N°32
(2) Relayés par tout ce que ces deux places comptent de médias et experts financiers, dont la plupart n’avait même pas idée du problème immobilier/financier de certains pays d’Europe de l’Est quand LEAP/E2020 l’analysait en décembre 2007.
(3) Nulle surprise donc à ce que Marketwatch reprenne dans un article sur le sujet les accusations à leur propos de la Banque Centrale tchèque. Source : Marketwatch, 09/03/2009.
(4) Ce qui est pourtant faux. Aucun autre pays, à part les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne connaît une telle convergence de facteurs catastrophiques.
(5) Alors que les pays d’Europe centrale et orientale touchés (Hongrie, pays baltes, Bulgarie, Roumanie) sont totalement marginaux dans l’économie mondiale, les pays d4asie du Sud-Est étaient des acteurs-clés de la globalisation des années 1990.
(6) Source : Reuters, 17/02/2009
(7) Et qui fait que même les sites avisés sont incertains sur l’attitude à avoir vis-à-vis de cette « information », entretenant donc la crédibilité de l’ «information »., comme par exemple c’est le cas de Gary North, le 19/02/2009, sur le site LewRockwell.com.
(8) Source : Telegraph, 15/02/2009
(9) Source: EasyBourse, 01/03/2009
(10) Source : SeekingAlpha, 26/02/2009 (11) Source : Statistiques 2007, US Census Bureau.
(12) Source : Statistiques 2008, Eurostat. Et les pays baltes sont « couvés » par les pays scandinaves, en particulier par la Suède qui prend grand soin à éviter une spirale incontrôlable dans la région. Source : International Herald Tribune, 12/03/2009
(13) Source : Statistiques 2008, Bureau of Economic Analysis, US Department of Commerce.
(14) Source : Baltic Course, 05/03/2009
(15) Et ridicule au regard des centaines de milliards que n’arrêtent pas d’injecter dans leurs banques de manière répétée les gouvernements américain et britannique.
(16) Source : Banque Européenne d’Investissement, 27/02/2009
(17) Et nous ne nous attardons pas ici sur l’amalgame fait avec l’Ukraine (amalgame auquel Nouriel Roubini, pourtant généralement plus avisé, a également prêté son concours – source : Forbes, 26/02/2009), qui non seulement n’appartient pas à l’UE, mais en plus est un pion de Washington et Londres depuis la « révolution orange ». L’actuel effondrement de l’Ukraine, s’il peut poser problème à l’UE comme tout facteur d’instabilité à ses frontières, illustre surtout l’ « effondrement du Mur Dollar » au détriment des positions américaines car c’est la Russie qui va y retrouver son influence. Au moment où à Wall Street et à la City, les grandes banques s’effondrent ou sont nationalisées, on a vraiment assisté avec cette manipulation à faire cacher la forêt américano-britannique par l’arbre est-européen. Certains s’y sont certainement laissé prendre en toute honnêteté d’ailleurs car l’histoire était si crédible : « « si non è vero è bello » » comme disent les Italiens.
(18) Ce que deviendra le monde à partir de la fin 2009 si un nouveau jeu n’est pas lancé d’ici l’été prochain.

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9 commentaires pour “Tensions transatlantiques croissantes à la veille du G20”
  1. LeTransmuteur dit :

    Le calvaire des malheureux gouvernants

    AIG a donc révélé la liste des bénéficiaires des 85 milliards de dollars que le gouvernement américain lui avait alloués pour régler les sommes qu’elle devait à ceux qui avaient acheté auprès d’elle des Credit–Default Swaps (CDS). Il faut dire que l’assureur a eu la main forcée par le Wall Street Journal qui avait déjà publié cette liste la semaine dernière. Grand vainqueur : Goldman Sachs avec 12,9 milliards de dollars. La Société Générale a reçu elle 11,9 milliards de dollars.

    On s’était demandé à l’époque pourquoi l’effondrement de la finance que les CDS devait générer le 21 octobre dernier n’avait pas eu lieu. L’explication, on la connaît maintenant : les sommes dues furent versées à ceux à qui on les devait et c’est l’argent du contribuable américain qui fut utilisé. On évoquera évidemment dans les jours qui viennent le fait que Mr. Paulson, l’ancien Secrétaire au Trésor, qui prit la décision de renflouer AIG pour que l’assureur puisse effectuer ces paiements in extremis, est lui-même un ancien de Goldman Sachs. Le fait n’a cependant aucune signification particulière, sinon de souligner une fois de plus le caractère incestueux de ce petit monde constitué d’une part de banquiers responsables de la catastrophe et d’autre part de gouvernants qui s’efforcent en ce moment de l’endiguer : ce sont les mêmes avec juste le petit décalage dans le temps qui leur permet de passer de l’univers de la finance à celui du gouvernement.

    Et pour ces dirigeants, la situation actuelle est désastreuse, non pas simplement parce qu’ils se révèlent aussi incapables dans leur nouvelle fonction que dans l’ancienne mais parce que les nouvelles qui n’arrêtent pas de tomber soulignent toujours plus cruellement la nature perverse du système qu’ils essaient de sauver. Est en effet tombée en même temps que la divulgation de la liste des bénéficiaires, la nouvelle qu’AIG s’apprête à verser 165 millions de dollars en primes de rétention aux responsables en son sein de la calamité des CDS. Les gouvernants désapprouvent : « Il est absolument injuste que l’argent du contribuable soit utilisé pour soutenir une compagnie qui fit ces paris insensés », déclare Mr. Bernanke, Président de la Fed, en se tordant les mains. Mr. Lawrence Summers, principal conseiller économique de Mr. Obama, qualifie lui la chose de « révoltante ». « Le gouvernement ne peut malheureusement pas abroger ces contrats », ajoute-t-il en s’arrachant les cheveux.

    Et c’est là le calvaire de ces malheureux gouvernants en ce moment : chaque jour qui passe les oblige à révéler davantage à un public ébahi que ce système dont ils firent non seulement partie mais dont ils furent autrefois les principaux acteurs, est organisé de manière à permettre à ses dirigeants de puiser en permanence dans la caisse et de la vider entièrement dès qu’un pépin se présente. Et comme le système n’a pas changé depuis le début de la crise (puisqu’ils s’efforcent de le maintenir intact), le fait que ce soit le contribuable qui remplisse maintenant la caisse au fur et à mesure qu’elle se vide, n’y change absolument rien : les dirigeants des banques continuent comme avant d’y puiser de manière éhontée (puisque « c’est dans les contrats », comme le dit Mr. Summers), la seule différence étant que c’est désormais au vu de tous. Le public les regarde faire avec des yeux ronds tandis que les gouvernants commentent la mort dans l’âme : « Ben, c’est malheureusement comme ça que ça marche… »

    On avait dit à ce public, depuis que la banque existe : « C’est trop compliqué pour que vous puissiez comprendre. Circulez, y a rien à voir », et le voilà qui ne comprend que trop bien maintenant que ses propres gouvernants à la torture le lui expliquent et que tout cela est en réalité extrêmement simple à comprendre.

    Par Paul Jorion

  2. Bouddha_Hindy dit :

    L’actualité de la crise : Des peines à leur juste valeur

    Je poursuis volontiers sur le thème des règlements de compte qui s’opèrent – ou vont le faire – abordé par Paul Jorion avec Le calvaire des malheureux gouvernants, son dernier billet sur AIG. Non pas en évoquant encore une fois les ventes à découvert qui se poursuivent et spéculent en bourse à la baisse des actifs, ni en cherchant à dénombrer les poursuites judiciaires engagées ou annoncées à propos de l’affaire Madoff, qui risquent de dévoiler des dessous scabreux car la recherche des complicités ne devrait pas s’arrêter à la famille. Ni même en espérant des retombées au cas Stanford, car celui-là semble déjà enfoui. La loi du silence du monde des patrons de la drogue étant encore plus impitoyable que celle de ceux de la finance. Mais en m’appuyant, tout simplement, sur l’actualité.

    Sans doute faut-il d’abord remonter le cours de celle-ci de quelques jours, une éternité en ces temps, et parler de General Electric, ce conglomérat emblématique des transformations de l’industrie américaine, ce fleuron de la bourse qui ne l’est plus. Pour avertir qu’il ne faut pas faire de mauvais diagnostics. Les ventes à découvert sont incriminées à propos de sa chute, les managers protestent pour leur part de la bonne santé de leur entreprise. Un scénario devenu habituel. Mais si l’on y regarde d’un tout petit peu plus près, on voit vite que la santé n’est pas si excellente que cela, et que les ventes à découvert ne sont pas seules en cause. On s’aperçoit qu’une filiale de GE, la GEC, contribuait à son chiffre d’affaires à hauteur de 35%, selon ses derniers résultats, développant depuis une vingtaine d’années une activité purement financière. La GE subit donc simultanément, selon l’expression consacrée, deux sanctions du marché, deux règlements de compte. D’un côté, l’activité de spéculation des plus forts, ou des plus habiles, de l’autre le contrecoup de son ancienne bonne fortune, comme pour toute « l’industrie financière », pour reprendre ce vocabulaire dévoyé. Tout du moins si l’on se souvient que l’industrie est « l’ensemble des activités humaines tournées vers la production en série de biens » (Wikipedia). Comme si on avait élargi le sens d’ « industriel » pour escamoter la désindustrialisation profonde du pays. Industrie depuis devenu synonyme d’activité ; une activité industrielle étant de ce fait un pléonasme.

    Le travestissement des mots est certes de rigueur dans le discours politique. On parle désormais aux Etats-Unis de « guerre économique », après avoir parlé de celle des étoiles et de celle du bien contre le mal. Une manière de dire « fermez les yeux et serrez les coudes ! » et d’annoncer qu’il va y avoir des morts et qu’il faut s’y résoudre, en espérant ne pas être parmi les victimes.

    Dimitri Medvedev, le président russe, en connaît dans ce domaine un rayon. Il a annoncé la poursuite des règlements de compte au sein de l’oligarchie russe. Remarquant que « des gens sont devenus très riches sur une période de temps très courte » (à la suite des privatisations-cadeaux des années 90), il en a tiré la conclusion que « maintenant il est temps de rembourser les dettes, les dettes morales », manière de dire que les parrains dont il est le porte-parole reprenaient les choses en main, mettant à leur profit la crise.

    Larry Summers a été moins inspiré. Suite à un examen que l’on suppose approfondi de la situation, il a déclaré qu’ « il y a une leçon de l’histoire des crises financières que personne ne peut nier: elles ont toutes une fin. Celle-ci aussi ». Cherchant à rassurer les dirigeants chinois sur le fait que les USA continuent d’être un bon risque, et à les inciter à continuer de massivement acheter ses bons du Trésor, il a poursuivi « Il s’agit d’actifs de choix pour des gens dans le monde entier (…) Du moment que nous gérons notre économie de manière saine (…) les marchés financiers américains vont s’en sortir, malgré une période de difficultés ». On ne peut argumenter de manière plus convaincante.

    On ne sait pas encore, par contre, ce que va plaider Cherie Blair, la femme de l’ancien Premier ministre britannique, qui va déposer une plainte devant un tribunal de New York. Des fonds de pension britanniques vont en effet poursuivre la banque Royal Bank of Scotland (RBS), afin d’être dédommagés pour les pertes massives enregistrées lorsque celle-ci a été renfloué, le cours de son action effondrant. Si l’on comprend bien, c’est l’Etat, devenu actionnaire à 70% de la banque, qui pourrait être tenu pour responsable de la situation, du fait d’être entré au capital de celle-ci pour éviter sa faillite (et la ruine totale des fonds de pension). Un règlement de compte que n’aurait pas désavoué Tony Blair.

    Puisque nous en sommes aux banques britanniques, il ne serait pas très fair-play d’oublier le cas de l’orgueilleuse Barclays, qui avait préféré payer très cher une aide privée que de consentir à accepter celle de l’Etat. Toute honte à moitié bue, elle envisage maintenant d’utiliser le programme de garantie des actifs douteux du gouvernement, mais elle a fait savoir qu’elle entendait y mettre ses conditions. « Sa décision de le faire ou non, et dans quelle mesure, sera basée sur l’intérêt économique pour les actionnaires d’une telle participation », indique-t-elle, en parlant d’elle même à la troisième personne comme certaine stars. Il ne faudrait pas, en effet, que les actionnaires puissent être pénalisés. Dans ce cas, il s’agit plutôt d’un refus de régler les comptes.

    Les humeurs des capitaines de l’industrie financière (puisqu’il faut donc dire ainsi), un instant abattus, ne peuvent plus être ignorées depuis quelques temps. Jamie Dimon, CEO de JPMorgan Chase & Co, a ainsi déclaré sans vergogne que le système bancaire pourrait être sauvé d’ici la fin de l’année, « si les officiels se décidaient à coopérer et arrêtaient de dénigrer le monde américain de l’entreprise (…) Si nous agissons comme une famille désunie, on finira jamais ce que nous avons commencé et on en discutera éternellement ». Il faudrait citer dans son intégralité la conférence du 11 mars de Jamie (call me Jamie !) devant la Chambre de commerce à Washington et la garder pour une anthologie.

    Cette même impatience se fait sentir dans de larges secteurs de ce monde financier, qui souffre et dont la peine n’est pas reconnue à sa juste valeur. Richard Kovacevich, président de Wells Fargo & Co, a ainsi critiqué l’administration Obama, à l’occasion d’un discours prononce le 13 mars à l’Université de Stanford, pour avoir rétroactivement rajouté des contraintes au TARP (littéralement, le programme de soulagement des actifs à problèmes), ce qui a obligé les banques à couper dans les dividendes. La maladie, doit-on hélas constater, est malheureusement incurable.

    Les tests de stress des 19 plus importantes banques américaines qui ont lieu en ce moment à l’initiative du Trésor, sont selon des propres termes « des âneries ». Sans doute faut-il voir dans la tenue de ces derniers les raisons d’un certain énervement, ainsi que l’intention, en le manifestant, de peser sur leurs résultats. Ce n’est certainement pas par hasard si l’on retrouve dans la liste des artisans de cette sédition, qui menacent de rendre les fonds du TARP au Trésor si ces restrictions ne sont pas levée, dans un même chantage pas très crédible car peu susceptible d’être mené à son terme, des grands noms tels que Bank of America, Goldman Sachs ou US Bancorp… Rappelons aussi que les banques recevant des fonds publics doivent limiter à la modeste somme de 500.000 dollars annuel la rétribution de leurs dirigeants. Quant aux tests de stress, il leur est simplement reproché de ne pas être effectués par les banques elles-mêmes, selon les usages en vigueur, qui ont fait comme chacun sait leurs preuves. On peut appeler cela comme on veut, autorégulation ou consanguinité. Ou bien indécence.

    Je rappelle l’information donnée dans un commentaire d’hier, et qui faisait état d’une lettre envoyée au Comité des services financiers de la Chambre des représentants, en vue d’une audition qui se tiendra demain mardi. Trente et une institutions financières américaines viennent en effet de demander que soient prises « immédiatement » des dispositions afin que cesse la spirale baissière des pertes financières dans les bilans. Avec rien de moins que l’American Bankers Association, l’Independent Community Bankers of America, la Mortgage Bankers Association et l’U.S. Chamber of Commerce comme signataires de la lettre ouverte. L’idée est d’opérer un véritable tour de passe-passe, en modifiant la règle comptable d’évaluation au prix du marché des actifs. Le tour serait ainsi joué, les actifs pourris reviendraient verts, en attendant qu’ils mûrissent le plus tard possible. « Soyons clairs », disent nos édiles (ce qui généralement signifie que l’on ne va pas l’être), « les pertes économiques réelles doivent être prises en compte dans un marché ordonné. Toutefois, reconnaître des pertes qui ne reposent pas sur l’économie réelle est intenable en toutes circonstances ». Encore une manière de ne pas régler les comptes, de faire appel à un « réel » incertain pour mieux fuir un imaginaire douloureux, à moins que ce ne soit le contraire.

    Walter Cronkite, à qui je ne saurais me comparer pour d’évidentes et multiples raisons, concluait toujours par la même phrase ses journaux télévisés : « Ainsi allait le monde aujourd’hui… » (de mémoire).

    Par François Leclerc

  3. Alcidejet dit :

    Réaction d’un auditeur, patron de PME, sur l’antenne de RMC. Un français qui en a marre. Poignant !

    Source : jovanovic.com

  4. Bouddha_Hindy dit :

    Un assureur bien tranquille

    Les chiffres publiés par AIG et le nom des contreparties bénéficiaires des fonds qui lui furent versés par les autorités américaines pour le tirer d’affaire sont intéressants à plus d’un titre. Ils nous montrent que les Credit–Default Swaps (CDS) ne constituaient peut–être pas sa seule exposition majeure et que l’emprunt d’instruments de dette constitue avec 43,7 milliards de dollars perdus un poste presque aussi important que les 49,5 milliards perdus sur les CDS. Avec une perte de 12,1 milliards de dollars sur les Guaranteed Investment Agreements (GIA), les sommes versées à des « municipalities » américaines apparaissent presque modestes. Tout cela représente un total de 105,3 milliards, soit davantage que les 85 milliards obtenus initialement par AIG lors de son sauvetage improvisé en septembre de l’année dernière.

    Le règlement des sinistres sur CDS s’est fait selon deux formules : 1) rachat des instruments de dette sinistrés par un fonds (Maiden Lane III, quitte pour celui-ci de tenter de récupérer une partie de la mise), formule s’appliquant manifestement aux établissements qui achetaient les CDS dans une perspective authentiquement assurantielle (puisqu’ils disposaient des obligations assurées), dont coût : 27,1 milliards de dollars ; 2) règlement en espèce pour les autres CDS, formule s’appliquant manifestement aux acheteurs de CDS dont les positions étaient nues, c’est–à–dire ceux qui prenaient de simples paris sur la faillite prochaine de leurs concurrents, dont coût, 22,4 milliards de dollars. Soit, 27,1 milliards pour avoir joué un rôle d’assureur et s’être planté lamentablement dans l’évaluation du risque et 22,4 pour avoir joué au bookmaker.

    Les Guaranteed Investment Agreements (GIA), étaient des placements que des fonds locaux américains pouvaient faire auprès d’AIG pour des sommes dont ils n’avaient provisoirement pas l’usage. Le rendement garanti était probablement faible mais à une époque où plus rien ne rapportait, ces taux ont dû se révéler encore excessifs et AIG a dû débourser la différence. Les déboires rencontrés ici sont du même ordre que ceux que les « Money Markets » rencontraient à la même époque et cet aspect de l’activité d’AIG relève exactement de la même logique.

    Enfin, les 43,7 milliards de dollars perdus dans l’emprunt d’instruments de dette. C’est là l’information la plus curieuse et la plus neuve. Qu’allait donc faire AIG dans cette galère et comment l’assureur a-t-il fait pour perdre des sommes aussi considérables ? La réponse est qu’il s’agissait sans doute d’une activité connexe à la vente de CDS mais il ne s’agit là, comme on va le voir, que d’une simple supposition de ma part.

    La déclaration d’AIG à ce sujet est très laconique : « L’aide publique fut également utilisée pour satisfaire des obligations envers des contreparties financières liées à AIG dans ses opérations de prêt d’obligations », et l’on en est donc réduit à supputer. Je réfléchis tout haut à votre intention. Celui qui emprunte des instruments de dette paie une commission à celui qui les lui prête. Il est obligé de placer un collatéral en garantie de cet emprunt. Si la valeur de ce collatéral baisse, il y a appel de marge, c’est–à–dire que le prêteur réclame que davantage de collatéral soit mis en gage pour compenser sa déperdition de valeur. Le prêteur empoche la commission, il ne peut perdre à l’opération que si l’emprunteur ne parvient pas à rendre ce qu’il a emprunté. S’il ne répond pas aux appels de marge, l’emprunteur est en défaut.

    Si l’on regarde la liste des contreparties d’AIG à ce petit jeu, ils sont tous encore en vie, et on peut en tirer la conclusion que ce n’étaient donc pas eux les emprunteurs mais AIG lui-même. Dans quel but emprunte-t-on des obligations ? En général pour les vendre à découvert : parce qu’on imagine que leur prix va baisser et que l’on veut bénéficier de cette baisse. Montrons comment cela fonctionne sur un exemple : on emprunte des obligations quand elles valent 100 € et on les vend aussitôt. On attend que leur prix soit tombé à 90 €. On les rachète alors et on les rend à leur propriétaire. On les a achetées 90 € et on les a vendues 100 €, on a donc empoché 10 €. Les opérations ne se sont pas faites dans cet ordre là, mais qu’importe. Comme on aura payé une commission de 0,50 € pour l’opération, on s’y retrouve sans difficulté.

    Quand on s’y prend mal, le prix ne baisse pas comme on l’avait prévu, cela n’empêche pas que l’on soit quand même obligé de racheter les obligations qu’on avait empruntées pour les rendre le jour convenu et, du coup, on perd de l’argent dans l’opération. Ce qui a dû se passer ici, c’est qu’AIG a dû tenter de se couvrir pour ses opérations de CDS, n’y a pas réussi et a pris une raclée. Prenons encore un exemple : disons que la Société Générale achète un CDS pour s’assurer contre les pertes qu’elle subirait sur un portefeuille de 1000 obligations émises par General Motors en cas de défaillance de celle-ci. Pour se couvrir, AIG a pu emprunter 1000 obligations émises par GM et les a vendues à découvert pour bénéficier de la baisse de leur valeur, faisant un gain équivalent à la somme qu’elle devrait verser à la Société Générale en cas de défaillance du constructeur automobile.

    Qu’est-ce qui a mal tourné ? Difficile à dire sans informations plus précises. Un collatéral dont la valeur baissait et dont il fallait régulièrement augmenter le volume pour répondre aux appels de marge ? Une couverture impossible à assurer durant ce mois de septembre 2008 qui était à ce point chahuté qu’aucun produit financier ne répondait plus comme prévu ? Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, si d’autres s’avèrent aussi inquisiteurs que moi à propos de ces 43,7 milliards de dollars perdus par AIG dans des emprunts d’instruments de dette, nul doute que l’on en saura bientôt davantage.

    (Merci à Nicolas Cori de Libération pour avoir attiré mon attention sur le communiqué d’AIG et sur la ventilation des pertes. Nous en avons longuement débattu. Son propre article sur le sujet paraîtra dans Libé demain mardi).

    Par Paul Jorion

  5. Alcidejet dit :

    Min3_3d5c936d1dfe90160e782f020320d824Propos recueillis par Virginie Belle, le mardi 17 mars 2009 à 04:00

    Ancien chef d’une grosse entreprise du bâtiment, Pierre Lantermoz (président du tribunal de commerce de Saint-Etienne) est en prise directe avec le quotidien des entreprises. Au fil des audiences, il constate une augmentation alarmante des dépôts de bilan, qui touchent désormais les grosses entreprises de la région.

    FRANCE-SOIR. Le nombre de liquidations a-t-il augmenté depuis le début de l’année ? PIERRE LANTERMOZ. Au 6 mars, nous avons eu 143 procédures de redressement ou de liquidation judiciaire concernant 1.098 salariés, contre 62 en février 2008 concernant 159 salariés. Le nombre de procédures a déjà doublé et le nombre d’employés concernés a été multiplié par sept ! Des chiffres qui donnent une orientation pour l’année à venir. Pour faire face à l’augmentation du nombre de dossiers, nous allons passer de un à trois juges en matière de prévention.

    Vous traitez donc davantage de grosses entreprises ? Oui, la bascule s’est faite pendant le dernier trimestre 2008. Les grosses entreprises de 40 à 100 salariés tombent les unes après les autres. Il y a des ruptures de charge de travail allant de 50 à 80 %… C’est affolant. Nous avons eu le cas d’une entreprise d’éléments de machines textiles de 46 salariés. En novembre, elle n’avait plus de travail que pour 16 d’entre eux et pour 6 en février. Elle a été contrainte de licencier. Avant, nous avions principalement de jeunes et petites entreprises.

    Quels sont les secteurs les plus touchés ? A Saint-Etienne et dans son agglomération, les restaurants, les petits commerces, l’immobilier sont touchés. Les plus pénalisés étant les transporteurs, gros et petits, les sous-traitants du bâtiment et surtout de l’automobile, et la mécanique en général. En fait, cette crise n’est pas sectorielle, elle touche tout le monde et nous n’avons aucune visibilité.

    La situation va-t-elle encore se dégrader ? C’est sûr. Je ne pense pas qu’un redressement soit possible dans les mois qui viennent. Le retour de la confiance et la relance de la croissance arriveront plus tard.

    Le plan de soutien aux entreprises lancé par le gouvernement peut-il être efficace ? Le plan de soutien est une bonne chose, mais cette crise est un gouffre sans fond, personne ne sait où ça va s’arrêter. Cette année, plus de 10 % des entreprises déposeront le bilan. C’est un véritable effondrement de l’économie.

    Comment vivez-vous ces audiences en tant que juge, en tant qu’ancien chef d’entreprise ? Je suis sincèrement malheureux face au désarroi des entrepreneurs. Après une défaillance, souvent on voit ce que l’on appelle les « 3D » : dépôt de bilan, divorce et dépression. L’entrepreneur n’a droit à rien, contrairement aux salariés, et se retrouve démuni. Au tribunal, nous prenons le temps de les écouter, parfois ils s’accrochent à nous comme à un frère. Humainement, c’est très dur. Nous sommes inquiets et craignons des suicides pour certains d’entre eux, très fragilisés par la situation.


    “Si la crise continue, je devrai licencier trois personnes”, Philippe Dupré, patron d’Urgence absolue, société de transport à Aussonne (Haute-Garonne).

    « J’ai 26 salariés. Ici, on fait du transport, de la petite voiture au poids lourd, depuis vingt et un ans. » Auparavant, les destinations avaient des consonances européennes : Lisbonne, Copenhague, Rome ou Berlin. « C’était avant l’ouverture du marché aux pays de l’Est », explique Philippe Dupré, 55 ans, patron bonhomme de l’entreprise Urgence absolue, basée à Aussonne (Haute-Garonne), dans les environs de Toulouse. « Un chauffeur en Pologne ou en Slovaquie coûte 500 euros par mois, contre 3.500 euros charges comprises en France. On ne peut pas lutter ! C’est impossible. » Ce chef d’entreprise a donc été « contraint d’arrêter l’international depuis bientôt trois ans » pour se concentrer sur les livraisons régionales.

    Camions à l’arrêt

    Baisse des commandes due au cabotage (*) sauvage, baisse des volumes à livrer… « Quand les usines produisent moins, inévitablement on transporte moins. Beaucoup de nos clients sont sous-traitants dans l’automobile, la plupart sont sinistrés. » Aussi, quatre ou cinq camions ne roulent plus et attendent sur le parking de l’entreprise. « Depuis juin 2008, notre chiffre d’affaires a baissé de 30 %. J’ai dû supprimer les heures sup, soit quarante heures par chauffeur et par mois. » Des salariés touchés de plein fouet, qui peinent, pour certains, à rembourser leurs crédits, à honorer leurs factures…

    Hélas, cette mesure est loin d’être suffisante. « Dans les PME on n’a pas la culture du licenciement, mais si la crise continue je serai obligé de licencier trois personnes, je n’ai pas le choix. C’est très dur », poursuit Philippe.

    Ristourne

    Déjà acculé, l’entrepreneur doit s’acquitter de charges en constante augmentation : les péages autoroutiers en hausse de 25 % depuis trois ans, le pétrole ces derniers mois. L’an prochain, il devra payer la taxe poids lourd, actée lors du Grenelle de l’environnement. Et dès 2011 certains tronçons de nationale seront soumis à un impôt équivalent à 20 centimes le kilomètre. L’itinéraire des camions sera contrôlé par un mouchard relié par satellite.

    « Il est difficile de garder espoir avec l’arrivée de ces nouvelles taxes. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. En mars 2009, un tiers des véhicules sont inactifs en France. Les clients profitent de cette situation pour demander une baisse des tarifs. Ils demandent 10 % de ristourne, nous octroyons entre 2 et 3 % quand c’est possible, mais on ne peut plus serrer les budgets. »

    Aujourd’hui Philippe Dupré est lucide : « Je gère bien, je pense que mon entreprise tiendra le coup. Je n’ai jamais pris de bénéfices pour les laisser dans les caisses. Mais si la crise s’éternise encore un ou deux ans, je n’aurai plus de réserve. »

    Par nécessité, par souci d’exemplarité, Philippe Dupré a diminué son salaire de 30 % depuis sept mois maintenant. Son seul souhait aujourd’hui, tenir jusqu’à ce que l’activité reparte…

    (*) Le cabotage est un transport routier depuis la France par exemple mais assuré par un véhicule immatriculé dans un autre pays. Cette pratique existe déjà dans les faits mais sera légalisée le 1er mai 2009 pour sept pays de l’Union européenne.

     


    40.000 suppressions de postes prévues dans les transports

    En janvier, 210 transporteurs ont déposé le bilan, soit le double par rapport à janvier 2008. Idem en février (+ 56 %).

    « A ce rythme, on va dépasser les 2.000 entreprises en liquidation judiciaire. Nous sommes très inquiets », explique-t-on à la Fédération nationale des transports routiers (FNTR). Un tiers des entreprises ont décidé de licencier du personnel et 67 % maintiennent l’emploi mais aménagent les horaires de leurs salariés, selon un sondage mené début mars par la FNTR. Au total, 40.000 emplois, sur les 400.000 que compte la filière transport, pourraient disparaître en 2009, soit 10 % des effectifs. « Auxquels il faudra ajouter, si rien n’est fait, plusieurs dizaines de milliers d’emplois supplémentaires menacés par l’ouverture du cabotage au 1er mai 2009 », déplore Jean-Christophe Pic, coprésident de la FNTR. Pour soulager les entreprises, la fédération demande d’urgence la baisse du coût du travail en France.

     

    Source : Edition France Soir du mardi 17 mars 2009

  6. yoananda dit :

    Pour info, l’actualité brulante confirme les prédictions du GEAB. Je viens d’écrire un article de synthèse sur le sujet :
    Alerte : la fin du dollar a sonné

    Alerte : la fin du dollar a sonné

    Attention, depuis le 17 mars 2009, le crash de l’économie est devenu inévitable en raison des décisions prises par les USA. Les conséquences vont être désastreuses pour les USA, mais aussi pour le reste du monde étant donné comment tout est inter-relié maintenant. Cet article un peu technique explique pourquoi, et aussi « comment ». Bien sur, les média n’ont pas compris la portée de leurs propres annonces. Bien sur les économistes se veulent rassurant, mais souvenez vous qu’ils n’ont pas prévu la crise, qu’ils n’ont pas compris son ampleur, qu’ils ne tiennent pas compte du contexte (écologique, psychologique) et qu’ils ont déjà proposé de vaines solutions à plusieurs reprises.

    Les faits bruts

    Tout commence ici a la date du 17 mars vous pouvez voir sur la colonne « 10 yr » le chiffre 3.02 et le lendemain 2.51. Si vous regardez l’historique de ces chiffres, vous constaterez qu’il n’y a jamais eu de variation aussi brutale.
    L’explication n’ pas tardé : la FED (banque centrale des USA) à créé de toute pièce 300 milliards de dollars pour acheter des bon aux trésor américains. Hors… comment les USA financent-ils leur plan de relance ? par des bons aux trésor. En gros, c’est comme si les USA payaient leur dette avec de la fausse monnaie.
    C’est ce qu’il faut comprendre de la réaction de la chine (plus gros créancier du monde envers les USA avec 2000 milliards de dollars).
    Au niveau international, le mouvement de fuite envers le dollar (débuté par l’Iran, l’Irak, le Vénézuella, la Russie, et plus discrètement le Chine) s’amplifie et s’officialise.
    Le dollar ne sera plus la monnaie d’échange international, car elle se transforme en monnaie de singe avec laquelle on ne pourra bientôt plus rien acheter.

    Le dollar est un pilier aux USA, en s’effondrant, ils vont perdre leur plus grand privilège (acheter gratuitement du pétrole), et donc leur niveau de vie, leur suprématie, leur « rêve », leur stratégie hégémonique, etc…

    Pour mieux comprendre

    Petit retour en arrière pour mieux comprendre. La nouvelle finance mondiale de ces 30 dernières années nous a gratifié de plein d’instruments tels les CDS, les MBS, les CDO, et les subprimes… Ces outils permettent en principe de fluidifier l’économie. Par exemple, au Maroc, les banques ne prêtent pas sauf si vous avez la même somme à hypothéquer, ce qui paralyse le développement économique : pas moyen de lancer une entreprise et de prendre des risques. Ces outils permettent de le faire.
    Mais ces outils, plus quelques autres tour de passe passe n’ont pas été utilisés au final pour créer de la valeur, mais pour consommer. Et aujourd’hui, les USA sont insolvable, mais en plus les montants des dettes, assurances, paris, titrisation fait autour ont créé une masse virtuelle d’argent gigantesque (plusieurs fois le PIB mondial). Tout allait bien tant que la sacro-sainte croissance était au RDV. Mais le choc avec la crise de l’écologie, la montée en puissance des pays du sud, et le tarissement des populations venant alimenter cette bulle ont provoqué un début d’éclatement.

    Voila pourquoi nous sommes passés d’une bulle économique sur les subprimes a une bulle sur le pétrole, puis les matières premières, puis pour finir … les bon aux trésors, qui nous donné l’apparence que la crise se calmait un peu ces derniers temps.
    Cette bulle, la dernière possible, est en train d’éclater.

    Les conséquences vont être terrible et fulgurantes

    Si le dollar s’effondre, plutôt que de voir leur fortune (virtuelle) s’évaporer comme neige au soleil, les acteurs économiques vont chercher a convertir leurs avoir en bien matériels. Les acteurs économiques en question ce sont : nos assureurs, nos retraites, etc…
    Donc tout cet argent va soit disparaitre, soit faire flamber les prix des biens. Ce qui reviens strictement au même : retour de la misère. En gros, ce qui s’est passé l’été dernier mais en bien pire. Provoquant faillites massives, chômage massif, surtout chez les jeunes, diminution brutale du pouvoir d’achat.

    Par voie de conséquence, il faut s’attendre à des situations plus que difficiles. La contestation qui monte déjà n’attendra qu’une excuse pour mettre le feu au poudre. La poudre qu’on nous jeté aux yeux durant tout ce temps. Guerre civile, révolution, démission des gouvernements, protectionnisme, guerre économique, accompagné probablement de bank rush, de stock rush (aller vider un magasin pour faire des stocks de nourriture), pillages, délinquance, crime organisé. Tout ce qui se passe déjà actuellement dans diverses région du monde, mais à plus grande échelle et intensité.

    Les tensions autour du dollar vont s’accroitre jusqu’à l’été. Les conséquences vont commencer à partir de l’automne. Mais situer ces évènement dans le détail et dans une ligne temporelle n’est qu’un indicateur. Il est impossible de prévoir ce qui est lié à la psyché collective.

    Par contre, le fait que l’économie s’effondre rapidement, c’est inéluctable maintenant. C’est simplement la conséquence de nos choix.

    Addendum : nuances

    Nul ne peut prévoir l’avenir avec certitude. Ce que je présente ici n’est que le scénario le plus probable étant donné l’état actuel du monde. Il existe plusieurs alternatives qui sont aussi possibles, qui pourraient changer considérablement l’impact de la crise. Notamment la proposition de la chine d’abandonner le dollar au profit des DTS (monnaie du FMI), ou bien le fameux AMERO. Mais étant donné la psychologie américaine actuelle, le scénario le plus probable actuellement est celui décrit ci-dessus.
    Nos difficultés réelles ne seront au final que le reflet de nos résistances psychologiques (dit autrement : notre orgueil collectif). En occident nous avons une telle marge de manœuvre que si nous le voulions, tout pourrait se passer en douceur. Quand je parle de marge de manœuvre, je parle du temps et de l’argent que nous gaspillons en loisir futile, je parle des solutions immédiates et simples comme le co-voiturage, le vélo, et autres astuces qui nous feraient passer ce cap tranquillement. Mais autant nous serons accrochés à notre confort et nos avantages, autant nous souffriront, autant nous nous révolterons.
    Mais il y a du bon dans la révolte aussi : c’est d’en profiter, non pas pour conserver quelques avantages pécuniaires mais pour changer ce qui ne nous plaît pas dans le système actuel. Et de coté la, il y a de quoi faire.

    Un résumé de la crise, pourquoi maintenant, la catastrophe est inévitable, et à quoi s’attendre.

  7. Alcidejet dit :

    Voilà de « belles » photos qui montrent un peu partout dans le monde comment la « crise » se manifeste… maisons abandonnées, non terminées, expulsions, colonnes interminable de demandeurs d’emploi… en Chine, aux Etats-Unis, au Kazakhstan…

    Scenes from the recession

  8. Bouddha_Hindy dit :

    Le Machin se rebiffe

    Quand le 18 mars, les États–Unis ont annoncé l’enterrement programmé du dollar, la presse française n’en a pas parlé. Rebelote aujourd’hui avec la proposition de Joseph Stiglitz aux Nations-Unies en assemblée générale de « création d’une nouvelle facilité du crédit et d’un autre système mondial de réserves pour surmonter la crise ». Le monde uni, promettant la création d’un G-192 (le nombre de nations sur la planète), déclare la guerre aux États–Unis, et personne n’y prête attention.

    ©Marvel

    Pourtant le programme est sans ambiguïté : il faut « aller au-delà des intérêts étroits des différents États, et en particulier des plus grands d’entre eux ». Stiglitz, Président de la Commission des experts, a déclaré que « si l’on ne prend pas les mesures qui s’imposent, il n’est pas certain que l’on sorte de la crise climatique qui gronde à l’horizon ». François Houtart, représentant du Président de l’Assemblée générale au sein de la Commission d’experts, a lui précisé que « nous nous trouvons face à l’effondrement de tout un système économique et pas seulement d’un système financier. Pourquoi simplement réformer ou réparer un système qui a détruit des millions d’emplois et des millions de personnes et continue de détruire la planète, alors qu’il faudrait reconstruire le système financier mondial ? »

    Il est question de « transformer, de manière radicale, les bases de l’économie mondiale ». On demande « la création de nouvelles instances qui prennent en compte à la fois la crise climatique à venir et les exigences de démocratisation ». Et pour ceux qui n’auraient pas compris, le communiqué déclare que « Le G-8 et le G-20, s’étant montrés incapables de corriger les défaillances des cadres économique et réglementaire, les experts ont proposé la mise en place d’institutions dotées de la légitimité politique et réelle de tous les habitants de la planète, soit un « New Deal mondial », ou un G-192 travaillant sous les auspices des Nations Unies ».

    Mais comme pour la fin annoncée du dollar, tout cela passe inaperçu dans le brouhaha général : le Wall Street Journal titre sur la bourse de New York qui a gagné 175 points, Le Monde, sur les bonus chez Natixis, le Washington Post sur des fonds supplémentaires pour la guerre en Afghanistan et Le Figaro sur les bandes qui défient la loi dans les banlieues. Néron lui joue de la lyre.

    Par Paul Jorion

  9. LeTransmuteur dit :

    Voici la version complète du GEAB N°33 (15 mars 2009) !!! :wink:

  10.  

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