Phase IV de la crise systémique: début de la séquence d’insolvabilité globale
Publié par LeTransmuteur dans : Analyse, Finance, Krach, Économie
Communiqué public GEAB N°31 (15 janvier 2009)
En 2007, LEAP/E2020 avait annoncé que les banques américaines et le consommateur américain étaient tous deux insolvables. Il y a plus d’un an, notre équipe avait estimé à 10.000 milliards USD le montant d’ « actifs-fantômes » qui allait disparaître du fait de la crise. Ces deux annonces étaient en complet décalage avec les analyses dominantes du moment ; la suite a montré qu’elles étaient pourtant parfaitement justifiées. En fonction de la même logique d’anticipation, LEAP/E2020 estime aujourd’hui que le monde est entré dans une nouvelle séquence de la phase IV de la crise systémique mondiale (la phase dite de « décantation »), à savoir la séquence d’insolvabilité globale.
Les graves conséquences de cette insolvabilité globale sont anticipées dans ce GEAB N°31, dont ce communiqué présente un extrait qui permet de bien poser l’enjeu que représente cette nouvelle séquence de la crise. Par ailleurs le GEAB N°31 présente les 29 « hausses et baisses » de l’année 2009 selon l’équipe de LEAP/E2020 : quinze tendances en hausse et quatorze en baisse qui constituent autant d’outils d’aide à la décision et à l’analyse pour ceux que l’année à venir inquiète ou intrigue.
Contrairement à ce que les dirigeants politiques mondiaux, à l’image de leurs banquiers centraux, semblent penser, le problème de liquidité qu’ils essayent de résoudre par des baisses historiques de taux d’intérêts et une création monétaire illimitée, n’est pas une cause mais une conséquence de la crise actuelle. C’est bel et bien un problème de solvabilité qui crée les « trous noirs » dans lesquels disparaissent les liquidités, qu’ils s’appellent bilans des banques (1), endettements des ménages (2), faillites d’entreprises ou déficits publics. Avec une estimation conservatrice des « actifs fantômes » mondiaux portée désormais à plus de 30.000 milliards USD (3), notre équipe considère que le monde fait désormais face à une insolvabilité généralisée frappant évidemment en premier lieu les pays et les organisations (publiques ou privées) surendettés et/ou très dépendants des services financiers.

Evolution des capitalisations boursières mondiales en 2008 (en milliers de milliards de Dollars US) - Source : Thomson financial Datastream, 01/2009
A quoi reconnaît-on une crise de solvabilité d’une crise de liquidité ?
Cette distinction entre crise de liquidité et crise de solvabilité peut paraître très technique et finalement peu déterminante pour l’évolution de la crise en cours. Pourtant, elle n’a rien d’une querelle académique puisque, selon le cas, l’action actuelle des gouvernements et des banques centrales sera utile ou au contraire totalement inutile, voire dangereuse.
Un exemple simple permet de bien saisir l’enjeu. Si vous avez un problème transitoire de trésorerie et que votre banque ou votre famille accepte de vous prêter les fonds nécessaires pour que vous traversiez la passe difficile, leur effort est bénéfique pour tout le monde. En effet, vous continuez votre activité, vous pouvez payer vos employés ou vous-même, votre banque ou votre famille est remboursée (avec un intérêt sans aucun doute pour ce qui est de votre banque), et l’économie en général a bénéficié d’une contribution positive. En revanche, si votre problème n’est pas du à un problème de trésorerie mais au fait que votre activité n’est pas rentable et ne peut pas le devenir dans les conditions économiques du moment, alors l’effort de votre banque ou de votre famille devient d’autant plus dangereux pour tout le monde qu’il a été important. En effet, selon toute probabilité, votre premier appel de fonds sera suivi par d’autres toujours assortis de promesses (honnêtes supposons-le) que la mauvaise passe est bientôt terminée. Votre banque ou votre famille seront d’autant plus incités à continuer à vous aider qu’ils risquent de perdre ce qu’ils vous ont déjà prêtés au cas où vous cesseriez votre activité. Mais si la situation continue à empirer, ce qui est le cas si c’est bien un problème de rentabilité, alors arrive un moment où certaines limites sont atteintes : d’une part, votre banque va décider qu’elle a plus à perdre à continuer de vous soutenir qu’à vous laisser tomber ; et d’autre part, votre famille n’a simplement plus d’argent disponible, car vous lui avez siphonné toute son épargne. Il apparaît à tout le monde que non seulement vous êtes en faillite et insolvable, mais que vous avez probablement entraîné votre famille dans la même situation ou affaibli votre banque (4). Vous avez porté ainsi un coup terrible à l’économie autour de vous, y compris à vos proches (5). Il est important de souligner que tout cela a pu se dérouler en toute bonne foi si un changement brutal d’environnement économique a bouleversé les conditions de rentabilité de votre activité sans que vous ayez pris conscience de l’ampleur des conséquences pour votre activité.

Nombre de faillites quotidiennes aux Etats-Unis (01/2006 – 11/2008) - Source : CreditSlips, 01/2009
Selon LEAP/E2020, cet exemple simple illustre parfaitement la situation qui prévaut en ce début d’année 2009 pour l’ensemble du système financier mondial, une part importante de l’économie de la planète et tous les acteurs économiques (Etats compris) qui ont fondé leur croissance de ces dernières années sur l’endettement. La crise a traduit et amplifié un problème de solvabilité globale. Le monde est en train de prendre conscience qu’il est beaucoup plus pauvre que la dernière décennie le lui avait laissé croire. Et 2009 est l’année qui va obliger tous les acteurs économiques à tenter d’évaluer concrètement l’état de leur solvabilité, sachant que nombre d’actifs continuent encore à perdre de la valeur. La difficulté est qu’un nombre croissant d’opérateurs ne font plus confiance aux indicateurs et instruments de mesure traditionnels. Les agences de notation ont perdu toute crédibilité. Le Dollar US n’est plus qu’une fiction d’unité de mesure monétaire mondiale dont nombre d’Etats tentent de se dégager au plus vite (6). Donc toute la sphère financière est à juste titre suspectée de n’être plus qu’un immense trou noir. Pour les entreprises, plus personne ne sait si les carnets de commande sont fiables (7) puisque, tous secteurs confondus, les clients annulent massivement les commandes (8) ou n’achètent plus, même quand les prix sont cassés, comme le confirme la forte baisse des ventes de détail de ces dernières semaines (9). Et pour les Etats (et autres collectivités publiques), c’est dorénavant l’effondrement des recettes fiscales qui fait craindre une envolée des déficits pouvant entraîner là aussi des faillites. D’ailleurs, des milliardaires russes (10) aux pétromonarchies du Golfe arabique en passant par l’Eldorado commercial chinois (11), ce sont toutes les « poules aux œufs d’or » des entreprises et des établissements financiers de la planète (et notamment européennes, japonaises et nord-américaines (12)) qui s’avèrent désormais insolvables ou tout juste solvables. La question de la solvabilité de l’état fédéral et des états fédérés américains (13) (comme de celle de la Russie ou du Royaume-Uni) commence d’ailleurs également à être posée dans les grands médias internationaux ; tout comme d’ailleurs celle des grands fonds de pension par capitalisation, grands acteurs de l’économie globalisée de ces vingt dernières années.
Pour LEAP/E2020, la tendance est donc claire : la séquence qui commence en ce début d’année 2009, c’est bien celle de l’insolvabilité globale.
Notes:
(1) Voici d’ailleurs une liste très utile des banques américaines sur le point de faire faillite présentée sur le site LewRockwell.com, réalisée à partir du Texas Ratio qui permet de mesurer leur exposition au risque.
(2) Cette carte dynamique des impayés de cartes de crédit et de prêts immobiliers aux Etats-Unis (au 2° trimestre 2008), réalisée par la Reserve fédérale de New-York, permet de juger de l’étendue de la crise affectant les revenus des ménages et leur niveau d’endettement. Source : NewYorkFed, 12/2008
(3) L’évolution des valeurs boursières mondiales est un bon indicateur de cette disparition des « actifs-fantômes », même si il faut lui ajouter toutes les pertes de valeur dans l’immobilier et dans d’autres gammes d’actifs; et probablement lui retrancher des reprises de valeurs qui ont été emportées par la tourmente actuelle et se rétabliront une fois le pire de la crise derrière nous.
(4) Nous ne parlons même pas ici des employés, fournisseurs, clients, … .
(5) Et, une telle situation, répétée à l’échelle d’un pays tout entier conduit à un chaos social. D’ailleurs, l’armée américaine elle-même envisage que l’instabilité sociale créée par la crise puisse conduire à une intervention militaire. Source : ElPasoTimes, 29/12/2008
(6) A ce propos, LEAP/E2020 émet une recommandation à destination des institutions financières internationales, et surtout à leurs responsables des services statistiques : il est urgent de mettre en place une comptabilité internationale alternative, fondée sur un panier de devises (par exemple : 25% USD, 25% Euro, 25% Yen et 25% Yuan en attendant un panier global décidé par les dirigeants politiques) car la cessation de paiement des Etats-Unis et la rupture du système monétaire mondial que nous anticipons à l’été 2009 va immédiatement entraîné une catastrophe en matière de comptabilisation des valeurs et des flux financiers mondiaux. Il est donc urgent, même si cela résulte de discussions officieuses et de comptabilité « au noir » de doubler les statistiques actuelles faites essentiellement en Dollars Us par une version de « sauvegarde » effectuée dans un panier de devises. Cela permettra d’assurer une continuité des statistiques le temps d’une reconstruction du système monétaire mondial.
(7) Une série d’articles du Spiegel (18/12/2008), intitulée « Le calme avant la récession mondiale », illustre très bien la crise vue d’Allemagne. Et la chute généralisée du transport de marchandises en zone Euro illustre bien ce fait. Source : Libération, 12/01/2009
(8) L’un des indicateurs avancés de l’économie mondiale est indéniablement le marché des machines-outils, car ce sont elles qui servent à produire les objets manufacturés. Les commandes de machines-outils permettent d’anticiper 6 mois à 1 an à l’avance l’état de l’industrie manufacturière mondiale. Les deux grands fabricants et exportateurs mondiaux de machines-outils étant l’Allemagne et le Japon, l’évolution de leur production et exportation dans ce secteur est donc un indice très fiable de l’avenir de l’industrie manufacturière mondiale. En l’occurrence, il s’avère très sombre pour 2009 puisqu’à l’image de l’Allemagne, le Japon a enregistré en Novembre 2008 une chute vertigineuse de 16,2% de ses commandes par rapport à Octobre 2008, soit la pire baisse depuis 1987 quand ces statistiques ont commencé à être disponibles. Source : MarketWatch, 15/01/2009
(9) Aux Etats-Unis, 2009 risque de voir 25% des commerces de détail fermer leurs portes. Source : ClusterStockAlleyInsider, 27/12/2008
(10) Les « milliardaires russes » en sont réduits à quémander l’aumône du Kremlin, qui lui même voit ses réserves financières fondre à vue d’oeil. Source : Spiegel, 08/01/2009
(11) Un « El Dorado chinois » qui en 2009 est en train de se transformer en bourbier socio-économique. Source : Janelanaweb, 25/12/2008; Yahoo/Reuters, 07/01/2009; Guardian, 13/01/2009
(12) La toute récente faillite de Nortel, leader nord-américain de l’industrie des télécommunications en est un exemple flagrant.
(13) Sources : USAToday, 28/12/2008; Reuters, 02/01/2009
(source: leap2020.eu)















































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L’actualité de la crise : De deux dangers, choisir le moindre
Chaque jour apporte son lot de nouvelles impressionnantes et renforce le sentiment que, en dépit de tous les plans mis en place par les gouvernements, toutes natures confondues, la crise financière ne fait que s’installer dans la durée et s’approfondir. Les fils des agences de presse lui accordent une large part, qui prend le pas sur les deux grands sujets internationaux du moment, la crise du gaz Russe et la situation à Gaza. Voici ce que leur suivi donne aujourd’hui mercredi 14 janvier.
Lorsque les hommes politiques sont questionnés sur leurs pronostics, ils préfèrent désormais dire, comme mardi sur Canal+, l’a fait François Fillon, le premier ministre, que « personne n’était en mesure de dire quand la crise économique s’achèvera ».
La situation du secteur bancaire n’incite en effet pas à l’optimisme. HSBC, Citigroup et une pléiade de grandes banques allemandes, dont la Deutsche Bank et à nouveau HRE, ou l’autrichienne Erste Bank, ont toutes manifesté au grand jour d’importants signes de faiblesse.
La RFA est au cœur d’une tourmente, la Deutsche Bank, numéro un allemand, qui vient de fusionner avec Postbank, ayant annoncé 3,9 milliards d’euros de pertes pour 2008 et les analystes se demandant si elle va longtemps encore pouvoir se prévaloir de ne pas avoir frappé à la porte de l’Etat, contrairement à sa concurrente Commerzbank, la deuxième banque du pays. Une nationalisation partielle de HRE est elle, par ailleurs à l’étude, en dépit des 80 milliards d’euros d’aide et de garanties déjà accordés par l’Etat. L’Etat joue désormais en Allemagne un rôle prépondérant dans le secteur bancaire.
Les ordres de grandeur se chiffrent toujours en dizaines de milliers de dollars ou d’euros dans cette crise. Morgan Stanley vient d’adresser à ses clients une note d’analyse selon laquelle HSBC ne devrait pas éviter une recapitalisation à hauteur de 20 ou 30 milliards de dollars, faisant immédiatement chuter l’action du groupe, car ayant immédiatement fait l’objet de fuites dans les médias.
L’américaine Citigroup est, elle, en pleine débandade. Après avoir aligné quatre trimestres déficitaires d’affilée, générant un déficit cumulé dépassant les 20 milliards de dollars, elle devrait encore enregistrer une lourde perte au dernier trimestre de 2008. Bien qu’ayant été recapitalisée à hauteur de 22 milliards de dollars par des investisseurs étrangers, avant que le Trésor ne la sauve en lui apportant 45 milliards de dollars à l’automne, Citigroup ne valait plus que 30 milliards de dollars lundi après la clôture de la Bourse.
Sur l’enveloppe de 250 milliards de dollars prévue, l’Etat fédéral américain a déjà versé à 257 établissements bancaires banques 192,3 milliards de dollars, ce qui laisse déjà à penser qu’il sera vite à cours de munitions.
Dans une telle débâcle bancaire, il serait étonnant que le crédit reparte et l’on n’entend même plus de prières adressées en ce sens. Pas plus que de fervents appels au « retour de la confiance ». Le temps aidant, les entreprises commencent à entrer en grand nombre dans des situations financières périlleuses. Elles peinent à renégocier leurs lignes de crédit avec les banques, et consentent des taux très élevés lorsqu’elles vont sur le marché obligataire, afin de placer leur émissions. Cela a été le cas en ce début de semaine pour Vivendi et Saint-Gobain. Mais seules les plus grandes d’entre elles ont accès à ce marché, alors que la titrisation, qui joue un rôle grandissant dans le financement de la trésorerie des entreprises en général est, elle, bloquée. Facteur aggravant, des entreprises de premier plan voient leur notation abaissée, surenchérissant le coût de leurs opérations de financement. C’était aujourd’hui le cas d’EDF.
Dans ces conditions, les entreprises cherchent à préserver à tout prix leur trésorerie, quitte à suspendre des programmes d’investissements pourtant hautement stratégiques. C’est le cas de Renault, ou d’EADS, qui viennent toutes deux de l’annoncer. « La priorité absolue est la gestion de la trésorerie et donc le pilotage des stocks », a déclaré le directeur commercial de Renault, Patrick Blain. « Nous ne procéderons pas a une acquisition majeure tant que durera la crise », a indiqué Louis Gallois, président exécutif d’EADS, la protection de la trésorerie du groupe, évaluée à 9 milliards d’euros fin 2008, étant « prioritaire ».
Les perspectives sont telles que l’on est même entré dans le royaume de la bricole. Louis Gallois, lors de la même conférence de presse tenue à Newport (Grande-Bretagne), a également annoncé que « nous sommes prêts à accroître notre soutien financier à nos clients (…) pour protéger nos livraisons pour 2009 ». Un soutien qui pourrait aussi concerner les “fournisseurs” du groupe, qui s’apprête à jouer résolument à la banque.
Quand ce n’est pas un grand groupe, c’est l’Etat qui étudie de s’y coller, dans un secteur où les groupes de tête n’ont pas les moyens de jouer à ce jeu-là, celui de la construction automobile. Si Renault annonce envisager une émission d’obligations convertibles en actions – ce qui en dit long sur ses espoirs d’y faire face autrement qu’en accueillant à leur échéance ses investisseurs dans son capital – le gouvernement français est « en train de réfléchir à des mesures beaucoup plus ambitieuses qui consisteraient, en réalité, à financer presque directement les grandes entreprises automobiles qui n’arrivent pas à trouver sur le marché financier aujourd’hui les sommes dont elles ont besoin à des niveaux, à des taux qui soient raisonnables », a déclaré François Fillon.
L’Etat a déjà accordé un prêt à taux réduit d’un milliard d’euros pour les établissements financiers filiales des constructeurs français qui financent les achats de voitures à crédit. Il a en outre annoncé la constitution d’un fonds de soutien à la sous-traitance doté de 300 millions d’euros. Il se prépare à remonter d’une manière ou d’une autre au capital de Renault et à s’impliquer, « presque directement » déclare délicieusement François Fillon, dans la construction de voitures. Peugeot ne sera pas oublié et la seule question qui fait débat, pour ces deux entreprises, est de trouver une formule évitant un apport pur et simple en capital. Il y a déjà eu les prêts subordonnés pour les banques.
Après avoir partiellement nationalisé trois de ses principales banques et lancé un important plan de relance économique, l’Etat britannique, comme d’habitude plus directement au cœur du sujet, a mis au point un plan massif de garantie des prêts aux PME. Selon le ministre du Commerce, Peter Mandelson, qui est intervenu sur la chaîne d’information permanente « Sky News » l’Etat va garantir partiellement le remboursement de prêts à court terme accordés à des petites et moyennes entreprises (jusqu’à 500 millions de livres de chiffre d’affaires annuel), permettant « de sécuriser jusqu’à 20 milliards de livres de lignes de crédit », soit quelque 22 milliards d’euros. L’Etat garantira aussi un milliard de livres supplémentaires de prêts aux petites entreprises, et mettra en place, avec le soutien d’établissements bancaires, un fonds de 75 millions de livres qui investira directement dans le capital de PME en difficulté. Lord Mandelson et le premier ministre Gordon Brown ont expliqué qu’il était « crucial » de sauver les petites entreprises menacées de faillite non pas en raison de difficultés propres, mais parce qu’elles n’arrivent plus à se financer correctement du fait de la frilosité des banques à leur prêter de l’argent.
Une étude, dont le Financial Times fait état dans son édition du 13 janvier montre en effet que les entreprises britanniques doivent faire des pieds et des mains pour conserver leurs crédits auprès des banques, citant le cas de certaines d’entre elles utilisant les crédits à leur disposition pour des dépenses inutiles, ou pour acheter des titres en bourse, uniquement afin de préserver le renouvellement à l’identique de leur ligne de crédit.
Ce rapide survol de l’actualité, excluant pour l’essentiel le gros morceau des USA, ne serait pas complet s’il n’était pas fait mention de premières alarmes qui sonnent à propos d’un autre domaine du crédit, celui de la dette publique. Les notes de crédit de la Grèce ont été dégradées mercredi par l’agence de notation Standard & Poor’s, qui les a abaissées de A/A-1 à A-/A-2. La Grèce devient ainsi le premier pays de la zone euro à voir sa note dégradée, après avoir été mise vendredi dernier sous surveillance négative par S&P. L’Irlande, le Portugal et l’Espagne sont dans le même cas.
Cette dégradation est préoccupante pour la zone Euro, elle signifie que les écarts se creusent entre pays membres quant au coût du financement de leur dette publique, les plus faibles payant le prix le plus élevé, menaçant sa cohésion à terme. La disparité de traitement est déjà importante au plan international : le taux de rendement sur les obligations américaines à dix ans était mercredi de 2,31%, celui sur le bund allemand sur la même période de 3,01%. Pour la Grande-Bretagne, il s’établissait à 3,21%, pour la France, à 3,50% mais grimpait à 3,99% pour l’Espagne, 4,44% pour l’Italie, 5,37% pour la Grèce, 6,49% pour le Brésil et 7,83% pour l’Afrique du Sud.
Qu’en sera-t-il demain, étant donné l’énormité des besoins de financement publics ? Les Etats-Unis pourraient devoir lever sur les marchés 2.000 milliards de dollars pour financer leur déficit et leur dette, l’Europe la moitié, et les besoins de l’Asie restent encore à chiffrer ; ces taux d’intérêt ont toutes les raisons de grimper, accroissant le coût du service de la dette pour les finances publiques, faisant également monter ceux du marché obligataire privé, au détriment des entreprises. Sombre perspective, d’autant qu’elle laisse entrevoir la constitution d’une nouvelle bulle financière, adossée cette fois-ci aux dettes publiques, alors qu’il n’est pas exclu que certains pays puissent faire défaut au train où vont les choses.
Cette avalanche de chiffres un peu indigeste soutient une thèse précise : qu’il ne soit plus permis de croire que la phrase du début – la crise financière ne fait que s’installer dans la durée et s’approfondir – sacrifiait aux exigences d’un « catastrophisme » permettant ensuite de justifier la nécessité de solutions radicales. De fait, ce sont déjà des solutions radicales qui sont déployées. Celui d’entre nous qui aurait su prédire il y a un an ce qui se passe aujourd’hui aurait été traité d’illuminé. Jusqu’où les évènements pourront-ils pousser dans leurs derniers retranchements les gouvernants actuels qui n’ont d’autres solutions que de choisir les moins mauvaises d’entre elles ? Ils seront peut-être plus radicaux qu’ils ne s’attendent à l’être. Il est en tout cas aussi difficile de le prédire que d’annoncer la date à laquelle la crise actuelle prendra fin. Le dérapage, pour l’instant, continue. La finance, elle, campe autant que faire se peut sur ses positions et espère pouvoir demain se rendre indispensable, afin de le monnayer.
Le feuilleton que constitue à Washington le déblocage très politique du second volet du TARP ne fait que débuter. Comment ces 350 milliards de dollars vont-ils être effectivement utilisés ? Dans quel état exact le plan de relance de l’administration Obama, apparemment plafonné à mille milliards de dollars, émergera-t-il des débats au Congrès ? Quelle sera l’efficacité de l’un comme de l’autre ? Des doutes sont déjà émis sur l’insuffisance des efforts prévus, pourtant colossaux. « Le plan est-il limité par peur de la dette ? Il y effectivement des dangers à emprunter sur une grande échelle – et le rapport du Congressional Budget Office (CBO) prévoit un déficit de 1 200 milliards en 2009. Mais un effort insuffisant de sauvetage de l’économie serait encore plus dangereux » écrivait Paul Krugman dans sa chronique du « New York Times » du 9 janvier dernier. De deux dangers, choisir le moindre.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : « Diplomatie du ping pong » newlook
Il y a encore l’embarras du choix pour traiter de l’actualité de la crise. En piochant dans celle des USA, qui domine aujourd’hui après qu’hier a été un jour faste pour l’Europe, du point de vue de l’information faut-il préciser. Toute l’attention converge vers ce que prépare l’administration Obama, méga plan de relance d’un côté et utilisation du second volet du TARP de l’autre, chacun supputant les chances de succès des mesures qui, dans le premier cas, sont maintenant annoncées dans leurs grandes lignes et, dans le second, restent encore très floues.
La crise, elle, n’attend pas ces échéances, et, après Citigroup, c’est Bank of America qui se rappelle au bon souvenir de l’opinion américaine, ajoutant aux interrogations de celle-ci à propos des mesures à venir, d’autres qui portent sur les effets réels des précédentes, déjà appliquées. Une chose était de se demander où était passé l’argent des contribuables généreusement distribué aux institutions financières, ou de regretter que rien ou si peu n’ait été fait en faveur de ceux dont les maisons ont été saisies ; une autre est de constater, dans le cas de Bank of America, que c’est l’absorption récente de Merrill Lynch qui la met aujourd’hui en difficulté, comme un cadeau empoisonné qui n’avait pas été estimé à sa juste valeur, ou plutôt selon sa réelle capacité à détruire de la valeur, comme disent les financiers qui savent désormais de quoi ils parlent, dans un sens comme dans l’autre.
On détruit tout dorénavant, la valeur, les emplois, la nature. Peut-être faudrait-il d’ailleurs faire cette énumération à l’envers, pour respecter le réel ordre d’importance.
Les nominations au sein de son équipe par le « président élu » Obama, qui a beaucoup recruté au sein de l’administration Clinton, qui avaient donc les mains dans le cambouis dont on mesure aujourd’hui la saleté, contribuent à un léger malaise perceptible dans la presse dite de référence. Qu’attendre d’une équipe dont les responsabilités passées dans la situation actuelle sont si grandes ?
Pourtant, malgré cette actualité américaine chargée, l’information importante du jour est peut-être à chercher ailleurs. L’économie chinoise va mal et le gouvernement de Pékin pourrait envisager une dévaluation du yuan. C’est en tout cas ce qu’estime, dans une note parue jeudi à Londres, Albert Edwards, le stratège de la Société Générale, qui ne parle généralement pas en l’air.
Albert Edwards constate le fort déclin de la production d’électricité en Chine, estimant “qu’à ce degré, il pourrait montrer que la Chine est en train de glisser dans la récession, quoi qu’en disent les données officielles sur le PIB”. Pour lui, la situation économique et sociale peut très bien se détériorer en Chine au point de “menacer le régime lui-même”. Et, ajoute-t-il, “avant d’accepter de se faire balayer par une vague de désordre social, le parti communiste a un instrument-clé dans son arsenal économique, qu’il a déjà utilisé auparavant et qui est une méga-dévaluation” (du yuan). Pour mémoire, une telle dévaluation de 33% du yuan était déjà intervenue en 1993, dans un autre contexte.
On mesure le coup de fouet qui pourrait en résulter pour l’économie chinoise, si tournée vers l’exportation, et son contre-coup négatif sur le marché intérieur pour l’économie américaine. Le couple américano-chinois, que certains appellent dorénavant la « Chinamérique » pour mieux en souligner l’étroitesse des relations, n’a pas fini de se déchirer, même s’il est à priori condamné à s’entendre. Et le reste du monde à en subir les conséquences, au rythme des esclandres et des retrouvailles.
Il va falloir, dans les années qui viennent, s’habituer au fait que la Chine est devenue la 3éme économie mondiale, derrière les USA et le Japon, devançant l’Allemagne. C’est la Banque Mondiale qui le considère, s’appuyant sur les chiffres définitifs pour 2007 du Bureau national des statistique (BNS) chinois. Sur la base du taux de change prévalant fin 2007, la Chine pèserait 3.500 milliards de dollars, contre 3.300 à l’Allemagne. Les USA pèseraient, eux, 13.800 milliards de dollars et le Japon 4.400 milliards de dollars. Tous ces chiffres exprimant le PIB, agrégat communément admis pour les comparaisons, bien que comme on le sait des plus discutables si l’on considère les modalités de son calcul.
Quoi qu’il en soit exactement, Wang Chen, chef de la propagande chinoise à l’étranger, a expliqué dans le quotidien hongkongais « South China Morning Post » que la Chine préparait l’avenir et voulait “accroître sa capacité à diffuser, à influencer de manière positive l’opinion publique internationale et à établir une bonne image de la Nation”. Pékin serait, d’après le même journal, prêt à mettre 45 milliards de yuans (près de 5 milliards d’euros) dans le développement de ses médias, notamment sa télévision multilingue CCTV.
Li Changchun, haut responsable chargé de l’idéologie, a de son côté expliqué, dans un discours prononcé lundi dernier et cité par l’agence Chine Nouvelle que “nous voulons que notre peuple bombe le torse et dise que le grand peuple chinois s’est levé parmi les Nations du monde et que a Chine n’est pas pauvre, attardée ni stupide”.
Réponse du berger à la bergère, après le retrait brutal du capital des grandes banques chinoises de nombreux investisseurs étrangers – UBS, Bank of America et Royal Bank of Scotland, pour les principales et pour l’instant – qui avaient besoin d’urgence de leurs fonds ? L’un des vice-présidents de la Bank of China, Zhu Min, vient en tout cas d’expliquer dans le quotidien « China Securities Journal » que le monde pourrait voir arriver une deuxième vague dans la crise financière actuelle et que les efforts consentis par les gouvernements dans le monde entier pour rassurer les marchés n’ont pas réussi à résoudre les problèmes de fond à l’origine de la crise.
L’ampleur et la nature réelles de la crise n’ont pas été correctement appréciées et le manque de structure et de vision des efforts consentis par les gouvernements pour stabiliser les marchés risque d’entraîner des problèmes inattendus, avertit-il. Pour le responsable de la Bank of China, de grands organismes bancaires qui viennent d’être sauvés par des plans gouvernementaux pourraient, dans un an ou deux, être de nouveau en grande difficulté.
Petit rappel, il a fallu que les autorités chinoises interviennent, discrètement mais fermement, pour que l’administration Bush décide de sauver Fannie et Freddie, dans lesquels le gouvernement chinois avait de très importants intérêts. Nous n’avons pas fini d’assister à une nouvelle version de la « diplomatie du ping pong », la balle étant dorénavant les Bons du Trésor américain.
L’actualité américaine pourra donc attendre un peu. Les Européens, eux, attendent de la solution de la crise financière américaine le dénouement de leur propre crise, car ils pointent le doigt là où elle a commencé. En se faisant peu d’illusion. Les Américains sont, quant à eux, entrés dans une situation de grande interdépendance, si ce n’est de dépendance, avec les Chinois. La guerre froide opposait en son temps URSS et USA, la guerre économique qui s’engage va en faire de même entre les USA et la Chine. Le téléphone rouge va à nouveau sonner, mais le bouton rouge ne va pas davantage être actionné.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : L’addition, c’est pour qui ?
Nous arrivons à une première phase de maturation de la crise. J’emprunte à dessein ce vocabulaire un peu ampoulé et distancié au monde dans lequel je baigne désormais, peut-être un peu contaminé mais plus certainement ironique. Plusieurs tendances, déjà perceptibles, se révèlent maintenant dans toute leur ampleur. Les banques s’engagent de manière accélérée dans un processus de concentration aboutissant à la naissance de « méga banques » au poids financier accru. Lloyds Banking Group (LBG), va ainsi être à Londres le fruit du mariage de raison entre Lloyds TSB et Halifax-Bank of Scotland (HBOS). De nouveaux plongeons spectaculaires interviennent sans cesse en Europe ou aux USA, assortis de leurs mesures de sauvetage d’urgence. Après HSBC, c’est Barclays qui cristallise actuellement les craintes en Grande-Bretagne. Sa chute boursière a été renforcée par l’expiration de l’interdiction des ventes à découvert sur les valeurs financières, qui a pris effet ce vendredi, conformément à une décision de la FSA (l’autorité britannique des marchés).
Le système bancaire, les gouvernements qui l’assistent pays par pays, ainsi que les banques centrales, cherchent dans la panoplie disponible des solutions pour vidanger d’un seul coup de leurs bilans de gros paquets d’actifs douteux. La zone Euro est à terme en danger potentiel d’éclatement, vu le différentiel grandissant entre les « spreads » des obligations des différents Etats qui la composent. Des pans entiers de l’économie cherchent à se réfugier sous l’aile protectrice des Etats, qui commencent à glisser vers un protectionnisme hier vilipendé. Le contre-feu allumé en direction de l’opinion publique, cette lutte impitoyable que mènent les gouvernements contre les bonus, stocks options, distributions de dividende et autres parachutes dorés, qui les scandalisent dorénavant, est attisé par la perspective de devoir prochainement annoncer une nationalisation des pertes bancaires en bonne et due forme et à grande échelle.
Enfin, pour la sortir de l’inattention générale dont l’Afrique est une fois de plus victime, retenons la déclaration accablée faite le 16 janvier à Johannesburg, à l’issue d’une réunion du Comité des 10 qui regroupe les ministres des finances et gouverneurs des banques centrales africains, par le président de la Banque africaine de développement, Donald Kaberuka : « Nous craignons que deux décennies de croissance ne soient compromises ». Le ministre sud-africain des Finances, Trevor Manuel, soulignait pour sa part que la crise avait fait s’effondrer le cours des matières premières et que la plupart des entreprises africaines n’avaient plus accès au crédit.
Voici donc les têtes de chapitre de l’actualité. Sans naturellement oublier l’orchestration qui débute du « New Deal » d’Obama, second volet du TARP et plan de relance, près de 1.200 milliards de dollars à eux deux, qui témoigne d’une réelle inflexion de la politique suivie jusqu’alors, mais suscite, pour le compromis politique avec les Républicains dont ces plans sont issus, les allégements fiscaux, de sévères critiques, la dernière notoire en date étant celle de Joseph Stiglitz, dans le « Financial Times ».
De nombreuses mesures, devant encore être adoptées par le Congrès, commencent à prendre tournure, avec pour objectif central de favoriser l’emploi. Programme de grands travaux, dispositions pour aider les dépenses de santé des plus pauvres, 47 millions d’américains vivant sans couverture maladie. D’autres sont en faveur des économies d’énergie et de l’indépendance énergétique du pays. Le volet fiscal controversé devrait, lui, consister en un abattement de 500 dollars d’impôt par contribuable.
Jeudi dernier, le principal conseiller économique de Barack Obama, Lawrence Summers, a présenté au Congrès les nouvelles mesures qui vont accompagner le deuxième volet du plan, d’un montant de 350 milliards de dollars. Le secteur automobile pourrait bénéficier de ces aides publiques. 50 à 100 milliards devraient servir à lutter contre la multiplication des saisies immobilières. Mais les entreprises qui bénéficieront de ces aides devront faire approuver leur politique de rémunération des dirigeants et de dividendes par les autorités fédérales. D’autres sources font état d’aides aux municipalités et aux Etats américains. Dimanche dernier, Barack Obama, avait déclaré que l’argent restant devait aller en priorité aux ménages et aux petites entreprises. La situation, en réalité, reste ouverte quant à la destination des fonds du TARP débloqués par le Sénat. Il faudra soit faire des choix drastiques, soit obtenir de nouvelles enveloppes financières, d’autres urgences criantes se profilant du côté des institutions financières, qui sont loin d’être stabilisées. C’est un puits sans fond.
Alors que Citigroup va tenter d’isoler dans une filiale intitulée Citi Holdings ses actifs douteux pour conserver les bons dans une autre, dénommée Citicorp, et que Bank of America ne parvient pas à digérer son acquisition de Merrill Lynch, en raison de la qualité des actifs de cette dernière, les autorités américaines, de la Fed et du Trésor, ainsi que les conseillers du futur président, travaillent « dur » (c’est le cliché habituel employé dans les déclarations et communiqués) à un projet. Il s’agirait de créer une « bad bank » (ou « aggregator bank », dénomination faisant tout de même moins voyou), qui recueillerait les actifs de mauvaise qualité du secteur bancaire, afin d’arrêter d’avoir à jouer les pompiers au coup par coup et de pouvoir faire face aux nouveaux épisodes catastrophiques attendus.
« Citigroup a perdu 40% en une semaine, et il y a toujours une grande part de ventes à découvert dans les baisses en ce moment. On peut imaginer que ce sont des prises de bénéfices de gens qui ont profité d’une baisse importante », a expliqué à l’AFP Gregori Volokhine, de Meeschaert New York. « Si les provisions dépendent de pertes futures liées au crédit, tout ce que nous voyons actuellement laisse présager qu’il n’y aura pas de relâchement dans les provisions pendant au moins plusieurs trimestres », a déclaré de son côté M. Lewis, PDG de Bank of America lors d’une conférence d’analystes. Ce qui veut dire, en langage décodé, qu’il envisage de d’importantes pertes à venir en raison de nouvelles provisions prévisibles sur ses activités de prêts.
La question qui n’est pas encore publiquement évoquée, tellement l’addition qu’elle impliquera est vertigineuse, est toujours de savoir comment différencier les bons actifs des mauvais. Pas seulement dans le moment, mais en perspective de la suite des évènements. Il faudra, de toute évidence, tailler large ou alors s’y reprendre à plusieurs fois. Une alternative à cette création de structure de défaisance serait de garantir les actifs qui resteraient inscrits dans les livres de compte des banques. On parle aussi d’injecter du capital dans les banques. Toutes les options sont à l’étude, y compris des combinaisons d’entre elles, et les spéculations se multiplient dans les médias, alors que tout le monde y va de son avis.
Une fois ce débat tranché, la voie serait ouverte pour que puissent à nouveau « être achetées les actions posant problème et recapitalisées les banques » a estimé un analyste cité par Bloomberg, qui ne précise pas par qui. « Le crédit ne va pas réapparaître tant que les portefeuilles des banques n’auront pas été nettoyés et que les valeurs des collatéraux n’auront pas été rétablis » a-t-il ajouté, en veine de franchise. D’après Lawrence Summers, principal conseiller économique du président élu, celui-ci n’entend donc pas poursuivre la politique d’actions au coup par coup menée jusqu’à maintenant par le Trésor et la Fed. « On doit absolument faire quelque chose de déterminant » a déclaré de son côté Kenneth Rogoff, l’un des membres du groupe de conseillers du président élu, professeur à Harvard et ancien chef économiste du FMI, .
En Grande-Bretagne, un nouveau plan de soutien aux banques devrait être présenté la semaine prochaine par le chancelier de l’Echiquier, Alistair Darling, selon des sources en provenance du Trésor britannique citées par Reuters.
Ce plan pourrait inclure des nouvelles mesures destinées à restaurer la confiance des marchés envers les banques, afin de faciliter leur financement. Mais, selon un analyste de Fox-Pitt Kelton, interrogé également par Reuters, il n’inclura pas à nouveau des injections de fonds propres. Le but du gouvernement serait de faciliter les prêts aux ménages et aux entreprises. En particulier en octroyant des garanties publiques sur des titres financiers adossés à des crédits immobiliers.
Le « Times » et le « Daily Telegraph » ont pour leur part dévoilé vendredi que le gouvernement britannique étudiait la mise sur pied d’une « bad bank » qui recueillerait les actifs pourris.
En France, le gouvernement serait quant à lui, dans l’immédiat, prêt comme déjà annoncé à apporter une nouvelle aide de 10,5 milliards d’euros aux banques françaises. Mais, cette fois, il n’exclurait plus d’entrer directement au capital en souscrivant des actions sans droit de vote. A noter, par ailleurs, que l’agence de notation financière Moody’s a annoncé vendredi dans un communiqué avoir abaissé à “négative”, contre “stable” auparavant, la perspective attachée à la dette senior de BNP Paribas (Aa1), présentée comme un roc inébranlable il y a encore peu de temps.
Impossible de ne pas faire mention, sur un sujet connexe et toujours en France et dans le cadre du débat qui enfle sur les bonus et les distributions de dividendes, de la conférence de presse de Georges Pauget, président de la Fédération bancaire française (FBF) : « Les dividendes relèvent de la compétence exclusive du conseil d’administration et des assemblées générales. Certes, personne ne vit en-dehors de son contexte, mais notre droit prévoit cela » a-t-il déclaré. Nicolas Sarkozy ayant demandé jeudi aux banques, à qui l’Etat a déjà accordé un prêt de 10,5 milliards d’euros, de prendre des engagements « sur les dividendes à verser, sur la rémunération des dirigeants et sur les bonus ». « Ce sont les conseils d’administration, le moment venu, qui définiront leur position » a répliqué Georges Pauget. Il a également, lors de la même conférence de presse, rejeté l’accusation selon laquelle les banques auraient « coupé » le crédit en utilisant un argument décisif : « La réalité, c’est que la demande de crédit est en baisse et il faut qu’on cesse de rendre les banques responsables de cette baisse », s’est-il emporté.
Le débat n’en restera pas là de toute évidence, il est en train de s’étendre au monde de l’entreprise. La présidente de l’Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), Colette Neuville, a critiqué samedi le salaire du PDG de l’équipementier automobile en difficulté Valeo, Thierry Morin, estimant que le groupe ne respectait pas les recommandations du Medef en la matière.
Prenons aussi le temps encore de graver au fronton des meilleures déclaration du jour, par analogie avec le diplôme du meilleur employé du mois si cher aux entreprises américaines, celle d’Ernest-Antoine Sellières, dont on espère qu’elle connaîtra le même sort sur ce blog que celle de Michel Cicurel, Président de la compagnie financière Edmond de Rotschild (où il était question d’une arme de première catégorie) : « le débat politique » (lire public, dois-je rajouter) engagé en France sur la question du versement ou non de dividendes aux actionnaires « n’est pas très opportun » a-t-il déclaré dans une interview donnée à « La Tribune » de samedi. Il a poursuivi : « Il revient aux actionnaires de décider si la situation de l’entreprise commande, ou pas, le versement d’un dividende ».
Prêtant moins à l’indignation, pour ceux qui en ont encore en réserve, la nouvelle la plus pertinente du jour aura sans doute été publiée par « Der Spiegel ». Elle tourne encore autour des « bad banks », un sujet qui sollicite décidément beaucoup l’attention. Des dépréciations d’actifs colossales seraient à craindre de la part des banques allemandes, car elles n’auraient pour l’instant déprécié qu’un quart de leurs actifs toxiques en évoquant la perspective de pertes à venir en milliards. L’hebdomadaire cite une enquête réalisée auprès de vingt instituts bancaires par la Bundesbank, la banque centrale Allemande, et l’autorité allemande des marchés financiers (Bafin), selon laquelle les banques allemandes possèdent au total 300 milliards d’euros d’actifs toxiques et n’ont pour l’instant déprécié que les plus « pourris », soit à peine un quart de la somme. « Le reste est encore inscrit dans les comptes à des valeurs illusoires », affirme le journal.
Les experts économiques du gouvernement estimeraient inévitables des dépréciations considérables, « qui devraient entraîner de nouvelles pertes très élevées pour les banques ». Le ministère des Finances a pour sa part évalué à 1.000 milliards d’euros l’ensemble du volume des actifs à risque du secteur bancaire allemand. Vu l’addition, le ministre des Finances Peer Steinbrück juge irresponsable la création d’une “Bad Bank” qui se chargerait des actifs douteux des banques. « Dans le pire des cas, cela conduirait à plus que doubler la dette fédérale », a déclaré au journal l’un de ses collaborateurs.
Où allons-nous, selon toute probabilité, sur ces questions de financement et sur la création monétaire intensive qui en découlera obligatoirement ? Willem Buiter, professeur à la London School of Economics, ancien membre du Comité monétaire de la Banque centrale britannique, fait autorité sur les questions monétaires et vient de publier un article retentissant dans le « Financial Times ». En voici le substrat. Les politiques de monétisation de la dette, publique comme privée, qui consistent pour les banques centrales à racheter ou prendre en pension des obligations, vont nécessairement se développer. Mais la BCE n’étant pas adossé aux recettes fiscales d’un pays, comme ses homologues, se trouve devant un problème. La défaillance d’un débiteur privé, ou bien la nécessité de procéder à une dépréciation des titres de ceux-ci, qu’elle détient en pension, pourrait nécessiter une recapitalisation que ses statuts n’envisagent pas. Willem Buiter propose donc la création d’un fonds européen pour y suppléer, qui devrait, selon lui, être doté de 3.000 milliards de dollars.
Il n’y a pas d’issue magique, les banques se défaussent sur les banques centrales ou bien sur les Etats, donc les contribuables. Il faudra toujours à un moment ou à un autre régler l’addition.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Pendant les travaux, les affaires continuent
Chaque jour apporte son cortège d’annonces et de plans en tout genre d’un gouvernement occidental ou bien d’un autre. Aujourd’hui, c’est la Grande-Bretagne qui est à l’honneur, avec un nouvel ensemble de mesures, aussi musclées et déterminées que les précédentes de novembre. Les cérémonies d’investiture de Barack Obama ont rejeté au second plan, aux USA, le débat sur l’affectation de l’enveloppe du second volet du TARP, dont les crédits sont décidément très sollicités de tous côtés et pour de multiples usages. En attendant que montent en force les interrogations sur la solidité de la zone Euro, que la dégradation aujourd’hui de la note de l’Espagne vient de renforcer. Bien que des analystes, j’y reviendrai certainement, commencent à expliquer qu’aucun pays ne prendra le risque de la quitter et que ses principaux acteurs auront à cœur d’éviter à tout prix son éclatement.
Ce plan, dont Paul Jorion décrit les dispositions dans son dernier billet, par son ampleur comme par ses modalités, exprime l’intensité de la crise en Grande-Bretagne et, comme il l’avait annoncé et le souligne maintenant, le retour en force de l’Etat. Celui-ci utilise simultanément tous les leviers disponibles, succédant aux mesures de soutien aux PME de la semaine précédente, afin de mettre toutes les chances de son côté. Il laisse entrevoir, en filigrane, d’autres mesures encore, dont on va désormais attendre l’annonce. Notamment la création d’une « bad bank », ainsi que l’éventualité de s’engager dans une politique d’émission monétaire massive, car il est de plus en plus clairement admis que c’est la seule solution pour, en définitive, financer l’accroissement de la dette publique. Et puis, surtout, pour effacer ensuite et autant que possible cette dette, grâce à l’inflation. Signe qui ne trompe pas, les rappels de l’expression imagée de Keynes évoquant « l’euthanasie des rentiers » se multiplient. Drastique et politiquement douloureuse, avant de l’être socialement, cette perspective commence à filtrer, à être considérée comme inévitable et les experts des banques centrales doivent très certainement plancher dessus.
Le dernier article de Willem Buiter, dans le Financial Times du 16 janvier, toujours provocateur mais également incisif, n’y va pas par quatre chemins. Critiquant les demi-mesures du gouvernement britannique, les nationalisations partielles des banques, il explique pourquoi elles n’apportent pas les effets escomptés. Pour préconiser une nationalisation intégrale de celles-ci, le temps de régler la crise et afin de couper court à leurs jeux et tergiversations. Pour ensuite créer dans les meilleures conditions une « bad bank », éclaircissant enfin une fois pour toute le paysage. Sans se faire d’illusion sur la possibilité que les actifs qui y seront parqués puissent un jour retrouver une quelconque valeur. Les banques actuelles sont des « zombies » dit-il, qui restent debout parce qu’elles sont soutenues par le gouvernement.
Ce n’est pas exactement ce que se préparent à faire les Allemands, mais cela lui ressemble un peu. En effet, le gouvernement y envisage d’accorder de nouvelles garanties de crédit de plusieurs milliards d’euros aux entreprises, selon l’édition à paraître demain mardi du quotidien économique Handelsblatt. Citant des sources gouvernementales, le journal ajoute que la banque publique KfW, bras financier de l’Allemagne, pourrait également racheter des actifs “toxiques” afin de soulager le marché du crédit.
Dans tous les pays occidentaux, l’Etat joue désormais non seulement les banquiers, mais également, en Grande-Bretagne, les assureurs d’un type un peu particulier, assurant les actifs bancaires. Il est omniprésent et bouche comme il le peut tous les trous. Si l’on en croit la presse, en France, il se prépare à devenir constructeur automobile, à éventuellement entrer au capital de PSA, qui s’y refuse comme une vierge effarouchée. On y a également appris, au détour d’une conférence de presse de Michel Camdessus, président de la Société de financement de l’économie française (SFEF), qui prévoit de ne prêter en 2009 que “entre 50 et 70 milliards d’euros” aux établissements de crédit en 2009, beaucoup moins que le plafond de 265 milliards d’euros a-t-il annoncé avec satisfaction, que la SFEF avait déjà émis pour 2 milliards d’obligations dans le cadre d’un “placement privé” auprès d’un bénéficiaire, dont elle n’a pas souhaité divulguer l’identité. Ce pays, décidément, ne connaît pas de déficit en matière de grosses cachotteries.
Le plus frappant, dans le flot mondial des nouvelles sur la crise financière, c’est le sentiment de forte improvisation qui en ressort. Tout est successivement essayé, sans succès jusqu’à maintenant, la crise au contraire s’approfondissant. Si tout le monde est d’accord sur l’idée que les grands moyens doivent être employés, ce ne sont pas les mêmes qui sont préconisé ici ou là. Ces tâtonnements incessants, ces valses hésitations, résultent non seulement de la nouveauté de la crise, et donc des remèdes à y apporter, mais également des affrontements qui opposent en coulisse les intérêts nationaux et les lobbies financiers et dont on n’entend que des échos assourdis.
Mais que font-elles donc, ces banques, qui renâclent à toutes les injonctions, qui ignorent superbement les meilleurs plans de soutien, sans aller jusqu’à refuser cependant les aides financières directes, sauf exception ? Un article documenté du New York Times, le 18 janvier sous la signature de Mike McIntire, vient apporter un éclairage américain intéressant à ce sujet. Rappelons-nous que Associated Press avait précédemment, dans une dépêche faisant mouche, évoqué le mur de silence devant lequel l’agence s’était trouvée en enquêtant à ce sujet.
Le NYT a mis quelque temps à publier l’histoire, mais il est parvenu à la sortir. A l’occasion d’une réunion fermée d’analystes financiers de Wall Street, tenue en novembre dernier dans un grand hôtel de Floride, des banquiers se sont livrés, ne se doutant pas que leurs propos seraient rapportés. « Faire plus de crédits ? Nous n’allons pas changer notre business model et notre politique de crédit pour nous confirmer aux désirs du secteur public » s’est par exemple exclamé lors de sa présentation, John C. Hope III, directeur de Whitney National Bank, une banque régionale de la Nouvelle Orléans. « Nous considérons le TARP comme une police d’assurance ». Il a ajouté : « Quand tout cette affaire sera finalement finie, aussi mal qu’elle se termine, nous serons l’une des banques à tenir debout ».
Ce qu’il ressortait de l’ensemble des présentations faites par ces banquiers, selon le quotidien, c’est que les banques entendaient utiliser l’argent du TARP suivant trois destinations. Comme matelas destiné à absorber les chocs futurs de la crise, afin de payer des dettes de la banque ou enfin comme financement d’éventuelles acquisitions de banques en déroute. Ce qui s’appelle avoir le sens des affaires et ne peut quand même pas être reproché à des banquiers.
Le Times de Londres, du 19 janvier, a apporté sa contribution sur ce même sujet, en narrant les passes d’armes qui ont opposé dirigeants de la Barclays, en pleine déconfiture boursière, et hauts fonctionnaires du gouvernement. Il semblerait, d’après le quotidien et malgré les démentis de circonstance, que le Trésor britannique n’était pas prêt à accepter l’évaluation faite par la banque des actifs que celle-ci souhaite céder, en contrepartie de l’assurance de ses actifs douteux, dans le cadre du plan gouvernemental annoncé aujourd’hui lundi. Des rumeurs faisaient alors état de l’exigence du Trésor, pour avoir accès aux livres de la Banque, que l’Etat entre à son capital. La Barclays, rappelons-le, est cette banque qui a préféré pour se renflouer des capitaux privés chers à des capitaux publics meilleur marché. La publication dans la presse de ces informations donne, quant à elle, une certaine idée de l’ambiance qui règne actuellement à la City et dans les milieux gouvernementaux. Et de ce que préservent soigneusement des regards, certainement jaloux de leurs trésors, les banques qui clament leur bonne santé.
Les polémiques publiques françaises à propos des bonus des cadres supérieurs des banques, très « sarkoziennes », font écho à cet affrontement londonien, en plus mesuré et public à Paris, car s’inscrivant dans un contexte moins dramatique, tout du moins officiellement. On ne se lasse pas, à ce sujet, d’admirer l’immunité dont semblent toujours bénéficier, seules du monde occidental, les banques françaises. La BNP Paribas venant toutefois d’annoncer un « profit warning » pour le quatrième trimestre 2008, et allant très probablement prochainement recevoir un soutien financier de l’Etat, ses dirigeants ayant par ailleurs opportunément renoncé à leur bonus, seuls dans ce cas du monde bancaire, condition posée par la Ministre de l’économie et des finances, Madame Lagarde. Qui ne parle que de les « suspendre », pour être plus convenable.
Les affaires, donc, continuent, comme on vient de le voir. Dans son édition du 17 janvier, le Wall Street Journal fait largement écho aux conseils dispensés par les conseillers financiers à leurs clients investisseurs. Cette période de crise est en effet propice à de bonnes affaires pour ces derniers. Un petit peu comme les banques qui attendent les défaillances pour s’emparer de leurs collègues de travail. Le marché du crédit, bien que sinistré, offre paradoxalement d’excellentes occasions à saisir, explique le rédacteur de l’article, Mark Gongloff. Les rendements sur le marché obligataire privé (celui des entreprises) atteignent des hauteurs inespérées, comparé au marché des actions, en deuil, déserté, et sur le relèvement duquel nul ne se hasarde à des pronostics. Et donc sur lequel personne ne préconise d’investir, en dépit du très bas niveau des cours.
Le différentiel élevé de rendement entre obligations d’état et privées suggérerait, en temps normal, que le taux de défaut enregistré sur ce marché devrait être très élevé. Ce n’est pourtant pas le cas, tout du moins actuellement. Il faut chercher d’autres explications, même si les marchés réagissent, par nature et tout théoriquement, d’anticipations. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet.
Une autre explication, que le WSJ n’étudie pas, est que les entreprises, n’obtenant que difficilement du crédit bancaire, ou alors à des taux prohibitifs, doivent se tourner sur le marché obligataire. Mais y montrer patte blanche, c’est à dire en proposant des rendements élevés pour attirer les investisseurs. Le rendement des obligations d’état est bas en raison de la demande pour celles-ci, celui des obligations privé est haut en raison de la difficulté d’y attirer les investisseurs. Pour une fois que la loi de l’offre et de la demande s’applique, cela serait dommage de ne pas en profiter.
Il faut également revenir, toujours sur ce même thème, à un article paru dans le Financial Times du 7 janvier dernier, selon lequel trois associations américaine, britannique et australienne de directeurs de hedge funds s’étaient regroupées pour effectuer une mise en garde commune : « la divulgation par les autorités de marché d’informations détaillées sur les opérations de vente à découvert et leurs positions serait préjudiciable à cette industrie. » Richard Gilbert, responsable de l’Australia’s Investment and Financial Services Association (IFSA), cité par le FT, a enfoncé le clou : « les clients des fonds payent leur directeur pour ses services, pas pour que d’autres aient accès à ce qu’ils font ».
Ces très mercantiles préoccupations semblent laisser froid la FSA britannique, qui vient de lever l’interdiction des ventes à découvert des valeurs financières, à condition toutefois qu’en soient rendues publics les ordres, prenant tout le monde par surprise. Mais très logiquement, sous les applaudissements des gérants de hedge funds. « Cela va permettre de presque revenir à la normale » a déclaré Darren Fox, de Simmons & Simmons, selon le Financial Times. Les associations des assureurs et des banques (AIB et BBA) se sont pour leur part consolées, en remarquant que les hedge funds avaient de toute façon tendance à opérer sans tenir compte de l’interdiction et que la publicité de leurs opérations allait quand même décourager certaines ventes à découvert.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : La tête dans les épaules
La crise s’approfondit en son cœur, au rythme de plus en plus soutenu de plans de relance financière aux résultats jusqu’à maintenant décevants. Les plus grandes banques continuent de faire les titres de la presse, souvent les mêmes. Laissant à penser que tout n’est pas nécessairement avoué chez les autres. Permettant de constater, sans qu’il soit besoin cette fois-ci de spéculer, que ces puits sont sans fond, car à peine fait, il faut les combler à nouveau.
L’espoir d’un retour à meilleure fortune, en application de cette clause qui figure souvent à la fin des contrats d’affaire, dernière ressource déjà lointaine dans le cas présent, ne semble même plus être une option pour le monde bancaire, au chevet duquel tout le monde se penche.
De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer que soient mises en place des solutions radicales, et non plus des demi-mesures, afin d’en extirper une fois pour toutes le mal qui les ronge. Sans que le remède permettant d’éviter, en soignant le malade, de le tuer par la même occasion, ait été découvert. Sans que soit trouvée la méthode qui permettra de démêler l’inextricable paquet de nœuds qui a envahi les livres des établissements financiers.
L’heure reste pour l’instant au cocktail de mesures cherchant une issue dans l’innovation. L’administration Obama devrait rapidement annoncer son propre cocktail, après que les britanniques s’y sont lancés les premiers. Une manière de mettre toutes les chances de son côté, disais-je précédemment, une façon de ne pas encore mettre les points sur les « i », devrais-je dorénavant ajouter.
En attendant, le temps passe, les déficits publics enflent, la situation de l’économie chinoise empire, et l’on se demande si elle va continuer de générer les excédents nécessaires au financement, avec la japonaise, du déficit américain. Il est devenu par ailleurs presque banal de s’interroger sur le nom du premier État qui fera défaut, tandis que les notations à la baisse tombent, dont celle de la Grande-Bretagne. Sauf exception, on n’ose plus évoquer la charge future de remboursement – ou d’effacement par la création monétaire – de la dette publique. Et surtout on n’aborde pas encore ouvertement ce délicat dilemme qu’il faudra bien un jour trancher : que préconiser demain, entre le remboursement et l’effacement de la dette, ces deux variantes de la peste et du choléra ?
Le marché des devises, moins sous les feux des projecteurs, lance de son côté des signaux alarmants et lourds de conséquence. La descente infernale des places boursières se poursuit ainsi que le redoutable « credit crunch », nié malgré l’évidence par les banques, redouté par les entreprises et reconnu par les politiques, qui n’en peuvent mais. Le flot montant des liquidités que les banques centrales continuent de déverser sans limites sur le marché devrait être contemplé avec inquiétude. Il suffira de les récupérer, disent les experts avertis, comme s’il s’agissait d’un de ces simples « réglages fins » de la BCE. Les mêmes qui laissent croire qu’il sera aussi simple de détricoter ce qui, dans tous les domaines, est en train d’être bâti dans la précipitation, dans le reniement le plus radical de toutes les valeurs hier adulées.
Quand Jean-Claude Trichet, président de la BCE, juge « infondées » les craintes d’un éclatement de l’euro et de l’Union monétaire en raison de la crise financière, comme aujourd’hui mercredi lors de son audition régulière devant la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, quand il y déclare aussi « nous n’avons actuellement aucun risque de déflation», il faut se demander quelles anguilles il masque sous quelles roches. Pourquoi dément-il les risques d’éclatement de la zone euro et réfute-t-il les risque de déflation ? Parce que les tensions sont bien réelles et ne peuvent que s’accentuer, dans le premier cas, et que la BCE ne veut pas s’engager dans la politique « d’assouplissement quantitatif » de la BoE, qui suit fidèlement les traces de la Fed, dans le second. Entendez par cette dernière formule énigmatique et qui va faire fureur, une augmentation inflationniste de la masse monétaire. La BCE, largement sous influence allemande, est comme on le sait farouchement opposée à cette politique. « Suivre la Fed ne peut pas sauver le monde » titrait un de ses articles du Financial Times, le 21 décembre dernier, le chroniqueur Wolfgang Munchau.
Nous sommes en France habitués à ces déclarations qui signifient généralement le contraire de ce qu’elles prétendent énoncer. Un autre grand spécialiste de la chose, la fonction doit le vouloir, c’est le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer. Ne vient-il pas de déclarer, dans un discours prononcé dans le cadre d’une conférence Paris-Europlace aux Emirats arabes unis, alors que le gouvernement annonçait un deuxième enveloppe d’aide financière des banques françaises de 10,5 milliards d’euros, que celles-ci n’en avaient pas vraiment besoin, à part Dexia, concédait-il. « Leur recapitalisation publique n’est pas destinée à compenser des faiblesses ou des failles. Il s’agit plutôt d’anticiper des problèmes éventuels », précisait-il. Puis on enregistrait quand même un sursaut de sincérité de sa part : « Bien sûr, (les banques françaises) ne sont pas immunisées contre la crise. Leur exposition directe ou indirecte aux actifs toxiques les a contraintes à passer des dépréciations record ».
De fait, la situation française, qui semblait bien singulière dans un monde bancaire en crise, se normalise en quelque sorte, avec ce deuxième volet de leur sauvetage. Le titre BNP Paribas chutait mercredi matin, le cours revenant à ses niveaux de fin 1998. La Société Générale annonçait quant à elle des résultats équilibrés mais inquiétants, si l’on considère les pertes de son activité de marché. Heureusement, le feuilleton français de la semaine, l’affaire des bonus des dirigeants des banques, a occupé pendant ce temps-là les esprits, c’était bien l’objectif poursuivi. Les conseils d’administration des banques ont voté l’abandon de ces bonus, après quelques atermoiements, en toute indépendance mais à la suite de recommandations gouvernementales très appuyées. L’honneur était sauf de part et d’autre.
La situation en République Fédérale est plus ouvertement préoccupante. La banque Hypo Real Estate (HRE), déjà sauvée de la faillite par l’État, a annoncé hier mardi qu’elle allait recevoir une nouvelle garantie publique de 12 milliards d’euros, soit un total 42 milliards d’euros d’aide de l’Etat avec ce qu’elle a déjà reçu. La semaine dernière, la Deutsche Bank, première banque du pays, avait déjà annoncé avoir essuyé en 2008 la première perte annuelle de son histoire : près de 4 milliards d’euros. D’après le Süddeutsche Zeitung, elle a depuis essuyé des pertes massives à cause de deux de ses fonds spéculatifs aux Etats-Unis. Deutsche Bank CQ Capital a perdu 47,2% en 2008. Deutsche Bank Distressed Opportunities a lui enregistré une perte de 42,4% pour la même période.
La presse britannique de mardi dernier soulignait, quant à elle, le coût du nouveau plan de sauvetage des banques, tout en reconnaissant sa nécessité et en prédisant que des nationalisations devraient logiquement suivre. Notamment celle de RBS. Selon The Guardian, ce plan « est intelligent, mais on se retrouve très loin de ce qui ressemblerait à un service bancaire normal.(…) Si cette stratégie ne marche pas, les ministres pourraient avoir besoin de procéder à des nationalisations », ajoute le quotidien. Le détail des mesures n’étant pas connu, par ailleurs, il est difficile pour les commentateurs financiers, qui le soulignent, de se faire une opinion. C’est le cas de George Hay, de breakingnews.com. Mais le sentiment qui se dégage de leurs avis, presque un « consensus » pour employer un terme de la finance, est que le plan ne sera pas suffisant alors que son encre n’est pas encore sèche.
La Belgique envisage également d’octroyer de nouvelles aides à son secteur bancaire, toujours dans la tourmente, à l’image du bancassureur KBC en chute libre à la Bourse. Le ministre belge des Finances, Didier Reynders, envisage selon l’agence Belga un « deuxième tour bancaire », en référence aux renflouements successifs en septembre et octobre dernier de Fortis, Dexia et déjà de KBC.
Enfin, pour terminer ce tour d’horizon sans un seul petit coin de ciel bleu, l ‘action Citigroup est tombée hier mardi sous son plus bas niveau à Wall Street, en dépit des 45 milliards de dollars reçus de l’État, relançant les spéculations sur une possible nationalisation de l’ancien numéro un mondial de la finance. La banque ne vaut plus qu’un quart des apports de fonds dont elle a bénéficié depuis un an, si l’on ajoute à l’aide publique américaine 22 milliards de dollars venus essentiellement de fonds souverains du Moyen-Orient et d’Asie fin 2007 et début 2008. L’une des plus grandes banques américaines, Bank of New York Mellon, est tout juste parvenue à rester bénéficiaire au quatrième trimestre 2008, avec une chute de –88% de son résultat net. Son titre a plongé mardi dernier de 17,25%.
Dans tout le monde occidental, la création d’une bad bank est fiévreusement étudiée. Une mesures radicale difficile à prendre mais incontournable. En Belgique, où le coût de son financement est hors de portée de l’Etat, on envisage de créer une « bad bank virtuelle », un peu sur le modèle britannique de garantie des actifs à risque. La Bundesbank, banque centrale allemande étudierait de son côté un projet « en dur », selon le quotidien Frankfurter Rundschau de mercredi. Mais ce scénario effraierait le gouvernement car, selon Peer Steinbrück, ministre fédéral des Finances, une telle opération coûterait entre 150 et 200 milliards d’euros à l’Etat. C’est, enfin, une des options qui aurait désormais la faveur de la Fed aux USA, mais il faut encore attendre ce qui va être annoncé par la nouvelle administration. L’impression dominante est que les mesures à venir seront, comme celles qui ont déjà été annoncées, très politiques. Ce qui présage du fait qu’elles seront plus facilement adoptées par le Congrès, mais laisse en même temps craindre une source d’inspiration un peu courte.
Le système bancaire va être confronté à une succession de nouvelles difficultés. Il a déjà encaissé, non sans de graves conséquences, les effets de la crise financière des subprimes et l’écroulement qui s’en est suivi, toujours en cours, puis la baisse en bourse des actifs détenus en propre. Il s’attend désormais à ce qu’augmentent les défauts de remboursement, en raison de la crise économique.
Si les banques ont réussi, grâce aux garanties mises en place sans tarder par les gouvernements, à éviter les retraits massifs des épargnants qui leur auraient été fatals, elles vont devoir aussi enregistrer une importante baisse d’activité sur les segments de marché des plus rentables. Celui d’activités de marché en tout genre, désormais trop risquées ou tout simplement totalement gelées. La titrisation par exemple ou bien le carry-trade mis à mal par l’instabilité des changes.
Il est aussi illusoire de faire porter aux seules banques la responsabilité d’une crise qui les dépasse, même si elles ont contribué à son émergence, qu’il est démagogique de faire de la question des bonus une question centrale, même s’il est moralement satisfaisant de les voir supprimés. Les banques ont la tête dans les épaules et sont fermement décidées à ne pas la laisser dépasser, c’est bien une des rares initiatives qu’elles peuvent actuellement prendre.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Le vilain mot commençant par « N »
Les meilleurs auteurs, puisque c’est une manière d’asseoir définitivement son propos, convergent dans leur analyse et, depuis peu, vers des solutions radicales à la crise financière. Des solutions, qui osent écrire en toutes lettes le vilain mot qui commence par un N.
Voici ces auteurs.
Paul Krugman, Prix (dit) Nobel d’économie, poursuit dans le New York Times du 18 janvier son assimilation des banques à des zombies, très pédagogiquement, pour ensuite estimer que l’éventuelle création d’une « banque de consolidation » (une bad bank plus honorablement dénommée), dont on parle beaucoup, impliquerait aussi, pour ne pas faire le travail à moitié, une utilisation de ce qu’il appelle ironiquement le mot en N. N pour nationalisation.
Nouriel Roubini, star montante de l’expertise de la crise, dont on sait qu’il ne mâche ni ses mots ni ses analyses, explique à l’occasion d’une conférence à Dubai tenue le 20 janvier, chiffres à l’appui, que le système bancaire américain est dans son ensemble virtuellement en faillite. En d’autre terme en banqueroute non déclarée.
Helmut Schmidt, ancien ministre des finances et chancelier allemand, vient de dresser dans l’édition du 15 janvier du Zeit le catalogue le plus contraignant et radical que je n’ai jamais lu des mesures qui devraient être prises pour que « plus jamais cela » ne soit pas une fois de plus proclamé en vain.
Willem Buiter, dans le Financial Times du 16 janvier, préconisait une nationalisation provisoire mais totale des banques rendant ensuite plus facile la création d’une bad bank pour y parquer leurs actif pourris.
Voilà ce qu’on appelle un tir groupé.
La collection d’experts qui précède est disparate, j’en conviens, mais les membres de cette dangereuse cellule invisible ont en commun d’être tous de dangereux révolutionnaires bien connus des services compétents. Des “services” comme on disait en URSS – l’appellation demeure en Russie – car on n’osait même pas les désigner par leur nom.
Tout cela n’a que trop duré, vive les solutions radicales ! Il faut en finir une fois pour toute ! Mais il faudrait tout de même que nos mêmes auteurs se penchent vite sur le détricotage des mesures qu’ils préconisent. Comment sans cela nous dépêtrerons-nous avec un système du crédit nationalisé ? Avec un monde financier atrophié, et donc impotent si l’on croît nos édiles ? Avec une poubelle de l’histoire remplie d’actifs pourris, que l’on ne pourra pas pour une fois décharger dans le Tiers Monde ?
Pour poser la question de fond, pouvons-nous vraiment reporter sur l’Etat la confiance qui fait aujourd’hui tant défaut entre financiers ? Cela serait bien la peine d’en arriver là, après avoir salué la chute du Mur et la ruée des camarades de l’Est dans notre monde de libre échange dont ils avaient tant rêvé.
« L’Etat c’est nous » a succédé à « l’Etat c’est moi ». Mais comment pourrait bien fonctionner cette appropriation ? Tout le problème est là.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Des Bad Banks et des nationalisations a minima
Les questions financières sont le plus souvent assez simples dans leur principe, une fois débarrassées du vocabulaire hermétique qui les accompagne et de la chape de silence qui les entoure en temps normal. Les bad banks, question en ce moment des plus discutées dans les cercles décisionnaires du monde entier, en sont un bel exemple.
Tout peut se résumer, une fois le principe de leur création admis, à un dilemme assez simpliste. Si j’achète, moi l’Etat, trop bas aux banques leurs actifs douteux, je n’éviterai pas leur recapitalisation et j’y serai encore de ma poche. Si je les achète au prix qui les tire sérieusement d’affaire, cela me coûte une fortune. Comment alors évaluer ces actifs ? C’était sur cette question que la toute première version du plan Paulson avait achoppé aux USA, après avoir prétendu l’avoir résolu, en l’ignorant en fait, grâce à la technique des enchères renversées.
Les gouvernements réfléchissent et temporisent donc, pour les mêmes raisons de coût, aux USA, en RFA, en Italie et en Belgique, et sans doute dans d’autres pays qui le taisent. Le dispositif britannique que Paul Jorion a précédemment décortiqué, et qui évite d’acheter ces titres en les garantissant, a l’avantage d’évacuer ce problème d’évaluation et à priori de minorer les coûts. Il est donc regardé avec les yeux de Chimène, en priant avec ferveur qu’il y fonctionne.
Willem Buiter, dans le Financial Times du 20 janvier, le trouve encore beaucoup trop dispendieux et inefficace, prenant encore une fois le taureau par les cornes. Après avoir décortiqué sans concessions la situation du système bancaire britannique, établissant clairement de désastreuses responsabilités, il développe un plan qui procède très astucieusement, en plusieurs étapes successives et à moindre coût pour l’Etat. Sans entrer dans les détails, qui sont sophistiqués, il associe la nationalisation totale du système bancaire à la création d’une bad bank, puis à la création de nouvelles banques, d’abord publiques et ensuite privatisées.
Du côté américain, la situation n’est pas encore clarifiée. Les grandes banques régionales, à leur tour emportées par la crise financière, ont annoncé de très lourdes pertes pour le quatrième trimestre, du niveau de celles de leurs consœurs nationales. Elles avaient pourtant reçu de très importantes aides dans le cadre du premier volet du TARP. Et cela accentue encore davantage la nécessité de définir une nouvelle politique en direction du système bancaire.
A propos de la création éventuelle d’une bad bank, le Washington Post du 22 janvier expliquait que si le prix d’acquisition des titres toxiques par une telle structure créée par le gouvernement était trop élevé, cela représentait un effet d’aubaine pour les banques et que, s’il était trop faible, celles-ci ne participeraient pas au plan. Comment en sortir ? George Soros apportait dans le Financial Times du même jour un éclairage détaillé sur les avantages et inconvénients réciproques des termes du choix devant lequel l’équipe d’Obama se trouve : « Nationaliser les banques partiellement ou les laisser dans des mains privées, mais nationaliser leurs actifs toxiques ». Ainsi que la difficulté de ce choix.
Le Süddeutsche Zeitung de vendredi révèle les grandes lignes d’un plan qui serait à l’étude au sein du gouvernement allemand. Il s’appuie sur la création d’une structure de défaisance pour chaque banque, assorti d’un mécanisme complexe, qui a déjà servi pour assainir les banques est-allemandes après la réunification et dont l’application devrait moins peser sur les finances de l’Etat. Celui-ci ne paierait pas tout de suite les banques en échange de leurs actifs toxiques, mais assumerait la perte de valeur de ces titres seulement à leur arrivée à échéance, et pourrait recevoir en échange une partie des bénéfices des établissements, sur une période de 40 à 50 ans. Une solution d’étalement réciproque, séduisante sur le papier, mais dont il n’a encore été fait le tour pour bien vérifier qu’elle fonctionnerait.
A toutes fins utiles, la Commission de Bruxelles, qui avait été prise par surprise lors des plans de recapitalisation en catastrophe des banques de plusieurs pays européens, étudie avec la BCE et les Etats membre les mesures qui pourraient être prises pour alléger le fardeau des banques, sans pour autant violer les règles européennes sur les aides d’Etat, selon l’un porte-parole de la Commission, Jonathan Todd, qui s’exprimait à ce sujet jeudi dernier.
Le président de la BCE Jean-Claude Trichet a quant à lui rejeté mercredi, devant des eurodéputés, l’hypothèse d’une « banque d’épuration mondiale », confirmant ainsi qu’il n’était pas question aux yeux de la banque, et de ses principaux mentors, de se laisser entraîner sur une mauvaise pente, dans le cadre d’un tel organisme, par les Américains ou les Anglais qui y participeraient.
De tous côtés, il faut encore attendre. Devant l’obstacle, différentes formules sont étudiées et rien ne semble joué. Il semble pourtant que bad banks et nationalisations bancaires soient deux mesures indissociables si les gouvernements veulent mettre toutes les chances de leur côté. Le prix de ces opérations, quoi qu’il en soit, sera probablement très élevé à l’arrivée, en dépit des tentatives d’optimisation. Il faudrait que des solutions très radicales, à la Willem Buiter, soient adoptées pour l’éviter et cela n’en prend pas le chemin, car cela heurte trop d’intérêts. Ce qui augure mal de la suite, suggérant par avance une régulation a minima du système financier. Seule la poursuite de l’approfondissement de la crise pourra repousser ces limites déjà à mon sens implicitement tracées.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Premier aperçu de la future régulation financière américaine
De premières informations sortent sur les intentions de la nouvelle administration américaine en matière de réforme de la régulation financière, alors que les attentes se développaient fortement ces derniers jours à Washington à ce propos. On y soulignait que le sommet du G20 de Londres, le 2 avril prochain, serait l’occasion d’un des premiers déplacements à l’étranger du nouveau président. Les déclarations des officiels partaient en effet un peu dans tous les sens depuis plusieurs jours, sous de multiples pressions dues à la détérioration plus rapide que prévue de la crise financière. Il devenait également urgent, bien que peu de temps se soit écoulé depuis l’investiture, de donner forme à la politique qu’entendait suivre la nouvelle administration. C’est tout du moins ce qui ressort de la lecture de la presse américaine.
Le New York Times résume pour sa part, dans un article de Stephen Labaton du 25 janvier, les mesures qui sont à l’étude, ou plutôt ce que l’on peut en décrire aujourd’hui dans les grande lignes, en s’appuyant notamment sur les déclarations de Thimothy Geithner, le nouveau secrétaire au Trésor, lors des auditions de responsables afin que leur nomination soit confirmée, ou selon le rapport de Paul A. Volcker, l’un des membres les plus éminents de l’équipe économique d’Obama.
Parallèlement, on apprenait que l’administration Obama se préparait à demander une rallonge aux 350 milliards de dollars de la seconde tranche du TARP, qui vient d’être adopté par le Sénat américain. « Je ne pense pas que beaucoup de responsables au Trésor et à la Réserve fédérale estiment qu’il s’agit de la dernière somme d’argent qu’il vont devoir dépenser », a estimé dans le Washington Post de samedi dernier, Barney Frank, président de la Commission des services financiers de la Chambre des représentants. On pourrait atteindre, selon le quotidien qui ne cite pas ses sources, une enveloppe globale de 1.000 milliards de dollars (au lieu des 700 milliards déjà adoptés), si le Congrès approuvait cette nouvelle demande. La multiplicité des besoins et des utilisations des 350 milliards de la seconde tranche du plan rendait inévitable qu’une telle demande d’extension soit formulée, devant les arbitrages insurmontables qui en découlaient.
Il est donc désormais possible de se faire une première idée du dispositif global de mesures de régulation en gestation. Il s’appuie sur un rôle accru de la Fed et de la SEC, ainsi que des agences gouvernementales concernées. Un encadrement des courtiers en prêts hypothécaires et de leur activité, ainsi que des hedge funds, est à l’étude, ce dernier avait toujours été refusé par l’administration Bush. Ainsi qu’une réforme s’attaquant au conflit d’intérêt résultant de la situation dans laquelle se trouvent les agences de notation, payées par ceux-là mêmes qu’elles notent. Voilà pour les acteurs du marché, d’autres mesures concernent leurs instruments. Dans ce domaine, il s’agit principalement de la création d’une chambre de compensation des produits dérivés en général, dont les CDS, afin de mieux contrôler ce secteur de l’activité financière clairement identifié comme étant au cœur de la tourmente.
Aucune de ces idées n’est particulièrement nouvelle, ni spécialement audacieuse. Réunies, elles ont le mérite de formaliser un plan d’ensemble, avec ses avancées et ses limites. A ce stade, toutes ces proclamations d’intention ne sont que des têtes de chapitre, qui vont donner lieu dans les prochaines semaines à bien des annonces, des commentaires… et des batailles rangés plus ou moins ouvertes ou souterraines. Le diable étant toujours dans les détails, surtout en matière juridique et financière, il n’est évidemment pas possible d’encore apprécier l’ampleur de ce dispositif.
Pour la partie plus explicitement politique, on notera que l’administration Obama a l’intention de tenir compte des très nombreuses critiques faites à propos de l’utilisation de la première tranche du TARP, et de « limiter » les rémunérations des responsables des institutions financières, sous toutes leurs formes, lorsque ces dernières reçoivent des fonds publics.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Nous allons entendre beaucoup de voix
A Davos, au 39ème Forum économique mondial, c’est comme dans certains festivals, il y a le « in » et le « off ». Sauf qu’il ne s’agit pas de différencier la programmation officielle de celle qui ne l’est pas, mais de réglementer l’accès des journalistes aux débats. Afin de leur faire croire, grâce à la magie de l’interdit, que des choses décisives se disent en leur absence, dans le « in » où ils sont proscrits. Cette année, les 2.500 « décideurs » réunis ont en effet « cinq jours pour redessiner le monde ».
Une forte participation de banquiers centraux est à signaler. Car, si le débat dominant de Davos va porter sur les moyens de régler la crise et sur le monde qui s’éveillera sur le champ de bataille, à l’aube de la crise, le blog de Paul Jorion ayant modestement pris quelques longueurs d’avance, nul doute que des questions sérieuses, ne faisant pas l’objet de grandes envolées lyriques sur le monde de demain, vont être sérieusement discutées. Notamment celle-ci : qu’allons-nous faire des dettes publiques en train d’être amassées ? Les rembourser, ou plutôt les gérer en les finançant au mieux, ou les effacer par l’inflation ? Où allons-nous placer le curseur, dans un panachage idéal entre ces deux solutions ? A finances mondiales, décisions nécessairement collectives. La réunion de la Fed de Washington, qui se tient à l’heure où j’écris ces lignes, semble pour sa part en débattre intensément, on lira dans le communiqué ce qu’il en sera dit.
A propos des bad banks, sujet également de haute importance à Davos bien qu’il ne sera pas nécessairement publiquement évoqué, le commissaire européen aux Affaires économiques, Joaquin Almunia, a mardi, en lever de rideau de sa réunion, mis le doigt sur l’essentiel a appelant à définir les actifs toxiques détenus par les banques avant de chercher des solutions pour alléger leur fardeau. Puis il a ajouté qu’il faudrait se poser la question de “la meilleure façon de les valoriser” et “du prix qui serait payé pour la transmission de ces actifs toxiques du bilan des banques à la nouvelle bad bank”. Nous y sommes, les bonnes questions sont publiquement posées, mais elles n’ont toujours pas de réponse. Et pour cause.
Les Allemands, en plein débat à ce propos, continuent d’être partagés et, donc rien ne se passe. La crise financière s’avère plus grave que redouté et toutes les mesures prises jusqu’ici n’ont pas réussi à atténuer ses effets, déclare le président de la Bundesbank Axel Weber dans un entretien à Bild. « Cela m’inquiète qu’il n’ait pas été encore possible d’endiguer la crise sur les marchés financiers. De nouvelles failles apparaissent régulièrement, il y a davantage de secteurs touchés et de nouvelles pertes, qui conduisent à de nouvelles dépréciations ».
Sur le devant de la scène, un petit jeu se poursuit qui a tout de la diversion. Celui des prédictions qui se multiplient sur la date où l’on verra « le bout du tunnel », métaphore pour une fois employée au BTP (Bâtiment et Travaux Publics), à moins que ce ne soit une allusion plus sophistiquée à une certaine caverne. On parle d’embellie retrouvée, bien optimiste, on spécule sur fin 2009 ou même fin 2010 en réalité sans savoir. Au nom de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), de l’OCDE, du FMI, ou encore de la Commission Européenne. Plus audacieux pour une fois, le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a estimé lundi que “tant que toutes les banques n’ont pas été nettoyées, on ne peut pas trouver un chemin de sortie” à la crise. Il a regretté que “très peu a été fait” depuis le sommet du G20 en novembre à Washington. “Je ne dis pas que rien n’a été fait. Mais cela bouge très, très lentement”, a-t-il regretté.
Petite voix discordante dans le concert des graves et définitifs propos qui s’annoncent ces jours prochains à propos du nouvel ordre mondial, mais nous verrons sa montée en puissance plus tard, le président de l’opérateur boursier allemand Deutsche Börse, Reto Francioni, s’est élevé lundi contre un excès de réglementation des marchés financiers. “Nous devons veiller à ce que les marchés ne soient pas étouffés par une réglementation excessive”, a-t-il déclaré lors de ses vœux à la presse. Puis, il s’est opposé à une interdiction totale des ventes à découvert, alors qu’une telle interdiction sur certains titres, décidée le Bafin qui réglemente le marché allemand, court jusqu’au 31 mars.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Rounds d’observation
En reprenant la dépêche de Bloomberg, Paul Jorion a incontestablement donné l’information la plus importante de la journée. La proposition de loi de Colin Peterson à propos des CDS tranche en effet sur la litanie des nouvelles de la crise financière. Le sort qui lui sera réservé est une autre affaire, mais, au moins, on est entré dans le vif du sujet. Car pour le reste, cela n’avance pas beaucoup.
George Soros, à Davos, vient de nouveau de joindre sa voix à tous ceux qui expliquent qu’il n’y a pas d’autre solution pour sortir de cette crise que de créer une bad bank, puis de nationaliser les banques. Certains disent en totalité, d’autres seulement quand cela est inévitable. La nuance ne résistant pas nécessairement à l’épreuve du feu, selon les premiers. Les problèmes et les résistances qui sont à cet égard actuellement rencontrés ne sont qu’un avant-goût de ce que nous allons voir, lorsque le sujet de la régulation future sera pleinement abordé.
Sans même attendre, le secrétaire au Trésor Timothy Geithner, a déclaré lors d’un point de presse à Washington, non sans une certaine prudence : « Nous avons un système financier qui est aux mains d’actionnaires privés, mené par des institutions privées, et nous aimerions faire de notre mieux pour préserver ce système ». L’idée était visiblement de s’en tenir au rachat des actifs toxiques, sans avoir à injecter du capital dans les banques, mais les choses vont très vite à Washington semble-t-il. De nombreux commentateurs de Davos voient d’ailleurs dans le fait que ce forum ait été ouvert par Vladimir Poutine et Wen Jiabao tout un symbole de ce qui se prépare inévitablement, étant donné le rôle prééminent que joue l’Etat dans leurs deux pays.
En tournée européenne, le premier ministre chinois a affiché à la tribune ses meilleures intentions de coopération, à l’opposé de toute confrontation, en référence implicite aux récentes accusations de « manipulation des cours » du yuan de Timothy Geitnher. Selon Wen Jiabao, les responsables de la crise sont les pays qui ont adopté “un modèle de développement intenable caractérisé par une faible épargne sur une longue période et une forte consommation”. De qui peut-il donc bien vouloir parler ? Quant au taux de change du yuan, le premier ministre a estimé qu’il était “raisonnable et équilibré”, lors d’une conférence de presse donnée avec Angela Merkel. Il prend ses marques avant de négocier.
Le premier ministre chinois n’a pas le monopole des passes d’armes feutrées. Dominique Strauss-Kahn et Jean-Claude Trichet viennent de s’y essayer, entre bons Français. L’un au nom du FMI, sous forte influence américaine comme chacun sait, l’autre de la BCE, sous celle des Allemands comme personne ne l’ignore. Le premier a appelé la BCE, dans une déclaration à Die Zeit à « donner encore un peu plus de gaz » (en baissant plus ses taux), espérant que « les Européens règleront eux-mêmes ce problème » (de la cohésion de la zone Euro, en aidant les pays les plus faibles). Le second a répliqué à la cantonade : « Il nous appartient à nous, Banque centrale européenne, d’assurer la cohésion monétaire », défendant son pré carré devant les menaces voilées d’intervention du premier.
Quoiqu’il en soit, la situation de nombreux pays de l’Europe de l’Est devient très périlleuse et les projets d’intervention se multiplient, notamment du FMI, de la Banque Mondiale et de l’Union Européenne. Tandis que la BERD ne peut qu’émettre des vœux pieux, faute de moyens adéquats, la Commission européenne a de son côté déclaré jeudi surveiller “étroitement” la situation, appelant les banques investissant dans ces pays à se montrer responsables, en faisant profiter leurs filiales des plans d’aides publics dont elles bénéficient à l’Ouest, alors qu’il y a des rumeurs de retrait de leur part.
Le prochain G20 va décidemment avoir des arbitrages difficiles à faire de tous côtés.
Dans un communiqué publié mercredi, le FMI, pouvant apparaître d’autant plus alarmiste que la BCE cherche pour sa part à systématiquement rassurer, s’inquiétait, en préambule de ses “Perspectives de l’économie mondiale”, du fait que « la reconnaissance des pertes et la restructuration des créances douteuses ne sont pas achevées » (dans le système financier mondial). Les statistiques diffusées jeudi par la BCE montrent par ailleurs, en dépit de tout commentaire de sa part, que la difficulté à accéder aux crédits en zone euro augmentait encore.
Il semble également que la dernière réunion du Comité de politique monétaire (FOMC) de la Fed, qui vient de se terminer, n’ait pas été non plus de tout repos. Ce n’est pas la lecture de son communiqué final qui permet de le dire, rédigé dans la meilleure des traditions du genre, c’est à dire impliquant l’utilisation d’une forte loupe pour tenter de comprendre ce qui s’y est véritablement passé. Les analystes estimaient en effet que cette réunion devait être l’occasion de débattre de l’opportunité de fixer un objectif d’inflation ou une limite maximale à l’extension du bilan de la Fed (qui a doublé au cours des derniers mois du fait de sa politique d’accroissement des liquidités). Mais il n’en est fait nulle mention, ce qui signifierait plutôt que des désaccords persistent en son sein. Vu ce que l’on a depuis appris des futurs besoins de financement de l’Etat fédéral, on peut rétrospectivement le comprendre.
Résultat, on attend toujours que soit effectivement lancé le programme d’achats de bons du Trésor à long terme, afin de faire baisser les taux longs, ou au moins pour éviter que les très importants besoins de financement de l’Etat fédéral en 2009 provoquent une remontée de ceux-ci. Ce programme reviendrait concrètement à ce que la Fed achète directement la dette de l’Etat, notamment celle qui va résulter du plan de relance de 1.000 milliards de dollars de l’administration Obama, s’il est adopté par le Sénat après l’avoir été par le Congrès.
Nous restons donc dans une situation d’attente, qui ne va pas pouvoir perdurer. Un seul exemple, Alex Wieandt, patron de la banque allemande Hypo Real Estate (HRE) va publiquement exhorter dans le Süddeutsche Zeitung de vendredi, rapportent les agences de presse, l’Etat à rapidement entrer dans son capital, faute de quoi elle est condamnée.
On peut toutefois comprendre que l’administration Obama prenne son élan afin de sauter son prochain pas. Elle pourrait vouloir consacrer de 1.000 à 2.000 milliards de dollars de plus pour renflouer les banques américaines, affirme jeudi le Wall Street Journal. Le gouvernement envisage d’abord de créer une structure de défaisance chargée de racheter les actifs invendables des banques, dotée de 100 à 200 milliards de dollars prélevés sur la deuxième tranche du TARP. 1.000 à 2.000 milliards seraient ensuite levés par de nouveaux emprunts du Trésor, ou de la Réserve fédérale, afin d’épurer les bilans des banques et d’acheter des actions ordinaires, avec désormais droit de vote dans les banques.
Il n’est pas possible de terminer ce rapide tour d’horizon de l’aspect financier de la crise, sans faire état du rapport sur l’emploi en 2009 du Bureau International du Travail (BIT), rendu public mercredi dernier, selon lequel jusqu’à 51 millions de personnes pourraient connaître le chômage « si la situation continue de se détériorer ». Le même rapport indique également que « plus de 200 millions de personnes, la plupart dans les économies en développement, pourraient venir grossir les rangs des travailleurs extrêmement pauvres ».
Ni de ne pas faire mention de la venue de cinq chefs d’Etat latino-américains au sommet de Belem (Brésil) du Forum Social Mondial (FSM), qui se tient en même temps que celui de Davos : Luiz Inacio Lula da Silva (Brésil), Hugo Chavez (Venezuela), Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Equateur) et Fernando Lugo (Paraguay).
Par François Leclerc
J’ai connu ce blog ici, mais le propose à mon tour car il donne un son de cloche que l’on entend rarement et qui plaira à bon nombre d’entre-vous : Le blog de Pierre Jovanovic
Voilà un récit très intéressant d’une Française ayant émigré aux USA qui raconte comment la crise se manifeste concrètement là-bas.
Bonjour,
Tout d’abord, je me présente : Catherine, 42 ans, Ecouflant (49)
Cela fait longtemps que je lis vos forums. Je ne me suis jamais inscrite parce que … ben … intéressée mais sans compétences particulières pour prétendre apporter une quelconque contribution !
Aujourd’hui, je voudrais juste témoigner… pas un avis, pas une contribution « d’experte », juste un vécu, une réalité !
En 1989, jeune mariés, mon mari et moi décidons de « tenter notre chance » aux USA.
D’abord comme beaucoup, nous faisons des petits boulots (Restaurants, commerces, enseignement…), installés dans le middle west, d’abord dans l’Iowa puis l’Indiana pour petit à petit « construire notre rève américain » et nous intaller dans l’Ohio. Nous trouvons alors un boulot « sérieux » en 1994 dans une des « real-estate » les plus importants du coin (Sibcy-Cline pour ne pas la citer), lui à terme, en tant que « Account Executive » – Insurance Services – (comprenez en gros « agent d’assurance » sur les maisons vendues ) et moi en tant que « Realtor » (comprenez en gros « agent immobilier »).
TRES bien installés, « rève américain » « acquis », argent facile et sans compter … nous obtenons la nationalité américaine en 1998.
2 enfants naissent alors (aujourd’hui âgés de 9 et 6 ans), de nationalité américaine et HEUREUSEMENT aussi française (mais uniquement parce que mon mari a insisté, à l’époque, pour ne fassions le nécessaire pour celà .Trés honnétement, si cela n’avait tenu qu’à moi, ils n’auraient été « que » américains parce que je ne pensais VRAIMENT pas rentrer en France, un jour). Mes enfants ne parlent d’ailleurs pas le français et ne connaissent pas la culture française …. uniquement limités au virtuel et superficiel US
Tout ça pour die que contraints et forcés par la crise (et là bas le mot « crise » paraît faible), nous sommes rentrés en France il y a 2 mois … et Y RESTERONS !
Pourquoi ?
Je suis sidérée comment en Europe l’information, bien que plus exacte et plus complète qu’aux USA (qui cherche désespérément à cacher la vérité à la population) reste néanmoins trés en dessous de la vérité.
Actuellement, la vérité, est que les USA sont dans un état de délabrement le plus total. A l’exception de la classe la plus aisée (et de plus en plus aisée), soit peut être 10 ou 15 % de la population, le reste est en débacle sociale et économique.
Des millions de personnes sont ou vont être sans ressources ni abri.
Certaines villes sont désertées à 75 % et pas des moindres. A Cleveland, par exemple, il doit rester 1/3 de la population, la ville paraît être une ville fantôme sans plus aucune activité « officielle ». Phoenix en Arizona est pratiquement à vendre en quasi « totalité » comme bon nombre d’autres localités en Californie, au Nevada…. Chaque jour des « convois » de voitures particulière rejoignent les campagnes sur des routes et des autoroutes qui ne sont plus entretenues depuis plusieurs années.
Les aéroports sont à peu prés dans le même état (plus ou manque d’entretien… certains vols sont annulés « par sécurité », les commandant de bord refusant de se poser sur tel ou tel aéroport… les services de la circulation aériennne « secondaires » sont de plus en plus réduits : plus d’informations météo « exactes », plus de défense des aéroports contre les oiseaux, trous dans les pistes, végétation non coupée etc… dans ce pays où prendre l’avion est une nécessité et est devenu une « banalité » depuis longtemps.
Les salaires et le chômage :
Les salaires effectifs (donnés par les entreprises aux banques) ont été baissés de 20 à 45 % !!!!! en l’espace de 3 ans … et cela sans que personne ne s’en rende vraiment compte car les cartes de crédit, toujours de plus en plus nombreuses, facilement distribuées et approvisionnées et ré-approvisionnées, compensaient allégrement cettte « formalité » que représente le chiffre du salaire effectif sur une feuille de paye :
moins de salaire mais plus de sous … que demande le peuple !
Le chômage : En hausse constante depuis au moins 5 ans ! Là encore les chiffres n’ont pas d’importance aux USA: Les enfants de 14 ans qui remplacent des adultes dans les « fast-food », les garages, les commerces ….aprés leur école; « gonflent » les chiffres de l’économie.
Les adultes, eux, qui vivent de « petits boulots » (services aux particuliers sans être déclarés) et sans être inscrits au chômage (et pour cause, ils n’ont jamais travaillé officillement) , ne rentrent pas en compte dans les statistiques. Les « demi-adultes » (16/18 ans) qui travaillent officiellement dans divers services (surtout le commerce, la prestation de service…) 20 heures par semaine ou moins pour gagner 3 dollars de l’heure, ne rentrent pas en compte dans les statistiques non plus… pas plus que ne « comptent » les intérimaires « particuliers », les retraités qui (re)travaillent, les clandestins etc… qui font touner l’économie, qui sont « virés » du jour au lendemain mais qui ne sont jamais chômeurs officiels. Aux USA, les seuls chômeurs existants officiellement sont ceux que l’on ne peut pas cacher et qui viennent des « majors » (Ford, Microsoft…et alias)
Calculs faits, aujourd’hui le taux de chômage aux USA, rapporté au chômage effectif est comparable au chiffre de 1930 ! : pas 7.2 % comme annoncé mais AU MOINS 20 % … sans compter les enfants et les personnes de plus de 75 ans qui sont obligés de travailler !
Mais là encore… Quelle importance ! Chômeur ou pas, petit salaire ou pas… les cartes de crédit fonctionnent (FONCTIONNAIENT plutôt) à fond. Le petit salaire est utile et intéressant que pour l’argent de poche de l’adolescent ou pour les « menus frais » que l’on ne peut payer avec la C.C ou pour les « faux-frais inavouables » ou chez certains « commerçants » de rue qui n’acceptent pas les C.C !
Moins de travaill, plus de sous…que demande le peuple !
Et de toute façon, l’Amérique est grande et puissante, elle s’en remettra et se plaindre là bas, « ça ne se fait pas ». Alors on « suit la manoeuvre » et on la ferme !
L’immobilier :
80 millions ( QUATRE VINGT MILLIONS) de maisons baties en moins de 15 ans ! La moyenne au dessus de $200.000 ré-évaluées à leur « apogée » à $450.000 ou plus (d’où des crédits hypothécaires faciles de plus du double de celui de la maison EN PLUS de celui de la maison) et celà à des foyers gagnant moins de $2000 par mois.
Au début des remboursement « aisés » puis, aidés en cela par les taux variables et la décroissance des prix de leur maison, des primes réclamées dépassant les salaires !
La « reprise » :
Je ris quand je lis hier qu’une reprise des ventes de l’immobilier ancien est effective aux USA !!! +6.5 % en décembre !!! J’ai l’impresssion que la nouvelle administration excelle plus que tout autre dans la manipulation des statistiques (et je n’aimais pas Bush !)
En fait, effectivement les maisons « anciennes » (baties entre 1985 et 2000… voire en construction) se vendent mieux depuis quelques mois … mais à qui ?
Pas à la population américaine qui continue à être saisie ou à « laisser tomber » son bien avant l’arrivée de la police … mais à des investisseurs étrangers Russes, Chinois, Français (et oui)….Soit à des particuliers pour les vacances, résidences secondaires… mais surtout à des sociétés (banques….) qui attendent des jours meilleurs en achetant aujourd’hui des biens 50 ou 70% en dessous de leur « valeur » ! Depuis l’automne 2008, les voyages organisés par des agences autrefois spécialisées dans le tourisme d’affaire, les visites d’entreprises etc… se sont reconverties dans les visites de maisons, de condo…
Des ventes accrues aussi …mais aux banques et au gouvernement US !!!! Et oui, elles sont en faillite les banques US mais savent reconvertir leurs saisies en location pour les personnes qui ne les payent plus …idem pour le gouvernement qui « prétexte » qu’il faut bien loger les gens … d’où autant de maisons en moins sur le marché de la « vente officielle » qui fait tomber les chiffres des statistiques !
Au contraire, si on excepte ces tours de passe-passe, le nombre de « foreclosures », de « pre-forclosures », de « owners sales », les « bank owned », les « auction »…. est en constante et rapide progression, touchant même maintenant la classe moyenne supérieure (un peu l’équivalent des cadres supérieurs en France).
A celà, il faut ajouter les milliers de maisons DEJA PAYEES ou faisant partie de biens de famille, d’héritages… qui ont servi d’hypothéque à un ou plusieurs crédits à la consommation (voitures, meubles, travaux etc…) qui sont saisies pour honorer cette hypothéque. Certaines de ces maisons sont saisies pour le prix de la voiture, de la télé, des études des enfants, des soins médicaux… qu’elles garantissent mais SANS ENTRER dans les statistiques des agents immobiliers et du gouvernements (qui ne prennent en compte que les crédits immobiliers).
Les USA sont les rois du traffic de chiffres !
Les retraites et le « social »:
Je n’ose même pas en parler tant les perspectives d’avenir sont anéanties pour la plupart des « vieux » (en retraite ou qui le seront dans les 10 ans). Les entreprises, gestionnaires des fonds de pension sont en faillite aprés avoir « investi » les fonds de pension ou les avoir utilisé pour essayer de limiter les dégats dans l’entreprise elle même en faillite !
La plupart des gens ont une retraite par capitalisation sur base de rente viagère (biens dont il estime la valeur aux yeux des futurs actifs). Avec la chute de l’immobilier et/ou la saisie de leur bien, ils perdent 80% de leur retraite , ne leur restant plus que la part de « Social Security » soit… presque rien (10…20%) !
Je n’ose pas non plus penser à la génération actuellement scolarisée (disons entre 15 et 25 ans). C’est une génération virtuellement sacrifiée par le systéme. Elle n’aura pas le temps de se faire une retraite (en supposant qu’elle ait la possibilité de se trouver un emploi) ni de capitaliser quoi que ce soit.
Les étudiants laissent tomber leurs études (contraints ou forcés) aprés 1, 2 ou 3 ans ou avant la fin de leurs études, faute de pouvoir payer les premieres primes de leur prêt étudiant pourtant « garanti » pour une scolarité longue de 7…10 ans … mais qu’ils devront quand même rembourser « à fond » sur 15 ou 20 ans dès qu’ils auront trouvé un (petit) job !
Les universités (d’abord privées puis d’état…car ceux ci sont en faillite .. AUSSI !), ferment les unes aprés les autres ou limitent leurs inscriptions aux plus favorisés aprés avoir limité les embauches de profs, les investissements ….
Maintenant les « schools », les « academies », les « colleges » … sont touchés. Des ados ne sont plus scolarisés ou le sont partiellement.
Dans 10 ans, les USA seront en pénurie d’ingénieurs, de médecins…si ce n’est déjà le cas !
Je n’ose pas non plus parler du « Medic » !
Les soins sont hors de portée de la classe « basse » (bien sûr) mais moyenne et aussi maintenant « moyenne supérieure » ! Les enfants scolarisés au dessus de la « high », ne sont plus pour la plupart, pris en charge sur l’assurance de leurs parents et doivent faire l’objet d’une assurance particulière, plus chère encore que celle de leurs parents parce qu’ils ne travaillent pas et n’ont pas de biens propres!
Des personnes PAR CENTAINES meurent tous les jours faute de soins aux USA … et on ne le sais ou on ne le dis pas !
Des personnes, des enfants … qui pourraient être soignés ou guéris ne le sont pas faute de $ … ou parce que les hopitaux, les soignants refusent maintenant les C.C, n’ayant plus confiance aux banques et au système financier. Là aussi, la plupart du temps, les assurances sont indexées sur la valeur des biens : plus de biens ou biens dont la valeur décroît = plus d’assurance ou assurance plus chère !
La liste est longue et ma description bien que paraîssant « catastrophique » n’en reflète pas pour autant la limite. La REALITE est bien pire encore aux USA , le « premier » pays de la planète. J’y ai vécu, j’ai été une « green-card » et une américaine convaincue de vivre dans le plus beau pays du monde !
J’en suis revenue, non pas « déçue » (enfin quand même un peu) mais surtout EN COLERE aprés moi même d’être rentrée ainsi dans un système trop beau pour être vrai et surtout d’y avoir placé mes enfants.
Les USA sont un « eden virtuel » où les habitants sont manipulés par le système qui les « empêche » par la facilité qu’il procure (procurait plutôt car tout est bel et bien fini) de se rendre compte des réalités. C’est comme une grande secte où le gourou-crédit décide de tout mais en vous donnant l’impression de décider vous même en vous ôtant tout « soucis », toute difficulté financière pour le peu que vous ayez accés à la carte à puce miraculeuse (et 85% de la population y a accés… suffit d’ouvrir sa boîte à lettre le matin pour en avoir une nouvelle, une de plus !)
Ils sont un « eden virtuel » placé sous le signe de la religion, du « tout beau, tout gentil »…mais où les sheriffs tirent dans le dos des délinquants (surtout si ils ne sont pas blancs ou propres sur eux) et où les gosses se promènent des les écoles avec des couteaux ou des armes !
Une religion omni-présente qui décide en couvert, même de la politique, du social, des « communities »…mais qui, lorsque les gens sont en difficulté, qu’ils ne peuvent plus sortir leur C.C…ne se montre pas ou les rejète du système.
Je vais arrêter là en ajoutant simplement qu’à la différence de (peut-être) 200 millions de personnes aux USA, j’ai la chance d’avoir une autre nationalité ! Aujourd’hui je suis fière et CONTENTE d’être française et je peux affirmer qu’il faut vivre hors de France pour comprendre la beauté de ce pays et les avantages de son système social et aussi des « avantages » de la mentalité du français moyen… Râleur, bougon, pas forcément « propre sur lui », poli et tout beau tout gentil…mais ô combien solidaire et franc quand « ça va mal » ! UN système certes certainement « imparfait » ou perfectible mais ô combien « rassurant » quand on a connu celui du « premier pays » !
Aux USA, la Louisiane et décombres n’a reçu AUCUNE aide du gouvernement ou des autres états. La Californie en feu, brule sous l’indifférence de tous … En France, une tempête à Maubeuge ou à Bordeaux et c’est le pays entier qui se mobilise… y compris les DOM-TOM !
Merci de m’avoir lu !
Source : forums.oleocene.org
L’actualité de la crise : Valses hésitations devant l’obstacle
L’information la plus importante aujourd’hui ? Sans conteste les nouvelles « tensions » sur les marchés obligataires. Les rendements, qui avaient atteint des planchers historiques en décembre, n’ont cessé de grimper en janvier, passant de 2,304% avant l’investiture, à 2,844% vendredi pour le bon à dix ans, et de 2,894% à 3,603% pour le bon à trente ans. 2.500 milliards de bons du Trésor vont être présentés sur le marché en 2009, selon les analystes, ce qui devrait encore amplifier le mouvement. La demande est encore restée deux fois supérieure à l’offre, lors de la dernière émission de la semaine dernière, mais elle avait tendance, en décembre, à être trois fois supérieure.
Non seulement le financement des déficits va, comme prévu, coûter de plus en plus cher (et pas seulement pour les USA), mais le crédit hypothécaire, indexé sur les taux longs, va lui aussi grimper, laissant le marché immobilier dans l’état désastreux où il est, faisant obstacle à la relance économique aux USA. La tentation de la planche à billet va devenir de plus en plus forte dans le monde entier.
Cette situation explique également les atermoiements renouvelés des Allemands à propos de la création de leur bad bank. Le porte-parole adjoint du gouvernement, Thomas Steg, a déclaré hier qu’il « ne fallait pas s’attendre à une solution à court terme ». L’hypothèse d’une bad bank « n’était plus d’actualité », selon ce dernier, car trop lourde pour les finances publiques. C’est l’impasse, pour le moment.
Le Trésor US n’a pas ces scrupules, ou pas les moyens de les avoir devant la situation du système bancaire américain. Selon le Wall Street Journal de vendredi, il réfléchit à une double approche pour stabiliser le système financier, qui consisterait à la fois à reprendre des actifs à problèmes des banques et à offrir des garanties sur les autres. Une réunion à laquelle participaient le secrétaire au Trésor Timothy Geithner, le président de la Fed Ben Bernanke et la présidente de la FDIC (l’organisme de garantie des dépôts bancaires) Sheila Bair aurait eu lieu cette semaine afin de discuter de ce plan, toujours selon le quotidien. Exit, donc, d’éventuelles nationalisations évoquées deux jours auparavant dans le même journal, en tout cas pour l’instant. Car des désaccords sont clairement apparus à Washington à propos de la meilleure manière de procéder et rien n’est toujours annoncé. Il n’est pas non plus garanti que l’administration Obama puisse éviter d’avoir à reprendre sa copie ultérieurement.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : La résistance s’organise
« Rounds d’observation », puis « valse hésitation », que dire en cette soirée dominicale ? Nous connaîtrons sans doute cette semaine les dispositifs de gestion des actifs toxiques et de renflouement des banques retenus aux USA et en RFA. En attendant d’autres inévitables rebondissements, cela va durer ainsi. Les pilotes appellent cela des « touch and go », des atterrissages qui n’en sont pas, l’avion touchant juste la piste de ses roues pour redécoller immédiatement en mettant les gaz.
Je m’interrogeais, profitant de ce temps mort, pour savoir ce que pouvaient bien cacher les dernières déclarations publiques de Jean-Claude Trichet depuis Davos. Tel un sphinx, le président de la BCE s’efforce en effet de parler par énigmes. Moins le propos est clair, plus il est sensé avoir de portée. Inutile, a-t-il cette fois-ci déclaré, « d’identifier des boucs émissaires » dans la crise actuelle, « tout le système doit être réformé ». Voici une très louable intention, qui n’est pas sans rappeler le navrant « responsable mais pas coupable » proféré par une ministre française de la santé, suite à un grand scandale dans lequel elle était impliquée.
Un article fort documenté du Times de Londres du 30 janvier, signé Francis Elliott et Helen Nugent, est venu à ma rescousse pour m’éclairer. Le Times citait la déclaration, mardi dernier, du fondateur de Davos, Klaus Schwab : « ces gens (qui ont mené le système financier au bord de l’effondrement) ne sont pas seulement une partie du problème, ils sont également une partie de la solution ». On ne peut être plus clair.
Les journalistes du Times, dans le meilleur de leur tradition, poursuivaient : « Derrière le rideau, en Grande-Bretagne, il se passe tout autre chose. Les gens bien informés racontent que pas un jour ne se passe ou presque sans qu’une équipe de cadres bancaires supérieurs ne soit appelée dans l’urgence au Trésor et remarquée au troisième étage de ses bureaux. » A la façon d’un reportage dans les lieux, l’article épingle les noms et institutions financières d’origine de nombreux membres de l’équipe de 120 experts qui y travaillent depuis peu. On croirait lire l’annuaire des établissements les plus prestigieux. « Pour des raisons très compréhensibles, conclut perfidement l’article du Times, le Trésor est nerveux quand on lui demande s’il s’appuie vraiment sur les conseils de ceux qui sont responsables de la crise financière. “Ces gars ne sont que des hommes de troupe, pas les officiers” a répondu un membre du Trésor ».
Tapis dans leurs « back-office » et salles de marché, les hommes de la finance savent que tout n’est pas perdu. Ils négocient pied à pied et s’efforcent d’éviter l’indicible, des prises de participation publiques. A partir de leur base d’appui chancelante mais toujours en leurs mains, ils escomptent pouvoir ensuite remonter la pente.
PS : Lire l’éditorial incisif du 1er février du Los Angeles Times.
Après Soros, évoquant la création d’une « good bank » de préférence à celle d’une « bad bank », le LA Times titre son édito « Bad bank is a bad idea » et explique pourquoi.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Télescopage de problèmes sans solutions
Nous sommes toujours en « stand by », dans l’attente d’une décision américaine sur un nouveau plan de sauvetage des banques, qui semble encore retardée et est dorénavant annoncée pour la semaine prochaine. La déclaration de Joaquim Almunia, Commissaire européen aux Affaires économiques, lundi à Madrid, selon laquelle les participants à la réunion du G20 du 2 avril de Londres allaient plancher sur la possibilité de créer des bad banks n’est pas faite pour accréditer l’idée que cette question va vite être réglée. Le 2 avril, c’est dans une éternité, ou presque.
De fait, tout se passe comme si les problèmes déjà identifiés faisaient difficilement l’objet de décisions, qui tardent beaucoup – en raison de l’énormité des financements que leur solution implique – et que de nouvelles difficultés apparaissaient simultanément. D’un côté la BCE annonce qu’elle réfléchit à un cadre dans lequel les Etats de la zone euro pourraient créer des bad banks, tandis que de l’autre les tensions continuent de croitre sur les marchés obligataires et des devises, annonçant de nouvelles difficultés majeures.
A ce propos, Joaquim Almunia a eu le mérite de dire tout haut ce que beaucoup pensent tour bas, au cours du même déjeuner de Madrid, estimant que « la possibilité que des pays membres de l’UE qui ne sont pas actuellement dans la zone euro puissent remplir les conditions pour la rejoindre sont très élevées », précisant qu’il s’agit de la Grande-Bretagne, du Danemark ou de la Suède.
Nous sommes dans une période ou le « ni, ni » domine les débats. Ni augmenter outre mesure la dette publique, ni prévoir de l’effacer par l’inflation. D’où des solutions de sauvetage des banques qui tournent toutes autour de la même idée, clairement exprimée en RFA, de les faire uniquement bénéficier de garanties de l’Etat, ombrelle sous laquelle elles pourraient créer leurs propres bad banks, puis de leur demander d’aller ensuite sur le marché pour se renflouer, sans que l’Etat n’intervienne. C’est beau comme un camion Mercédès.
Ce schéma n’est pas exactement celui qui est discuté aux USA, où il semble ne pas pouvoir être fait l’impasse d’un achat des bons du Trésor US par la Fed, une solution typiquement inflationniste à laquelle les Allemands se refusent actuellement. La discussion porterait aux USA sur le niveau d’inflation admissible et sur la manière de la contrôler. Mais ce ne sont que des hypothèses, car ces débats ne sont évidemment pas publics. Rappelons la déclaration de Thomas Steg, porte-parole adjoint du gouvernement, hier lundi : « l’expérience nous a appris qu’il y a certains sujets relevant de l’Eurogroupe dont il vaut mieux ne pas discuter en public. » On touche là aux limites de la revue de presse.
Les gouvernements européens donnent en attendant l’impression de bricoler un peu. Les Espagnols réunissent leurs banques mais en restent pour l’instant aux injonctions, les Suédois annoncent, eux, des injections de capital public (4,7 milliards d’euros avec des contreparties), les Britanniques un plan de soutien aux PME avec un plan d’assurance crédit de 5,7 milliards d’euros, les Suisses lancent l’émission de bons en dollars à courte durée pour financer la bad bank accueillant les actifs “toxiques” d’UBS, les Belges voudraient bien intéresser les Chinois à l’avenir de Fortis, les Allemands envisagent la nationalisation de HRE et même, dans certains cas, des expropriations, selon les termes mêmes de Thomas Steg.
La Commission européenne a, de son côté, pour une fois pris l’initiative, spectaculairement, en proposant d’abolir le secret bancaire pour les non résidents dans plusieurs pays de l’Union Européenne qui le pratiquent. La proposition de Bruxelles prévoit que le Luxembourg, l’Autriche et la Belgique, les trois Etats de l’UE qui conservent le secret bancaire, ne pourront plus refuser de donner des informations fiscales à d’autres pays de l’UE concernant les contribuables de ces Etats. Le Premier ministre du Grand-Duché, Jean-Claude Juncker, n’a pu que répliquer que le Luxembourg était « prêt à discuter », laissant entendre qu’il souhaitait amender le projet.
La crise économique s’amplifie alors que les décisions tardent à venir. De plus en plus de secteurs économiques réclament une aide publique. La situation sociale devient sujet avoué de préoccupation gouvernemental dans de nombreux pays.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Inconnues persistantes et questions impatientes
Au fur et à mesure que le temps passe, de nouveaux gouffres s’ouvrent sous nos pieds. L’équation de la crise à résoudre n’a désormais pas moins que quatre grosses inconnues persistantes : comment relancer la machine à faire le crédit toujours grippée, comment passer le cap de la récession et de la dépression sans trop de dégâts sociaux, comment financer l’ensemble des mesures résolvant les deux inconnues précédentes, et comment ne pas recommencer tout cela, in fine ?
Toute une liste de questions supplémentaires nous attend plus ou moins patiemment. Je les formulerais provisoirement ainsi:
1/ A crise financière mondiale, solution nécessairement internationale. Comment y parvenir, chaque pays manifestant une tendance accrue à se protéger, si besoin au détriment des autres ?
2/ Une « déglobalisation » est-elle demain possible, même partielle, et comment ? Un autre modèle de globalisation peut-il lui être substitué et lequel ?
3/ Comment maintenir demain le niveau de vie des ménages, aujourd’hui très fortement endettés dans certains pays, sans revenir sur une répartition très inégalitaire des revenus ?
4/ Dans les pays émergents, comment substituer un modèle s’appuyant sur le développement du marché intérieur et du bien-être à celui qui prioritairement reposait sur les exportations ?
5/ Peut-on aussi revenir sur le phénomène de financiarisation effrénée que nous avons connu et dont nous voyons actuellement les premières conséquences désastreuses ? Ou au moins le cantonner ?
6/ Ne faut-il pas, au contraire, évacuer de la sphère marchande de nouveaux produits et services considérés comme socialement vitaux ? Lesquels ? Comment financer ce processus ?
Par François Leclerc
Si vous voulez avoir une information plus proche de la réalité, passez donc de temps en temps sur Le Blog de Pierre Jovanovic.
Une excellente revue de presse qui mérite d’être diffusée tant elle synthétise tout ce qui ne passe pas au JT des grands média manipulateurs français !
Salut Alcidejet,
Est-ce-que tu sous-entends que ce qui est posté plus haut n’est pas proche de la réalité ?
Faut pas mélanger informations et faits d’hiver !! lol
Non non, je n’insinue pas les choses… si je les pense vous avez du remarquer que je ne me gênais pas de le dire…
Je lis les extraits de François Leclerc plus difficilement que Pierre Jovanovic qui est plus abordable à mon sens, mais je ne crois pas qu’ils aient de désaccord majeur… enfin je ne voudrais pas parler pour eux…
Le récit de Catherine OK. La bulle devait éclater depuis 10 ans, c’est le Japon qui finançait les Etats-Unis qui a retardé les effets. Alors, d’abord les Etats-Unis, après c’est nous. C’est juste une question de temps. Je connais la situation et la souffrance actuelle des américains, cependant sachez que c’est ce qui nous attend. Donc prenons conscience que le rêve Français ne s’effondre lui aussi car les chiffres sont les chiffres et bientôt nous n’aurons rien à envier aux Américains.
Cependant, le peuple Américain compte des gens talentueux et de qualité et de haut niveau spirituel et sont les amis d’ailleurs. La casse du géant économique en cours nous concerne tous car elle est porteuse de guerres futures. Nous devons changer maintenant (la Terre passe en 5eme dimension pour info) et nous devons ne plus collaborer à ce monde MAINTENANT. Je suis joignable personnellement à cette adresse email : contactarobasechemin-de-joie.com
L’entretien du Président de la République française
Je viens de regarder et d’écouter Mr. Sarkozy. Ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est son « On regrette toujours les petites phrases ! », à propos de sa petite phrase précisément qu’en France on ne remarque pas les grèves. Parce que ce n’était pas simplement hautain ou condescendant de dire ça, c’était pire : c’était anti-démocratique. Parce que les gens ne font pas la grève, ne vont pas à la manif’, parce qu’ils ont simplement le sens de la fête : ils font la grève parce que ce qu’ils demandent d’une autre manière, personne ne l’entend. Ils font la grève comme une dame qu’on a vu : parce qu’il ne leur reste que 80 euros.
La France, c’est une démocratie et ça, c’est une très belle chose. Ça permet entre autres que des journalistes puissent poser au président les questions insolentes que tout le monde se pose, sans se retrouver le lendemain en prison, torturés ou assassinés. Ça n’a pas toujours été le cas, même en France, et il faut que ça continue, merci donc à tous ceux qui y veillent.
Je passe sur les questions franco-françaises et j’en viens à la finance. Je terminerai par l’économie.
Modifier la rémunération des traders, c’est du détail : si les traders touchent des millions, c’est parce qu’ils sont rémunérés à la commission sur des opérations spéculatives qui rapportent des milliards dans les salles de marché des établissements financiers. Ce qu’il faut faire, c’est interdire aux banques ces opérations spéculatives sur fonds propres et la question de la rémunération des traders s’en trouvera automatiquement réglée.
Même chose pour les agences de notation : si elles ont fait du mauvais boulot, c’est qu’en tant qu’ingénieur financier on est payé tant pour travailler chez elles et cinq fois plus pour travailler dans une banque. Qu’on ne vienne pas dire, comme l’a fait le Président, que le dimanche tel titre avait une note “AAA” et le lundi “BBB” ou “CCC” si l’événement qui est intervenu entretemps est la faillite de Lehman Brothers ! Il n’y aurait aucun rapport entre les deux ? Et les agences de notation ne devraient pas en tenir compte ? Bien sûr elles tirent des plans sur la comète, bien sûr elles ont attribué des notes à des CDO synthétiques sur la base de matrices de corrélations, bien sûr il y a des choses à améliorer, mais si on cherche des responsables, les agences de notation ne sont pas le premier endroit où il faille aller chercher.
Repenser, comme le Président français l’a dit, la titrisation et le hors-bilan, qui permettent aux dirigeants d’établissements financiers et aux actionnaires d’empocher par anticipation le prix de leurs châteaux en Espagne : excellente idée ! De même pour la régulation de tous les établissements financiers, y compris les hedge funds.
Les paradis fiscaux : ce ne sera pas une mince affaire, et il faudra à Mr. Sarkozy, et comme Alain Duhamel a eu raison de le souligner, des alliés, et des alliés de marque, pas seulement la Russie et le Brésil. Le président Obama viendra paraît-il en France en avril, ce sera le moment opportun de lui rappeler le projet de loi contre les paradis fiscaux qu’il avait déposé en 2007, à l’époque où il n’était encore que sénateur de l’Illinois.
« Banques de mauvais aloi » (bad banks), la France n’en aurait pas besoin parce que les banques françaises se porteraient mieux que les autres. Si c’est vrai, tant mieux, si c’est parce que les banques françaises ont retardé l’heure du bilan, alors ce n’aura été que reculer pour mieux sauter.
Mais le plus important, ce n’est pas la finance, et si l’on n’avait parlé que d’elle, on n’en serait pas beaucoup plus avancé. Le plus important, c’est le partage du profit : c’est le fait qu’on a bâti le château de cartes de la prospérité économique des trente dernières années sur l’endettement des ménages, c’est le fait que si tout allait bien c’était parce qu’on surfait sur la crête d’une bulle du crédit. Pour que les choses repartent, et ne repartent pas à la vitesse du bolide dans le même cul-de-sac, il faut que les ménages puissent vivre de l’argent qu’ils gagnent et pas seulement de celui qu’ils empruntent. Cela, Mr. Sarkozy affirme l’avoir entendu. Et il semble qu’il l’a non seulement entendu mais qu’il y a aussi réfléchi : trois tiers, un pour les actionnaires, un pour les salariés et un pour l’investissement. L’étape suivante sera que l’argent ne doive pas toujours être emprunté, qu’on fasse en sorte désormais qu’il se trouve au bon endroit pour commencer. Mais les trois tiers et le fait que le partage soit au menu des rencontres sociales du 18 février, c’est un excellent début : ne boudons donc pas notre plaisir !
Par Paul Jorion
L’actualité de la crise : Le Financial Times, une lecture qui pince fort
Il y a des gestes étroitement associés dans la vie de tous les jours. Ouvrir le Financial Times m’amène immanquablement à me pincer ces temps-ci. Les propos qui y sont tenus n’auraient pas avant été imaginables dans ses colonnes. Paul Jorion citait l’article de Janet Tavakoli, paru dans le FT, démontant certains mécanismes du krach financier pour déplorer qu’aucun de ses acteurs ne soit aujourd’hui devant les tribunaux. A quelques pages du même journal, j’ai lu la fameuse « lex column » commentant, hier jeudi, les décisions de limitation des salaires des banquiers annoncées par Barack Obama. Le chroniqueur faisait remarquer, pour en mettre en doute la portée, qu’ « en réalité, celles (les banques) qui ont besoin d’une aide exceptionnelle devraient déjà être une propriété publique et que leur dirigeants devraient émarger sur la feuille de paie du service public ».
Toujours dans la même prestigieuse colonne, un article sur les CDO faisait état de la descente aux enfers de leur valorisation, 350 milliards de dollars au premier trimestre 2007, virtuellement rien du tout actuellement, selon Creditflux, la société qui fait autorité en matière d’information sur les produits dérivés et les hedge funds. “The Lex column” concluait en recommandant l’utilisation de la lumière du jour comme étant « le meilleur désinfectant » pour les livres de compte des banques, ainsi qu’une « injection massive de transparence, renforcée par une réglementation » sur ces produits financiers.
A quelques pages de cette rubrique, un article de David Pilling était publié sous le titre « La Chine devrait augmenter les salaires afin de stimuler la demande », reposant sur la comparaison, à propos de la contribution à la croissance de la consommation des ménages, entre les USA et la Chine. 72 pour cent dans un cas, environ 40 pc dans l’autre. L’article s’appuyait également sur des données japonaises, comparant l’évolution des dividendes perçus par les actionnaires à celle des salaires, de 2001 à 2005. Plus 175 pour cent d’augmentation des premiers, une diminution nominale de 6 pour cent pour les derniers. Voilà la vérité toute nue, après avoir été dévoilée dans le Financial Times.
L’idée d’un nécessaire rééquilibrage global entre salaire et profit est la conséquence logique d’une analyse macro-économique comparée de deux des principales puissances économiques du monde et non pas d’une proclamation anticapitaliste que l’on ne s’attendrait pas à trouver dans cet honorable quotidien de la City. L’une structurellement endettée et l’autre débordant d’excédents. L’une bénéficiant (en moyenne) de hauts salaires, l’autre de bas revenus. L’une empruntant à l’autre, qui vend ses produits meilleur marché chez la première. Mais l’article de David Pilling aurait tout aussi bien pu s’intituler « les Américains vont devoir consommer moins ou produire à moindre coût », une perspective plus difficile à évoquer mais tout aussi envisageable dans le cadre de ce rééquilibrage. L’heure de vérité n’est pas toujours bonne à sonner.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Chômage en hausse, le cours de l’or aussi
Le vote attendu du plan de relance américain par le Sénat et l’annonce des nouvelles mesures de sauvetage des banques par le Trésor US, dès lundi, sont espérés comme le Messie dans le monde entier. Car, bien que chacun des pays atteints de plein fouet par la crise financière essaye d’y faire face de son côté, dans le désordre et sans trop de succès jusqu’à maintenant, la compréhension qu’il n’y aura d’autre solution que mondiale grandit et s’impose. Que c’est aux USA, à l’épicentre de la crise, de peser dorénavant de tout leur poids. Et qu’il sera toujours temps, ensuite, de panser les plaies, longuement, et de préparer l’avenir, si possible plus rapidement.
L’ampleur des suppressions d’emploi, de la baisse de l’activité ou des commandes démontre en effet qu’il n’est plus possible de continuer à prendre son temps et de vivre au rythme des arbitrages du Sénat américain, des mesures d’urgence au coup par coup, ou bien encore des plans successifs. D’où le coup de semonce peu diplomatique à l’égard de ce dernier de Barack Obama, et l’attente. D’où, également, l’article de Martin Wolf dans le Financial Times, mon étonnant bréviaire depuis peu, fondant tous ses espoirs sur l’administration Obama devant l’impuissance britannique et la chute inexorable de la livre sterling.
Pour une fois, toutefois, je dois provisoirement quitter le monde de la finance et des banques pour celui du travail et de l’emploi.
Aux USA, 598.000 emplois ont disparu en janvier (après correction des variations saisonnières). Réactives comme elles savent l’être dans ce domaine, les entreprises américaines licencient à tour de bras, dans tous les domaines d’activité. La tendance est à la suppression d’un demi million d’emplois par mois. A l’autre bout du monde et de la chaîne financière, en Chine, plus de 20 millions de travailleurs migrants (ces émigrés de l’intérieur des pays émergents) sont désormais sans travail et rentrent forcés et contraints dans leurs campagnes et au royaume de la misère. En Russie, prise dans l’étau de la crise économique, entre la chute du rouble et celle du pétrole, les autorités se préparent à leur manière généralement expéditive à des troubles sociaux. Au Canada, 129.000 emplois ont disparu en janvier, du jamais vu depuis 30 ans. Les mesures de chômage partiel lancées par de nombreuses grandes entreprises de l’industrie allemande, Daimler, Volkswagen ou BASF, se poursuivent et ont concerné 290.600 salariés en janvier, selon le pointage mensuel de l’Agence fédérale pour l’emploi (BA). Le chômage a en Espagne atteint un niveau record depuis 12 ans, en janvier, avec 3,3 millions de demandeurs d’emplois et le taux le plus élevé de l’Union européenne.
Quand ce ne sont pas les statistiques de l’emploi qui défrayent la chronique, ce sont celles de la production qui prennent le relais. Oubliées déjà, les nouvelles désastreuses de l’industrie automobile. Place à celles de l’industrie électronique, sur laquelle tous les espoirs de croissance reposaient. Les principales multinationales de l’électronique japonaises (Sony, Panasonic, Hitachi, Toshiba, NEC, Canon et Sharp) vont sacrifier 66.000 salariés, victimes collatérales de la hausse du yen et des pertes financières prévisionnelles pour l’exercice en cours de leurs entreprises. La production industrielle allemande a reculé de 4,6% en décembre sur un mois, selon des données publiées vendredi dernier. De décembre 2007 à décembre 2008, cette même production a affiché un recul cumulé de 7,5%, selon un communiqué du ministère de l’Economie. Les carnets de commande sont sur la même tendance, augurant mal des choses. En Grande-Bretagne, la production industrielle et manufacturière a diminué de 1,7% sur le mois en décembre, pour chuter de 9,4% sur un an, selon les statistiques de l’Office des statistiques nationales (ONS).
Si l’on prend la situation sous l’angle de la consommation, les données ne sont pas meilleures. Selon la Fed, l’encours des crédits à la consommation aux USA a reculé en décembre de 3,1% en rythme annuel, enregistrant son troisième mois consécutif de baisse. Ce n’était pas arrivé depuis 27 ans. La détérioration de la situation de l’économie brésilienne, en plein boom avant la crise, est due à la chute drastique du crédit au cours du dernier trimestre 2008, qui a atteint les classes moyennes brésiliennes, très friandes de crédit à la consommation. Cela a entraîné une baisse vertigineuse de la demande interne, un des moteurs de la croissance avec l’exportation agro-alimentaire.
Toutes ces informations, faut-il le préciser, ont été publiées dans les seules et dernières 48 heures sur les fils des agences de presse.
Qui s’étonnera, dans ces conditions alarmantes, que l’or redevienne au galop une valeur refuge, sachant qu’il n’y en aura pas pour tout le monde ? Vendredi, le métal jaune a terminé à 913 dollars l’once sur le London Bullion Exchange. Les prix de l’or devraient dans les trois prochains mois se situer autour de 1.000 dollars l’once, selon Goldman Sachs. Les projections ne faisaient précédemment état que de cours à hauteur de 700 dollars l’once. L’or fait en effet office de “monnaie de dernier recours”, dans un environnement où des banqueroutes d’Etats sont redoutées. Une corrélation étroite unit en règle générale la valeur du dollar et le prix de l’or, mais celle-ci a largement disparu en raison du risque financier accru que, d’après les analystes, les Etats représentent désormais. Ce n’est pas fini. Les Etats sont les prêteurs en dernier recours, l’or la monnaie en dernier recours, who’s next ?
En avant première et en provenance du Wall Street Journal et du New York Times :
L’Etat américain aurait renoncé à nationaliser des banques et à créer une bad bank. Le plan finalement envisagé, qui doit être annoncé lundi prochain, impliquerait la Fed, Fannie Mae et Freddie Mac (organismes de refinancement hypothécaire), ainsi que l’organisme fédéral d’assurance des dépôts bancaires (FDIC).
Il s’agirait d’étendre un programme annoncé en novembre dernier par la Fed et le Trésor, prévoyant que la Fed prête à des investisseurs institutionnels afin qu’ils achètent des titres permettant à des organismes de crédit à la consommation de se refinancer.Il pourrait dorénavant être étendu, afin d’inciter des investisseurs à acheter aux banques des actifs douteux, le gouvernement les garantissant afin de limiter leurs pertes en cas de dépréciation de ces titres.
L’avantage de ce plan est qu’il n’obligerait pas le gouvernement à aller à nouveau devant le Congrès, la Fed le finançant pour la plus grande part.
Le secteur bancaire devrait également bénéficier d’injections de capitaux publics, mais avec des conditions plus draconiennes que sous l’égide de Henry Paulson, le précédent secrétaire au Trésor.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Un plan qui fait de nécessité vertu
Apprécier un plan qui n’a pas encore été dévoilé officiellement est un exercice un peu scabreux. Mais de nombreuses informations ont « fuité » dans la presse américaine, permettant de se faire une idée des grandes lignes des mesures qui devaient initialement être annoncées par le Trésor US demain lundi, avant report à mardi, il y a moins d’une heure. D’ores et déjà, si l’on ne peut évidemment pas prévoir les chances de succès de ce nouveau plan, dont la mise au point finale pose visiblement problème, on peut apprécier les considérations qui nécessairement l’inspirent.
C’est un programme déjà adopté en novembre dernier, le TALF (Term Asset-backed Securities Loan Facility), qui est semble-t-il destiné à jouer un rôle vedette, avec la contribution financière de la Fed et le soutien technique d’une palette d’organismes, sous tutelle ou administration de l’Etat : Fannie Mae et Freddie Mac (organismes de refinancement hypothécaire), ainsi que l’organisme fédéral d’assurance des dépôts bancaires (FDIC).
Cette dernière administration dispose déjà d’un programme garantissant certaines catégories de dettes bancaires pendant trois ans, une facilité depuis étendue à dix ans. Les discussions se poursuivaient tout dernièrement entre le Trésor et le FDIC, afin de déterminer quelles dettes seraient effectivement couvertes. On devrait en savoir plus mardi. La Fed veut également faciliter l’accès au crédit des consommateurs et des petites entreprises. Sous l’ombrelle du TALF et de son budget de 200 milliards de dollars, la banque centrale ferait des prêts afin d’aider à financer des investisseurs détenteurs d’actifs de qualité adossés à des prêts « nouveaux ou récents », dans les domaines de l’éducation (prêts étudiants), des voitures et des cartes de crédit, ainsi que des emprunts garantis de petites entreprises. Larry Summers, conseiller économique de Barack Obama, a pour sa part indiqué aujourd’hui dimanche qu’il comporterait plus de 50 milliards de dollars destinés à éviter des saisies immobilières. Les hedge funds et fonds de gestion privée seraient éligibles à ce programme. Enfin, et ce n’est pas la moindre des mesures, le champ d’action du TALF devrait être étendu, afin d’inciter des investisseurs à acheter aux banques des actifs douteux, le gouvernement les garantissant afin de limiter leurs pertes en cas de dépréciation de ces titres.
Le second volet du TARP (Troubled Asset Relief Program), également déjà adopté, serait par ailleurs utilisé pour injecter des fonds dans le système bancaire, très mal en point à voir le nombre de fermetures de banques régionales ces temps-ci, dans des conditions plus rigoureuses que le premier volet et qui restent à préciser. On parle dans la presse de conversion des actions préférentielles en titres ordinaires, transformant ainsi de la dette en actions.
En premier lieu, il est nécessaire de situer ces mesures dans leur contexte politique. Un compromis vient d’être péniblement adopté au sein du Sénat, afin de permettre l’adoption du plan de relance de l’administration Obama. Les discussions portaient à la fois sur l’ampleur de l’enveloppe financière du plan et sur ses allocations. Les Républicains, logiques avec eux-mêmes et persévérants dans leurs erreurs, ont cherché à en diminuer le total et à privilégier des réductions d’impôts. Le gouvernement américain se voyait mal redemander des fonds aux parlementaires dans ces conditions et cette considération politique à court terme a de toute évidence pesé sur la conception d’ensemble du plan. L’histoire se fait parfois à petits pas, faute de pouvoir faire de grandes enjambées.
Le lourd contexte des finances publiques américaines doit être également évoqué, un facteur bien plus important à moyen et long terme.
Ce qui semble caractériser le plan, une fois acquis qu’il va nécessiter peu de sorties en cash du Trésor, c’est qu’il repousse à plus tard la solution introuvable au problèmes des actifs toxiques. Exit le projet de bad bank. Pour des raisons de coût, donc, mais aussi parce que personne, pas plus qu’hier et pas moins que demain, ne sait quoi faire de ce paquet d’actif, de cette énorme pelote inextricablement emmêlée. Des estimations chiffrées des besoins de financement créés par la création d’une bad bank montrent qu’ils feraient exploser, avec des conséquences imprévisibles et qu’il vaut mieux ne même pas imaginer, les montants que le Trésor devrait aller chercher sur le marché. J’y reviens plus loin.
L’issue trouvée, la mise à disposition d’un programme de garanties de la Fed, a certes le grand mérite d’exister, mais elle a le grand défaut de repousser le problème à plus tard (à échéance de dix ans, dans le cadre du TALF actuel). Avec le grand risque de n’être, à terme, qu’un pur et simple étalement des payements, au frais de l’Etat et des contribuables. On abandonne à leur triste sort les actifs toxiques et l’on s’efforce donc de relancer sous toutes ses formes le crédit aux particuliers, nerf de la guerre de la croissance US, voilà la philosophie du plan. Quant aux actifs toxiques, les conditions financières qui vont être offertes vont-elles satisfaire les investisseurs ?
Rappel, le TALF prévoit la création ultérieure d’un « special purpose vehicle » (SPV) destiné à accueillir les actifs finalement délaissés par les investisseurs et de tout un mécanisme faisant notamment appel au Trésor, qui participerait aux pertes éventuelles (et éminemment probables), mais à hauteur maximum 20 milliards de dollars. Pour le solde, il suffira alors d’observer le gonflement de la taille du bilan de la Fed.
On comprend donc que l’administration Obama fait ce qu’elle peut dans le cadre des contraintes qui pèsent sur elle. Ces limitations financières permettent toutefois d’exprimer dès maintenant des doutes sur l’efficacité de son plan. Augurant qu’elle devra nécessairement se remettre prochainement à l’ouvrage. Washington a d’ailleurs déjà reconnu que les fonds du TARP ne seraient pas suffisants. Pourrait-il en être autrement, si l’on considère la multiplicité et l’ampleur des objectifs qui sont simultanément poursuivis, au regard du montant limité du programme ? En réalité, elle n’a toujours pas de solution à la même question lancinante : comment sortir de ce trou sans fond ?
L’hebdomadaire britannique The Economist a donné le 5 février un intéressant éclairage, sous un titre en forme de métaphore maritime « une vague de nouveaux emprunts menace le port dans la tempête » .
Les bons du Trésor à 10 ans ont vu leur rendement grimper de 2,04% à la mi-décembre à 2,9% au 4 février. Rapprochant, pour le comprendre, cet accroissement des taux de l’annonce faite par le Trésor US qu’il allait emprunter au premier trimestre 2009 un montant de 493 milliards de dollars.
S’appuyant sur l’estimation faite par Wrightson ICAP, un institut de recherche américain pointu, d’un montant total d’émissions de 1.800 milliards de dollars cette année, à comparer avec 1.500 milliards l’année précédente, The Economist s’interroge sur les conséquences de ces émissions faramineuses sur les taux, l’addition des émissions de 2008 et 2009 dépassant le montant net des emprunts de ces 27 dernières années. D’autant que le Trésor US doit en plus faire face à la compétition que représente l’émission d’obligations par les grandes entreprises, à d’importants niveaux en raison d’un accès difficile au crédit bancaire.
Enfin, facteur aggravant d’après le journal, les investisseurs pourraient également s’inquiéter du fait que les USA puissent décider de soulager le poids de leur dette grâce à l’inflation. Alors, conclut The Economist, « la tempête frapperait le Trésor ».
On croit mieux comprendre les débats qui ont agité la Fed ces deux dernières semaines, et dont peu a transparu. Utiliser à grande échelle les ressources de la création monétaire, une bien grande tentation, reviendrait à se tirer une balle dans le pied, vu l’endettement colossal du pays et, surtout, ses besoins estimés de financement non moins gigantesques. Prétendre par ce biais effacer une partie de la dette actuelle et à venir, c’est donner aux investisseurs, dont il est beaucoup attendu, le pire signal. Induire une irrésistible nouvelle montée des taux, pour commencer. Où placer le curseur entre création de la dette et création monétaire, c’est tout le redoutable problème qui est posé, et qui va sans nul doute continuer de l’être sans réponse affirmée. Il semble n’y avoir, en effet, que de mauvaises solutions à disposition. C’est le lot commun de cette crise.
Par François Leclerc
Rideau !
Le message que l’on recevra demain de la bouche de Mr. Geithner, le nouveau ministre des finances américain, c’est que le salut ne viendra pas des États–Unis. Il nous annoncera une myriade d’initiatives insignifiantes représentant une poussière d’intérêts particuliers et où tous les méchants seront amplement récompensés : hedge funds, paradis fiscaux, spéculateurs à la petite et à la grande semaine et financiers véreux. « Everybody knows the good guys lost », tout le monde sait que les bons ont perdu, chantait déjà Léonard Cohen. On aurait pu espérer un New Deal à la Franklin D. Roosevelt, manque de pot, ce coup-ci cela aurait coûté beaucoup trop cher et on se tourne plutôt vers les rustines : ça tiendra ce que ça pourra !
On s’inquiétait déjà à la vue de l’équipe qu’Obama entreprit de constituer au lendemain de son élection et où l’on retrouvait les survivants les plus éclopés de l’équipe Clinton, et dont le meilleur exemple est Larry Summers : les convertis les plus récents à l’ultralibéralisme et donc les plus dangereux. Geithner accusant la Chine de manipulation de sa devise lors de sa confirmation devant le Sénat, le 21 janvier, donnait le ton : pas de gratitude à attendre des États–Unis envers la Chine pour le sauvetage du consommateur américain durant la période 2002-2007. Ce sera désormais chacun pour soi : si les Chinois ont été assez bêtes pour acheter à coup de dizaines de milliards de dollars les titres adossés à des prêts hypothécaires américains, tant pis pour eux !
Quand le communisme s’écroula en 1989, il existait un plan B : s’il mourait de sa belle mort, c’est qu’il avait eu tort et le capitalisme raison, et plus on prendrait de celui-ci, mieux on se porterait. Comme on le sait maintenant, le doublage de la dose a précipité la mort du patient. Petit problème cependant pour nous en 2009 : le capitalisme s’écrase en flammes, et il n’existe pas de plan B.
Alors ce sera le repli sur soi, le protectionnisme à tout va, l’apparition de seigneurs de la guerre : plus-radical-que-moi-tu meurs ! (Madame Merkel en héritera probablement d’un en provenance de Bavière dans les jours qui viennent comme ministre de l’économie : bonjour les dégâts !) Les pays les plus malheureux tomberont dans la guerre civile, les plus heureux constitueront des gouvernements d’unité nationale mobilisés contre leurs voisins (qui sont les responsables évidents de leurs déboires) : Israël et Iran, l’Inde et le Pakistan (à coups d’armes nucléaires), que sais-je encore, l’imagination en cette matière sera certainement au pouvoir : le Venezuela et la Colombie ?
Un aspect positif cependant : tout cela devrait nous laisser un peu plus de temps, entre deux coups de canon et de bombes atomiques, pour réfléchir au plan B qui nous permettra de résoudre les vrais problèmes que nous devrons bientôt affronter : quand nous aurons en 2050 épuisé le pétrole, l’eau potable et l’air respirable.
Par Paul Jorion
Un site plus qu’intriguant, que je découvre tout juste… : Incapable de se taire…
Pas facile de tout saisir, mais je sens qu’il contient beaucoup !
L’actualité de la crise : Autour du pot
Avec les déclarations de Timothy Geithner de ce jour, l’administration Obama donne l’impression d’augmenter la mise, avec des effets d’annonce destinés à impressionner, mais elle continue en réalité de tourner autour du pot. C’est également le cas des Européens, au sortir de la réunion de Bruxelles des ministres des finances de l’Union européenne, à propos des modalités d’encadrement d’éventuelles bad banks, une perspective évoquée pour le moment en Grande-Bretagne, RFA et Belgique.
Aux USA, il est dorénavant annoncé une enveloppe pouvant aller jusqu’à 1.000 milliards de dollars, au lieu des 200 initiaux acquis dans le cadre du TALF, afin d’aider le crédit à la consommation et aux petites entreprises. Vraisemblablement sous forme de garanties de la Fed, à l’exception, sans doute, d’une petite partie prise en charge par le Trésor. Le curseur de la création monétaire semble donc avoir été relevé par rapport à ce qu’annonçait ces jours derniers la presse américaine.
De nouvelles injections de fonds fédéraux sont prévus dans le système bancaire, sans que les montants et les conditions d’attribution n’en aient été précisés. On a seulement appris qu’un trust (une fiduciaire) allait regrouper les prises de participation de l’Etat.
Nouveauté également, une structure à capitaux mixtes public/privé, dotée de 500 milliards de dollars, serait crée en vue d’inciter les investisseurs privés à acheter les actifs douteux des banques.
Enfin, un plan logement destiné à éviter de nouvelles saisies immobilières continue d’être à l’étude et sera prochainement annoncé.
Au final, l’impression qui se dégage du plan est qu’il exprime beaucoup d’intentions, mais celles-ci devront se concrétiser. Et que les mécanismes complexes qui sont prévus devront être précisés pour devenir opérationnels. Et, enfin que la Fed se révèle comme prévu, très largement mise à contribution, afin que le Trésor ne le soit pas.
Auditionné mardi par la Chambre des représentants, Ben Bernanke, président de la Fed a d’ailleurs simultanément justifié l’importance des engagement pris par la banque centrale en déclarant que « les risques financiers inhérents aux crédits accordés par la Réserve fédérale ont été, d’après moi, largement dépassés par les risques auxquels le système financier et l’économie auraient été confrontés si nous n’avions pas agi ».
Du côté européen, les très grandes lignes de mécanismes d’encadrement du rachat des actifs douteux on été annoncés lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion des ministres des Finances de Bruxelles. Il appartiendra à la Commission européenne de les concrétiser dans les semaines à venir, a-t-il été précisé. Un double objectif a été poursuivi, éviter les distorsions entre Etats et réduire les coûts qu’ils pourraient avoir à supporter. D’où l’idée de règles communes et d’une valorisation des actifs douteux selon une « approche correcte et cohérente ». Les commentateurs traduisent cette dernière formule en parlant de l’adoption de valeurs au plus près de celle du marché, ce qui n’est pas très explicite dans le contexte actuel, sauf à dire qu’elles seraient valorisées selon à un très bas niveau. Impliquant des dépréciations de la part des banques, puis des recapitalisations. On n’en sort pas. Il va falloir attendre pour en savoir plus, là aussi.
Par François Leclerc
Je me noie dans ces explications… je l’avoue.
Et j’ai le désagréable sentiment que tout ceci est fait exprès.
A suivre…
Salut Alcidejet,
Voici un petit décodage faisant suite à la dernière chronique de François Leclerc :
Scaringella dit :
10 février 2009 à 20:06
Geithner est malin en demandant aux voleurs de fixer eux-même le prix de ce qu’ils ont volé. Soyez francs les gars leur dit-il, pour une fois soyez honnêtes. En plus ils leur dit que l’état ne changera pas le calcul du prix qui restera proche du prix du marché. Il leur dit donc que l’état estime que cela ne vaut rien et que l’argent publique ne renflouera que les potes de l’administration au pouvoir. D’où la gamelle du Dow Jones. Mais on sauvera les banques des potes pas de soucis. Par contre tous les boursicoteurs et autres spéculateurs qui ne sont pas dans les petits papiers sont tous en train de vendre.
10 février 2009 à 21:54
Obama est la pour faire passer la pilule du démantèlement des toutes les industries obsolètes des USA et bâtir les industries de demain. Après avoir remboursé les pertes des amis avec l’argent des chômeurs et des malades. La nationalisation viendra quand les USA ne pourront plus emprunter aux chinois. Les USA cherchent d’ailleurs à tuer ces achats de dette pour justifier les nationalisations. Qui serviront à éviter aux amis de payer le démantèlement puis la reconstruction des industries. Quand tout cela sera rentable on DONNERA ces industries aux amis. Grâce à BHO ça va se passer tout en douceur. C’est pour ça qu’il est là sinon je vois pas comment justifier les 600 millions pour mettre un noir président des USA. Surtout que ses idées c’est celle de l’establishment, rien d’autre. L’establishment nulle part dans le monde ne paie l’impôt, c’est dégradant.
Sarko lui est là parce que le français est râleur, pénible. Il enverra les CRS tous les jours déglinguer ceux qui ne seront pas d’accord avec la même politique d’escrocs que celle d’Obama.
La belle époque où l’on pouvait encore collectiviser les pertes
Le rejet de la vente de Fortis à la BNP par ses actionnaires est intéressant à plusieurs points de vue. Le premier, c’est la révolte d’investisseurs contre l’intervention d’un État tentant de sauver les meubles. Le second, c’est la mise en évidence du caractère démesuré qu’ont pris les empires financiers par rapport aux États qui les abritent. On pense d’abord à l’Islande engloutie en raison de son secteur bancaire hypertrophié, ou de la Belgique, poids plume financier quand on la compare à sa banque Fortis, mais il s’agit aussi de la Grande-Bretagne désormais incapable de porter à bout de bras son secteur financier, il s’agit enfin des États–Unis qui reculent devant la tâche de mettre en place une banque de défaisance qui mettrait en quarantaine la masse de ses produits de dette aujourd’hui trop dépréciés.
Les pertes causées par les bulles financières quand elles éclatent dépassent désormais en taille la capacité d’absorption des États et le monde découvre les conséquences à long terme de la privatisation des profits alors que l’issue de secours si pratique autrefois de la collectivisation des pertes a disparu de l’horizon des possibles.
Primes : 700 cadres de Merrill Lynch se sont partagé des millions de dollars
La banque d’affaires américaine Merrill Lynch, absorbée le 1er janvier par Bank of America, a versé des primes supérieures au million de dollars à près de 700 de ses cadres dirigeants juste avant la fusion, a révélé mercredi le ministre de la Justice de l’Etat de New York.
Dans une lettre ouverte au président de la commmission des services financiers de la Chambre des représentants, Andrew Cuomo a dénoncé la manoeuvre consistant à verser « prématurément et secrètement » un total de 3,6 milliards de dollars de primes en décembre.
Ces versements ont valu une citation à comparaître à l’ancien PDG de Merrill Lynch, John Thain, limogé sans ménagement par son nouveau patron Kenneth Lewis le mois dernier.
La direction de Merrill Lynch, qui a cumulé 27 milliards de dollars de pertes en 2008, avait indiqué le 8 décembre que M. Thain et quatre autres dirigeants avaient renoncé à toucher une prime pour 2008, alors que des informations lui avaient prêté l’intention de réclamer 10 millions de dollars.
M. Cuomo révèle cependant que quatre responsables de Merrill Lynch, qu’il ne nomme pas, se sont partagé 121 millions de dollars de primes, et que 14 personnes ont touché 10 millions ou plus.
Au total, 696 personnes ont perçu des primes d’un million de dollars ou plus, selon la justice new-yorkaise.
La missive de M. Cuomo a été rendue publique pour coincider avec l’audition de huit patrons de grandes banques américaines devant la Chambre des représentants.
Fin janvier, le président Barack Obama s’est emporté contre les primes « honteuses » que les sociétés de Wall Street ont verser à leurs employés en 2008 alors que les Américains en étaient de leur poche pour les maintenir à flot.
Les autorités de l’Etat de New York ont indiqué que les établissements de Wall Street avaient versé 18,4 milliards de dollars de primes à leurs salariés l’an dernier.
L’actualité de la crise : Première éclaboussure
Il est des périodes où ce qui devrait rester confidentiel est révélé au grand jour. Ce n’est probablement que le commencement.
James Crosby, vice-président de la Financial Services Authority (FSA), l’organisme britannique de supervision des banques, vient de démissionner mercredi, au cœur d’un scandale qui atteint également le gouvernement. Un épisode qui accroît les suspicions sur l’absence d’indépendance de cet organisme vis-à-vis des groupes financiers qu’il est censée superviser, alors que son impuissance à prévenir la crise était déjà critiquée.
L’affaire, qui vient d’éclater, remonte à 2005, du temps où James Crosby était directeur général d’HBOS, une banque que le gouvernement britannique a dû dernièrement secourir d’urgence, avant d’être rachetée par sa concurrente, Lloyds TSB. LBG, le groupe issu de ce rachat est détenu à 43,4% par l’Etat britannique.
A l’époque, encore en pleine période euphorique à la City, le responsable du contrôle des risques de HBOS, Paul Moore, avait alerté la direction de la banque contre des prises de risques excessives, pour se retrouver licencié par James Crosby, qui prétend aujourd’hui que le licenciement était sans rapport avec le cri d’alarme poussé par Moore et résultait en réalité d’une réorganisation de routine.
Paul Moore, alors que son aventure était restée peu exploitée dans les médias, a finalement écrit à ce sujet à la commission parlementaire des Finances, qui s’est saisie et a interrogé à ce sujet, lors d’une audition télévisée, deux autres anciens patrons de la banque, qui ont tous deux démenti sa version. La presse s’est néanmoins emparée immédiatement de l’affaire. Puis l’opposition a réclamé une enquête officielle, avant que James Crosby, tout en réaffirmant son innocence, ne se décide à démissionner, afin de ne pas nuire, a-t-il dit, au bon fonctionnement de la FSA.
L’affaire a pris une tournure politique, Gordon Brown étant finalement mis en cause directement, en raison de ses liens avec James Crosby.
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Crédit pas tout à fait mort
Plusieurs récentes enquêtes réalisées en France et en Europe auprès des directeurs financiers et des chefs d’entreprises viennent d’être rendues publiques. Elles apportent un éclairage instructif sur la crise du crédit. Sa recherche devient en effet, non sans surprise, la première préoccupation de ceux-ci. Ils s’appliquent beaucoup, également, à en limiter le besoin, vu sa rareté et son coût. Avec deux méthodes principales, la renégociation du crédit fournisseur et la réduction du crédit client. Avec les conséquences en chaîne que l’on devine.
A l’autre extrémité de la chaîne, dans le monde des consommateurs, le crédit revolving, si dénoncé et pourtant toujours aussi florissant, continue de faire ses ravages. Il continue d’être massivement promotionné, se révélant un important argument de vente de biens de consommation comme l’électroménager. Concourant toujours autant au surendettement des ménages à faible revenu. Une histoire de la même famille que celle des subprimes américaines.
D’un côté on coupe les crédits, de l’autre on cherche à les maintenir, il ne s’agit pas des mêmes, mais dans les deux cas cela va amplifier la crise.
Toujours dans le crédit, on se rappelle que de plus en plus de grandes entreprises ont créé des filiales spécialisés dans le financement des acquisitions de leur production par leurs clients, et on remarque qu’elles les renflouent ces temps-ci autant qu’elles le peuvent, car elles sont vitales pour elles. On se souvient également que l’activité de crédit, consenti ou imposé suivant les cas, est souvent à l’origine de l’essentiel des marges financières réalisées dans de nombreuses activités de production ou de distribution, non financières, considérées à faible rendement.
Profondément atteint, le système du crédit expose actuellement ses faiblesses et met ainsi en évidence le rôle de plus en plus élargi qui lui a été attribué pour contribuer au bon fonctionnement de l’économie. La fausse justification finale de l’activisme financier qui vient de s’écrouler à bout de souffle.
Les sénateurs français envisagent de déposer un projet de loi en faveur du « crédit social », afin d’offrir une alternative au credit revolving. Un crédit qui n’en connaîtrait pas les tares en terme de coût final et qui serait plafonné à 3.000 euros, réservé aux ménages « les moins fortunés », selon l’absurde expression qui évite de dire « pauvres ». Restera encore à trouver, si cette loi qui serait un progrès indéniable devait être adoptée, les moyens qu’auront les mêmes ménages de rembourser leur « crédit social ».
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Le décor est planté, le rideau s’ouvre
« Halte au protectionnisme ! » entend-on proclamé de partout dans le monde, de chefs d’Etat, de premiers ministres, du FMI… Officiellement, le G7 de Rome de cette fin semaine semblerait devoir être prioritairement consacré à sa préoccupante résurgence, comme si, après le haro lancé sur le bonus des banquiers et les dividendes des actionnaires, une nouvelle campagne était lancée, un nouvel os donné à l’opinion publique, suffisamment familier pour qu’elle se jette dessus, en espérant qu’elle s’en contente.
Certes, des mesures protectionnistes, qui ne pourraient qu’aggraver la crise dans le contexte actuel, sont actuellement prises ou annoncées, ici ou là, et l’impression qui domine, dans le sauve qui peut mal dissimulé que l’on observe, est que personne ne compte trop sur les autres pour sauver sa peau. Faute d’être pour l’instant parvenu à trouver collectivement des solutions, qui néanmoins échappent tout autant individuellement à chacun.
Ces dernières sont pourtant activement recherchées. Toutes les réunions internationales annoncées pour ces prochaines semaines, depuis le G7 de demain jusqu’au G20 de début avril, vont y être fébrilement consacrées. Sans garantie de succès.
La transparence, dans cette affaire, ne manque pas seulement aux marchés, largement fermés à toutes les exhortations, parce qu’ils croient tout simplement savoir où est leur intérêt. Elle fait aussi défaut du côté de tous ceux qui cherchent à sortir de ce guêpier, dirigeants politiques, hauts fonctionnaires internationaux, éminents patrons d’institutions financières qui ne le sont pas moins.
Avec leurs « sherpas » et dans le secret de leurs cabinets, pourtant, ils travaillent, soupèsent, élaborent des plans, organisent des fuites calculées et enfin, intriguent. Car c’est ce qu’ils savent le mieux faire. Mais tout cela n’est pas pour nous.
Quand une fuite n’est pas organisée par un esprit malin, et qu’une information est publiée qui ne devait pas l’être, on crie à l’espionnage, on perd un peu son sang froid, on assimile les journalistes à des espions. C’est en tout cas ce qui vient de se passer à Bruxelles.
Sans que l’on puisse dire avec certitude si ce dérapage incontrôlé est en rapport ou non avec l’article du Telegraph britannique du 11 février qui évoquait, chiffres et citations d’un document interne de la Commission à l’appui, l’impasse financière dans laquelle les Etats européens sont face à l’énormité du plan de sauvetage des banques qu’ils entrevoient maintenant. Ce terrible constat devenant sans appel puisqu’établi par les chiffres, ne concerne pas seulement l’Europe, mais aussi les USA. Il n’est tout simplement pas avouable, voilà tout. Il faut donc le cacher, et faire de même avec tout ce qui l’entoure. Rien de bien nouveau dans la forme, en réalité.
Les projets de bad bank sont donc à l’eau, en tout cas pour l’instant, ce qui a donné l’occasion à Willem Buiter de revenir à la charge à propos de la création d’une « good bank » sur son blog du Financial Times. En commençant par énumérer une première liste d’économistes qui, avec des variantes de détail, préconisent aussi la même démarche : Joseph Stiglitz, George Soros et, moins connu mais tout aussi pertinent, Paul Romer, senior fellow au « Stanford Institute for Economic Policy Research ».
Le plus impressionnant dans sa démonstration n’est pas sa description des raisons, désormais largement identifiées, pour lesquelles une bad bank n’est pas finalement possible, mais la nécessité qu’il formule, avec une forte conviction, que la seule manière de ne pas recommencer les mêmes folies, plus tard, est de punir les actionnaires des banques actuelles, et de les laisser en tête à tête avec leurs actions toxiques, pour reconstruire à côté des banques saines et relancer avec elles le crédit. De consacrer les ressources publiques directement et sans ambages à cette œuvre, car le reste est gaspillage. Si vous n’en êtes pas convaincu, allez le lire. Si vous l’êtes, lisez-le quand même, car son texte est sans faille.
Au passage, voici ce qu’écrivait le 10 février dernier à Paris le quotidien économique La Tribune : « Plus de 1.000 banques américaines, soit une sur huit, risquent de faire faillite dans les trois à cinq ans à venir en raison d’une hausse des pertes sur les créances commerciales venant s’ajouter aux énormes pertes liées à la déconfiture du marché immobilier, écrit RBC Capital Markets. (…) RBC ajoute que la plupart des faillites concerneront des établissements ayant moins de deux milliards de dollars d’actif. “Les pertes sur créances du secteur bancaire US se mesureront en centaines de milliards de dollars durant ce cycle-ci”, prédit l’analyste de RBC Gerard Cassidy. “Le FDIC devra une fois de plus relever les taux de garantie des dépôts qu’il facture aux banques et solliciter le Trésor, sans doute pour des milliards de dollars. Au final, c’est le contribuable qui en pâtira, ainsi que le petit actionnaire”. » Commentaire personnel: à ce train-là, on finirait par se diriger tout seul vers la création d’une good bank, si on se contentait de ne rien faire d’autre…
Dans les Echos, pour citer pour une fois une presse française qui, tout du moins à mon avis, ne brille pas en général par sa couverture de la crise financière mondiale, on peut parfois lire avec surprise Eric le Boucher, ancien chroniqueur du Monde, qui nous avait habitué à de véhémentes tirades à propos des immenses bénéfices apportés par la finance internationale, et qui ne perdait jamais une occasion de pourfendre les suppôts rétrogrades du « socialisme administratif ». Eric le Boucher cite désormais Nouriel Roubini proclamant que le système bancaire américain est virtuellement en faillite. Les temps changent.
Demain commence un grand round de discussions et négociations internationales, à Rome, dont il est beaucoup attendu. La précédente attente était consacrée au plan de Timothy Geithner qui a, comme chacun sait plutôt déçu, vu que tout le monde pensait, et pense encore, que les USA, première puissance financière mondiale, principal repaire de la créativité financière, allait savoir réparer le mal qu’elle avait causé. Las !
Signe des temps, ce G7, autrefois lieu des arbitrages internationaux supérieurs entre grands, n’est plus de facto désormais qu’une réunion de préparation du G20. Le monde a changé d’axe, en voilà la meilleure symbolique. Sa réunion semblerait devoir être d’abord consacrée à la lutte contre le protectionnisme, je le rappelais en tête de ce billet, et nul doute que son communiqué final donnera à ce thème une large place. Les mauvais esprits, dont je fais incontestablement partie, penseront que cette question ne sera (n’a été) qu’accessoirement discutée.
Dans une interview au Financial Times de ce jour, Christine Lagarde, ministre de l’économie et des finances française, a tout de même annoncé la couleur. Elle préconise que la question de la réglementation et de l’encadrement des hedge funds ne soit pas oubliée. « En raison de la récession, a-t-elle déclaré, nos priorités ont quelque peu changé et je crains que nous ayons perdu de vue ce qui est à mes yeux prioritaire, afin de restaurer la confiance. Je veux parler d’un plan de mesures de régulation saines et solides. » Sans doute la ministre considère-t-elle, sans le dire ouvertement, que le moment est venu de réagir aux intenses campagnes de lobbying menées en coulisse ces derniers temps en faveur de mesures limitées de contrôle de ces fonds, pour faire la part du feu. La ministre semble vouloir aller plus loin, mais le diable étant dans les détails dans ce genre de chose, il faudra en juger à l’arrivée, si tout nous est dit, ce qui n’est pas du tout garanti.
Le 9 février dernier, lors d’une conférence de presse donnée à Berlin, Peer Steinbrück, le ministre allemand des finances, a pour sa part salué la bonne disposition de l’administration Obama, qui aurait envoyé des « signes clairs en faveur d’une régulation directe des hedge funds ». Mais les temps ont-ils suffisamment changé ?
Par François Leclerc
L’actualité de la crise : Ouf, une bonne chose de faite
Je ne sais pas bien par quel bout prendre ce G7 de Rome qui vient de se terminer aujourd’hui. Peut-être par la stupéfiante déclaration de quelqu’un qui n’y assistait pas, Nicolas Sarkozy : « moi je n’ai pas à me plaindre d’avoir à gérer la crise du siècle et d’avoir à trouver des solutions. » a-t-il déclaré de Val d’Isère, où il assistait aux Mondiaux 2009 de ski alpin, pour y trouver certainement de l’inspiration. Ou bien par celle de Jean-Claude Trichet, président de la BCE, qui à propos de Timothy Geithner, secrétaire au Trésor US, a expliqué aux journalistes « Tim est très connaisseur, il sait de quoi il parle », sans bien entendu dire de quoi ils avaient parlé. Ou bien encore celle de Christine Lagarde, ministre de l’économie et des finances française, qui a qualifié le dîner qui réunissait vendredi soir les participants du G7 de « très sympathique et chaleureux ». Pour un peu, le communiqué final du G7 se limitait au menu des agapes et chacun repartait ensuite chez soi vaquer à ses petites affaires.
Les déclarations de Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, étaient elles plus dignes de l’événement. Après avoir déclaré à l’AFP, à propos de ce même dîner, que « les gens ne chantent et ne dansent pas vraiment sur les tables », il a estimé que les économies des pays avancés sont en « profonde récession » et que l’économie mondiale est « proche de la récession ». Il a ensuite mis les points sur les « i ». « Le problème à traiter, c’est (…) la restructuration du secteur bancaire », estimant que la création d’une bad bank « est plutôt la solution la plus simple ». « Cela ne redémarre pas tant qu’on n’a pas nettoyé les bilans bancaires », a-t-il poursuivi, avant de conclure « Les banques qui ne sont pas viables, il faut réussir à les faire reprendre par les autres, voire les fermer ».
Il ne semblait pas spécialement pouvoir partager l’opinion du gouverneur de la Banque de France, Christain Noyer, pour qui « on ne doit pas noircir la situation », message que ce dernier a tenu a faire passer samedi en fin d’après-midi. On va finir par se demander, au fil de ses déclarations apaisantes, s’il ne va pas à la prochaine occasion carrément dire que tout va bien et qu’il ne comprend pas toute cette agitation, ces déjeuners, ces dîners et ces réunions. Jean-Claude Trichet, cultivant de son côté toujours son rôle de sphinx, n’excluait pas « des actions non traditionnelles additionnelles » de la BCE, ne parvenant pas a créer la surprise étant donné que c’est ce qu’il avait déjà annoncé fin janvier et qu’il persévérait dans cette formulation négative, se gardant bien d’annoncer quoi que ce soit. (Les « actions non traditionnelles additionnelles », c’est l’achat de bons du trésor ou d’actifs bancaires par la BCE, grâce à la « planche à billet »).
Il ne fallait pas chercher auprès des autres participants beaucoup plus de précisions sur les discussions. Timothy Geithner a donné comme seul éclairage : « nous allons travailler étroitement avec nos collègues du G7 et du G20 pour trouver un consensus sur des réformes qui répondent à l’ampleur des problèmes révélés par cette crise ». Se voulant positive, Christine Lagarde a pour sa part précisé que « tout le monde était d’accord que c’est sur l’investissement public qu’il faut faire porter l’effort tout de suite, pour que ça commence à produire des effets le plus rapidement possible », apportant ainsi des détails décisifs à la bonne compréhension des mesures décidées, rassurant par là même les contribuables des sept pays les plus riches du monde.
Que retenir du communiqué final ? Un vague satisfecit aux dirigeants chinois, pour tourner la page des déclarations initiales de Timothy Geithner, la réaffirmation de principe que le protectionnisme ce n’est pas bien et l’énumération, pour étoffer le texte, des mesures déjà prises par les uns et les autres des participants. Très maigre pour définir une réponse commune à la crise qualifiée pourtant de « tourmente financière ».
« La stabilisation de l’économie mondiale et des marchés financiers reste notre plus haute priorité » est-il réaffirmé, au cas où l’on en douterait. On lit plus loin que « le G7 s’engage à prendre toute nouvelle mesure qui se révèlerait nécessaire pour rétablir la pleine confiance dans le système financier mondial ». Le communiqué, enfin, ne voulant sans doute pas se borner à des généralités, conclut avec hardiesse en refilant le bébé au FMI, « crucial pour répondre efficacement et avec souplesse à la crise actuelle ».
Giulio Tremonti, ministre de l’économie italien a toutefois pris la peine de tenir sa propre conférence de presse, pour annoncer de « nouvelles règles afin qu’un nouvel ordre économique voie le jour », c’était bien le moins quand on est l’hôte de la conférence. Précisant qu’un corpus minimum, baptisé « étalon légal » par référence à l’ « étalon or », serait présenté au prochain G20 de Londres, visant notamment les paradis fiscaux et les fonds spéculatifs. Ce sujet a en effet été totalement ignoré par le communiqué final, à tel point que Christine Lagarde a cru devoir indiquer aux journalistes s’en être entretenue avec son homologue allemand Peter Steinbruck, afin d’étudier comment réglementer de manière plus rigoureuse les fonds spéculatifs et aborder la question des “centres non coopératifs”. On admirera la créativité dont fait preuve cette dernière formule, qui vaut bien les « actions non conventionnelles additionnelles » et « l’étalon légal ». Il a été précisé qu’une liste doit en être dressée, car on se rappelle que cette simple question préliminaire fait toujours débat, car il faudrait au préalable définir les critères selon lesquels un pays peut être considéré un « paradis fiscal », ce qui serait déjà une manière d’envisager d’éventuelles mesures.
Pour clore ce déplorable bilan, on a également appris que les ministres participants au G7, afin de ne pas séparer sans rien décider, ont chargé leurs services de présenter un rapport sur une palette de principes communs sur l’intégrité et la transparence de l’activité financière internationale, sans faire référence explicitement aux hedge funds et aux paradis fiscaux. Dans les quatre prochains mois, ont-il demandé, ce qui augure bien des décisions qui devraient être prises par le G20, qui se tiendra dans maintenant environ six semaines.
Par François Leclerc