De Guide des Alternatives des Editions du Fraysse

Principes et fonctionnement


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Principes

L’argent a été conçu comme un outil pour améliorer les échanges entre les hommes.
En effet, avant la création de l’argent, les échanges étaient limités au simple troc. La création de l’argent a permis d’étendre largement les échanges.
Mais aujourd’hui, les échanges entre les hommes sont limités car ils n’ont pas assez d’argent pour acheter tout ce dont ils ont besoin, créant marasme économique et chômage.
Pourquoi n’y a-t-il pas assez d’argent ?
En fait, il n’y a jamais eu autant d’argent qu’aujourd’hui, mais il ne sert plus prioritairement aux échanges entre les hommes. En effet, l’argent sert à gagner de l’argent en spéculant (comme avec les assurances vie qui se développent rapidement depuis quelques années), et donc il circule dans les circuits financiers de la spéculation (95% de l’argent sert au circuit spéculatif, 5% seulement servirait au commerce). Autre cause du manque d’argent : les gens ont peur de l’avenir, donc ils sont plus prudent dans leurs dépenses et modèrent leurs achats, ralentissant ainsi la vitesse de circulation de l’argent (le fait de retarder tous les mois de 3 jours ses achats, ralentit de 10% la vitesse de circulation de l’argent et donc diminue de 10% les transactions totales effectuées). De plus les banques qui gèrent l’argent le font dans leur propre intérêt (gagner de l’argent) et pas dans l’intérêt des hommes (très peu de banques prêtent aux personnes qui veulent créer leur emploi, obligeant à passer par la collecte directe de l’argent d’amis).
De nombreuses personnes disposent de temps libre (surtout avec le chômage actuel !) ou de production excédentaire qu’elles ne peuvent vendre car il n’y a pas d’argent pour les rémunérer.
Il y a des marchandises ou des personnes disponibles pour travailler, et aussi des acheteurs potentiels pour ses services et ses marchandises, mais il manque l’outil nécessaire (l’argent) pour que ces transactions s’effectuent.
Comme aujourd’hui l’argent ne joue plus son rôle vital de vecteur des transactions entre les hommes, il est urgent de créer un nouveau système permettant les transactions sous peine d’étouffement.

Naissance du L.E.T.S.

C’est ainsi que Michael Linton, écossais résidant dans l’île de Vancouver au Canada, imagina le LETSystem (Local Exchange and Trading System = Système d’Echange et de Commerce Local), afin d’aider les nombreuses personnes au chômage dans cette région et souvent douées d’un savoir-faire très utile pour tous. Ce système traduit en France par « Système d’Echange Local » ou SEL, s’est développé au Canada, aux USA, et en Grande Bretagne (plus de 200 groupes dans ce pays), permettant, dans les régions en crise, aux personnes utilisant ce principe de vivre normalement.
D’autres systèmes ont déjà fonctionné avec succès :

  • Wörgl en Autriche en 1932-33, ville de 5000 habitants avec 1500 chômeurs. Le maire créé une « monnaie franche » : au bout de 9 mois, il n’y a plus de chômeurs, de nombreux équipements sont construits, tout va pour le mieux sauf pour la Banque Nationale qui n’est pas d’accord. L’expérience s’arrête et les problèmes réapparaissent.
  • A Lignières en Berry en 56-57 et Marans en Charente Maritime en 57-58, la même chose s’est produite : le fisc est intervenu pour stopper ces réussites.

On peut se poser la question de la légalité du Système d’Echange Local.
Se poser cette question, c’est rentrer dans le jeu de ceux qui ont fait les lois (en particulier les banquiers et les financiers).
Il faut plutôt se poser la question : « Que nous dit notre conscience ? Faut il se laisser dépérir car nous n’avons pas les moyens d’acheter ce dont nous avons besoin, ou faut il vivre pleinement en créant les moyens pour respirer mieux, pour faire circuler l’énergie entre les hommes ? »
Actuellement, les Systèmes d’Echange Locaux sont tolérés, car les Etats ne savent pas résoudre les problèmes du système économique, et ils peuvent aider à désamorcer des violences qui inévitablement vont se produire dans le futur.

Les avantages du SEL

Ce système permet à la monnaie nationale de circuler et aux gens d’en avoir assez pour payer leurs impôts, électricité, téléphone, eau, et tous les objets manufacturés. Ce système dégage finalement plus d’argent pour les échanges nationaux (en particulier pour les taxes et impôts), donc chacun s’y retrouve.
Ce sont les productions locales qui vont être favorisées par ce système, évitant les importations lointaines et l’exploitation du tiers monde, en faisant travailler les personnes les plus proches de chez nous. Ainsi les agriculteurs et les artisans ne craignent plus les concurrences déloyales.
Ce réseau est très intéressant pour les personnes travaillant à mi-temps, ayant assez d’argent pour payer la part obligatoire en euros, le SEL permettant d’apporter la part complémentaire.
Dans le cadre économique actuel, il serait possible de faire disparaître tous les chômeurs (plus 5 millions de chômeurs, CES, RMI, stages divers…) en transformant de nombreux emplois à plein temps en emplois à mi-temps avec complément en SEL (4 millions d’emplois à plein temps transformés en 8 millions d’emplois à mi-temps). Pour l’Etat, les économies seraient considérable sur les indemnités chômage, de pré-retraite, de RMI, de CES…, et sur tous les stages de formation qui servent à cacher la misère, sans compter l’amélioration des situations psychologiques (plus de chômeurs dépressifs) diminuant les frais médicaux, les violences, les trafics de drogues…
Ce serait l’économie informelle au secours de l’économie institutionnelle. En France, l’Etat considère le SEL comme du travail au noir et donc ne veut pas la favoriser.
Certains pays comme la Nouvelle Zélande et l’Australie reconnaissent déjà l’intérêt des réseaux SEL pour permettre aux chômeurs de rester en contact avec le marché du travail, de ne pas entrer dans le circuit de l’assistanat et de maintenir des liens sociaux qui évitent la descente vers l’isolement et la marginalisation.
La création des SEL peut permettre aux hommes de continuer à vivre, même si l’économie mondiale s’écroule comme le montre les soubresauts de plus en plus importants des bourses et des monnaies.

Fonctionnement

La zone géographique

Pour que le SEL puisse fonctionner, il faut que les gens ne soient pas trop éloignés pour que les personnes puissent se déplacer facilement les unes chez les autres pour effectuer les échanges. Cela peut être une grande ville, un département ou une partie de département.

Le choix de l’unité d’échange

Pour plusieurs groupes, l’unité de compte est le « Grain de Sel ». Une heure de travail comptera par exemple 60 Grains de sel. Toutes les compétences au sein du SEL sont mises sur un pied d’égalité. Ainsi, une heure de ménage pourra avoir la même valeur qu’une heure de cours informatique.
Ce principe est bien sûr à adapter selon les circonstances :

  • Certains échanges ne mobilisent pas la personne à 100% (garde d’animaux, mise à disposition de matériel, etc.). Dans ce cas, il semble logique que le taux horaire soit sensiblement plus faible.
  • Certains échanges nécessitent un temps de préparation. Le montant de l’échange devra tenir compte de ce temps supplémentaire.

Il est rare qu’il y ait une réglementation stricte, ou que des plafonds soient fixés… Vous pouvez ainsi laisser libre court à la négociation. Il est important de privilégier la notion de plaisir, qui doit primer sur la notion de temps (plaisir à échanger, à négocier, plaisir à exécuter, à donner, à recevoir) de même que la notion de don (ne pas avoir envie d’évaluer) ou la notion de solidarité (l’évaluation de l’échange peut dépendre des moyens de chacun au moment de l’échange). Ainsi pour ne pas s’enfermer dans une échelle d’évaluation stricte, il est laissé ce plaisir de négocier, cette liberté d’accepter ou de refuser un échange.
Il s’étudie actuellement la possibilité d’avoir des échanges entre plusieurs secteurs (par exemple pour aller en vacances dans une autre région) et si les groupes utilisent la même unité comptable, les échanges seront plus faciles.

Avantage du SEL : si un jour ou l’autre la monnaie nationale s’écroule suite à la spéculation des financiers, le système SEL permet toujours aux personnes d’échanger même si l’économie officielle est dans le marasme noir.

L’établissement d’un annuaire des membres

Le SEL ne peut bien fonctionner que si chacun connaît les offres et les demandes des autres membres du réseau. Il est donc établi régulièrement un annuaire recensant toutes les offres et les demandes, les compétences, le matériel disponible, l’état des comptes…
L’état des comptes ouvert à tous, permet de donner priorité pour le travail à ceux qui sont en négatif, et d’éviter de trop grosses transactions avec ceux qui sont trop en négatif.
Toutefois, il est nécessaire d’avoir des comptes en négatif pour faire tourner le système.
L’endettement n’est pas pénalisé et montre que l’on effectue des transactions, c’est le moteur du système. Par contre, les personnes qui ont beaucoup de positif et qui ne l’utilisent pas vont bloquer le système. Ce système est justement créé pour que l’énergie circule, donc gare au comportement de thésaurisation qui tue déjà le système économique officiel.
Dans certains groupes, les compteurs de grains de sel est remis à zéro à la fin de l’année pour éviter ce problème.

L’enregistrement des échanges

Chaque membre dispose de bons d’échanges qu’il envoie, après transaction, à la personne chargée des enregistrement des transactions. Ces transactions sont enregistrées avec un programme informatique adapté au SEL, permettant régulièrement l’édition des comptes des transactions et de les distribuer à tous les membres.
Certains échanges peuvent s’effectuer pour moitié en « Grain de Sel » et pour moitié en euros (par exemple) lorsque le produit vendu est fabriqué avec des matières premières achetées en euros, car l’artisan doit pouvoir les payer lorsqu’elles viennent du circuit classique. Dans ce cas là, seul les Grains de Sel seront enregistrés, les transactions en euros n’intéressent pas le groupe.

Les frais de fonctionnement

Pour payer les frais de fonctionnement du SEL (téléphone, timbres, photocopies…), une cotisation annuelle est demandée, généralement de l’ordre de 15 euros, et certains SEL ont ajouté 120 Grains de Sel pour indemniser les personnes gérant le SEL.

Les « marchés tout en Grain »

Certains groupes SEL organisent régulièrement des marchés réunissant tous les membres du groupe et où toutes les transactions s’effectuent en « Grain de Sel ». Ces marchés sont très utiles pour permettre aux membres du réseau de faire connaissance et de permettre, outre des échanges de produits, d’échanger des informations et de créer des liens qui vont favoriser les échanges futurs.

La fiscalité et les assurances

Normalement toutes les transactions sont passibles de la TVA. Pour les échanges en « Grain de Sel »», la TVA devrait être payé en « Grain de Sel ». Une personne a rempli deux déclarations d’impôts, une pour les travaux en euros, une en Grain de Sel. A suivre…
Pour les personnes effectuant des travaux chez d’autres personnes, elles doivent avoir un statut et une assurance. Des études sont en cours pour trouver les meilleurs solutions.

La coordination des SEL

Afin de résoudre les problèmes qui se posent aux SEL, une coordination nationale se réunie régulièrement. Des informations sur les groupes étrangers sont aussi échangées.
La coordination a également pour but d’aider toutes les personnes qui veulent créer des SEL.

Coordination : Sel’idaire – BP 34 – 80081 Amiens Cedex – www.selidaire.com

A lire, le numéro 210 de « S!lence » de novembre 1996, un dossier sur le « SEL » avec les points de vue de François de Ravignan, Denis Clerc et Alain Lipietz. Deux autres articles ce dossier SEL dans le numéro 211 de décembre 1996.

Le SEL et la justice

Le passage en justice de 3 membres du SEL Pyrénéens, loin d’ébranler ce système, a créé de nouvelles solidarités entre les membres de ce réseau et un afflux de demandes pour développer de nouveaux SEL.

« Grain de Sel » par Alain Rollat, journal Le Monde du 10 janvier 1998.
LE RESPECT de la justice interdit de commenter ses jugements. Mais il n’est pas interdit de sourire à la justice quand ces jugements ridiculisent ceux qui la rende…
Par exemple, la condamnation à 300 euros d’amende avec sursis, que le tribunal de Grande Instance de Foix vient d’infliger, à la demande des professionnels ariègeois du bâtiment, à deux membres du Système d’Echange Local (SEL) pyrénéen, qu’elle a jugé coupables de travail clandestin pour avoir réparé le toit d’une voisine en échange de quelques légumes (journal Le Monde du 08.01.98), prendra assurément une place de choix dans le grand bétisier des anachronismes judiciaires.
Il est d’ailleurs dommage qu’Arte ait été, jusqu’à présent, la seule chaîne de télévision à mesurer la portée internationale de cette décision à laquelle la chaîne franco-allemande a consacré jeudi soir, l’essentiel de son journal de 19h30. Car il y a là de quoi illustrer à merveille, pour l’édification des générations futures, la difficulté chronique de la justice à vivre avec son temps.
Les magistrats en cause bénéficient, certes, comme tous les plaignants, de circonstances atténuantes. A première vue, le fonctionnement de ces réseaux d’entraide, qui remplacent l’argent par le troc, et au sein desquels on peut échanger des services contre des biens, la réparation d’un robinet contre un kilo de patate, la réfection d’un mur contre un cochon, ou une leçon de musique contre un bocal de champignons, semble procéder de la pratique moyenâgeuse remise au goût du jour par de singuliers utopistes.
La transparence qui caractérise ces échanges et la philosophie qui inspire ces communautés se traduisent par l’émergence de micro-sociétés parallèles dont les normes échappent à l’entendement de la société dominante parce qu’elles se fondent sur d’autres valeurs que les valeurs marchandes. Il en résulte donc, c’est vrai, en cas de contentieux, des situations de vide juridique.
Mais si, aujourd’hui, ces systèmes d’échange se développent partout en Europe, et pas seulement dans les campagnes, cela signifie qu’ils répondent à des besoins en remplissant un autre vide : « Ils sont une parade contre la crise pour les gens sans argent » souligne le sociologue Smaïn Laacher. « Ils mettent une goutte d’huile dans les rouages de notre société de consommation », ajoutait jeudi soir la présentatrice du journal d’Arte. Elle concluait en souhaitant que l’Union Européenne reconnaisse vite leur utilité publique. Bonne idée ! Ces bricoleurs de solidarité sont en effet, pour l’instant, sur le terrain, les seuls à bâtir l’Europe sociale.

« Tribune de la Dépêche du Midi du 18 janvier 1998″
… En revivifiant l’idée de lien social au sein de petits groupes locaux, en ravivant la notion de fraternité, nous ne faisons rien d’autre que de réaliser une école de solidarité et de démocratie. Qui pourrait s’en plaindre ? Surtout pas l’Etat qui sait le prix que lui coûte une carence de lien social (violence, solitude, déprime et maladie). Sans fraternité, pas de démocratie.
Cette nouvelle jurisprudence est la porte ouverte à des milliers de procès à venir visant les SEL !
Il faudrait alors aller plus loin en condamnant les « Restos du Coeur » qui font concurrence aux épiciers, la Croix Rouge qui fait concurrence aux ambulanciers… alors que les SEL existent depuis 20 ans dans de nombreux pays, il est bon de noter que le pays des Droits de l’Homme est le seul, à ce jour, a s’être permis de condamner l’entraide. Les sans-culottes peuvent aller se rhabiller…

Source : onpeutlefaire


Lectures complémentaires :

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7 commentaires pour “Les Systèmes d’Echange Locaux”
  1. rocher dit :

    C’est super les principes et les systèmes de pensée pour remettre les pensées dans un vrai ordre intégrant l’univers entier peut être, la terre entière en premier :wink:
    Mais malgré que je suis d’accord pour dire que de l’action particulière peut être générée une vraie transformation d’ordre générale, je préfère arrêter d’être dans les systèmes et me mettre dans le concret. Parce que la politique est politicienne et la spiritualité est spirituelle, l’humanité entière devrait en avoir marre et se mettre à concrétiser !!! merde et alors ? C’est quoi les choses concrétisées que vous faites pour transformer votre propre quotidien et le mettre en accord avec vos super systèmes de pensée ?

    Moi le premier ! Quand je travaille pour être heureux, j’écoute de la musique parce que ça me rend heureux et parce que je pense que travailler pour créer son propre bonheur engendre de vraies transformations !

  2. rocher dit :

    Mais oué c’est vrai peut être un style plus systémique aurait été plus approprié….

  3. la vague dit :

    Un  grand merci à vous pour ces infos qui ravivent mon intérêt pour le sujet…
    A quand sa mise en oeuvre ??? je vais semer les graines dans mon jardin.  :smile:

  4. rocher dit :

    La vague un hs, mais serais tu un vrai surfer ?

  5. Alcidejet dit :

    HS, HP, Madoff… on manipule tous des énergies impalpables en fin de compte !! :grin:
    Même les grains de sel ça se dissout dans l’eau. :wink:

  6. rocher dit :

    A part quand on construit notre vraie demeure, les briques c’est très dur.

  7. mireilleg dit :

    Le SEL utilise le « tarif » en heures, quelque soit le travail…
    et les services sont troqués en rapport avec cette évaluation en temps,
    donc les travaux restent équivalents, les horaires de travail sont tous équivalents.
     
    Pour remplacer les billets du FMI et Compagnie, je ne pense pas qu’on doive traiter différemment deux heures de travail de quelqu’un qui a des dons rares que deux heures du boulot d’un jardinier ou d’une nounou…  ça tient pas debout…
    la seule différence c’est que deux heures pour certains boulot fatiguent et usent sur plusieurs heures… par exemple un musicien aimera jouer tous les soirs si c’est sa joie en concert (petit comité…) et ne se sentira pas epuisé… alors qu’une après midi à faire des routes en plein été… donc deux heures de musique = une heure de transport des sacs de 30 kg de ciment… non ???? mdrr… hum je crois qu’on va devoir apprendre à aller encore au delà !!!
     
    Du genre, alors, on met tout en équivalence horaire quelque soit la tâche et on se fait tous plaisir aussi en s’entraidant…
     
    L’histoire des mérites je n’en veux passssssssssss…  pitié! :???:

  8.  
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