- Communiqué public GEAB N°34 (15 avril 2009) -

La prochaine étape de la crise sera déterminée par un rêve chinois

GEAB N°34 est disponible! Eté 2009 : La rupture du système monétaire international se confirme
En effet, à quoi peut bien rêver Pékin pris, d’après Washington, dans le « piège Dollar » de ses 1.400 milliards d’actifs libellés en Dollars US (1) ? D’après les dirigeants américains et leur cortège d’experts médiatiques, à continuer à être prisonnier et même à renforcer cette condition carcérale en achetant toujours plus de Bons du Trésor et de Dollars US (2).
Pourtant, tout le monde sait à quoi rêve vraiment un prisonnier ? A s’évader bien sûr, à sortir de sa prison. Aussi, pour LEAP/E2020, il ne fait aucun doute que Pékin cherche sans relâche désormais (3) à se débarrasser au plus vite de cette montagne d’actifs « toxiques » que sont devenus les Bons du Trésor US et la devise américaine sous laquelle la richesse de 1 milliard 300 millions de Chinois (4) est emprisonnée. Dans ce GEAB N°34, notre équipe détaille donc les « tunnels et les galeries » que Pékin creuse discrètement depuis plusieurs mois dans le système économique et financier mondial afin de s’évader du « piège Dollar » d’ici la fin de l’été 2009. Sur fond de cessation de paiement des Etats-Unis s’ouvrira alors la période à partir de laquelle le « chacun pour soi » deviendra la règle du jeu international, dans la droite ligne d’un G20 de Londres dont le communiqué final se lit comme la « chronique d’une dislocation géopolitique annoncée » ainsi que LEAP/E2020 l’analyse dans ce numéro du Global Europe Anticipation Bulletin.

Evolution trimestrielle de l'accroissement des réserves de change chinoises - Source : Banque centrale de Chine / New York Times, 04/2009

Evolution trimestrielle de l’accroissement des réserves de change chinoises – Source : Banque centrale de Chine / New York Times, 04/2009

Derrière le « jeu de dupes » londonien, où chacun a prétendu croire qu’une collaboration internationale « historique » (5) était en action, on constate en fait une profonde division du G20 : les Américains et le Britanniques (suivis par un Japon docile) tentent désespérément de préserver leur contrôle sur le système financier mondial, en bloquant ou en diluant toute réforme significative donnant un pouvoir plus important aux autres acteurs du système, sans plus avoir assez de puissance pour imposer leurs objectifs. Les Chinois, les Russes, les Indiens, les Brésiliens, … essayent de rééquilibrer le système monétaire et financier international en leur faveur, mais sans pouvoir (ou peut-être même sans vouloir vraiment (6)) imposer une telle réforme. Les Européens (et quand on utilise ce terme il implique de plus en plus une UE sans le Royaume-Uni) s’avèrent de leur côté incapables de trancher entre les deux seules options qui s’offrent à eux : sombrer avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni en copiant leurs politiques ou bien remettre fondamentalement en cause le système monétaire et financier mondial actuel en partenariat avec les Chinois, les Russes, les Indiens et les Brésiliens. Ils arrivent à ne plus suivre Washington et Londres dans leur reproduction des politiques passées qui ont toutes déjà fait faillite (7), mais ils ne parviennent pas à oser préparer l’avenir.

L'effondrement du commerce international n'a aucun précédent - Evolution annuelle à partir des taux trimestriels (courbe en trait continu : évolution en cours / courbe en petits pointillés : prévision d'après la corrélation historique entre le com

L’effondrement du commerce international n’a aucun précédent.
Evolution annuelle à partir des taux trimestriels (courbe en trait continu : évolution en cours / courbe en petits pointillés : prévision d’après la corrélation historique entre le com

Les Européens porteront d’ailleurs une responsabilité majeure si, dans la brève fenêtre temporelle qui reste (moins de six mois désormais), aucune action majeure n’est entreprise pour éviter la crise longue et tragique qui durera plus d’une décennie (8). Ils possèdent à la fois le savoir-faire technique pour aider au succès d’une devise internationale fondée sur un panier des principales monnaies et une méthode politique qui permet de gérer au mieux les intérêts stratégiques divers d’un ensemble de pays comme ceux dont la monnaie serait derrière la nouvelle devise internationale de référence. Pourtant, il existe aujourd’hui une évidente incapacité des dirigeants de l’UE (et notamment de la zone Euro) à assumer ces responsabilités, comme si finalement ils préféraient voir le système occidental finir de se briser (tout en proclamant le contraire) plutôt que de se battre pour en faire un pont vers un nouveau système mondial : que ce soit un choix (ce que LEAP/E2020 ne croit pas) ou que ce soit le simple résultat de la pusillanimité de dirigeants européens choisis pour leur docilité (vis-à-vis de Washington et des grands opérateurs économiques et financiers européens), dans tous les cas, leur neutralité est très dangereuse pour la planète puisqu’elle empêche le lancement d’un processus efficace permettant d’éviter une crise longue et tragique (9).

Ainsi, dans ce GEAB N°34, nos chercheurs développent plus avant leurs anticipations sur les formes possibles que prendra la cessation de paiement américaine d’ici la fin de l’été 2009 et que le mois d’Avril 2009 (principal mois de collecte des revenus fiscaux aux Etats-Unis) va rendre désormais impossible à masquer (10). La cessation de paiement des Etats-Unis à l’été 2009 est en effet d’une actualité toujours plus brûlante avec un déficit public désormais totalement hors de contrôle sur fond d’explosion des dépenses (+ 41%) et d’effondrement des recettes fiscales (-28%) comme l’a anticipé LEAP/E2020 il y a plus d’un an : pour le seul mois de Mars 2009, le déficit fédéral s’est monté à près de 200 Milliards USD (très largement au-dessus des prévision les plus pessimistes), soit à peine un peu moins de la moitié du déficit pourtant record de l’ensemble de l’année 2008 (11). Et le même phénomène se répète à tous les niveaux de la structure publique du pays : état fédéral, états fédérés (12), comtés, villes (13), … partout les recettes fiscales s’évanouissent entraînant de manière accélérée l’ensemble du pays dans une spirale déficitaire que personne (Washington en premier chef) ne maîtrise plus.

Evolution des revenus fiscaux de sociétés aux Etats-Unis (1930 – 2009) - Sources : US Department of Commerce / Réserve Fédérale de Saint Louis (Estimation 2° et 3° trimestres 2009 par EconomicEdge)

Evolution des revenus fiscaux de sociétés aux Etats-Unis (1930 – 2009)
Sources : US Department of Commerce / Réserve Fédérale de Saint Louis (Estimation 2° et 3° trimestres 2009 par EconomicEdge)

Dans ce GEAB N°34, nos chercheurs se penchent également sur le « mystère du cours de l’or ». Pour le métal jaune, nos chercheurs (non pas d’or, mais d’information) ont identifié quelques pistes très intéressantes pour comprendre pourquoi (14), alors que les acheteurs d’or sont légion et que dans de nombreux pays on signale des ruptures d’approvisionnement en pièces ou lingots d’or, le cours du métal jaune ne fait qu’osciller autour du même pivot depuis des mois.

Enfin, notre équipe présente ses recommandations pour se préparer aux prochains mois de la crise en s’attachant ce mois-ci notamment à l’épargne en général et aux assurances-vie en particulier.

 

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Notes:


(1) Si l’ensemble des réserves chinoises est évalué désormais à environ 2.000 milliards USD, la part d’actifs libellés en Dollars US n’est au maximum que de 70%, ce qui donne environ 1.400 milliards USD. Le reste consiste essentiellement en actifs libellés en Euros.

(2) N’oublions pas que ce sont en général les mêmes « experts » qui prédisaient ces dernières années que l’économie mondiale bénéficierait de la suppression de la régulation des banques, que l’économie de l’Internet ouvrait la voie à une croissance sans fin, que les déficits américains étaient un signe de force, que les prix de l’immobilier US n’arrêteraient pas de monter et enfin que s’endetter sans restrictions était la forme moderne d’un enrichissement durable.

(3) Le message sur le nécessaire changement de devise internationale de référence que Pékin a adressé au monde entier, et aux autorités américaines en particulier, à la veille du sommet du G20 de Londres n’était absolument pas un « ballon d’essai » ou une tentative sans espoir de réussite. Les dirigeants chinois ne se faisaient aucune illusion sur la probabilité qu’un tel sujet soit discuté au cours de ce G20. Ils ont voulu imposer ce débat dans les couloirs du sommet afin de faire passer un message, un avertissement officieux à tous les acteurs du système monétaire international : pour Pékin, le système Dollar, c’est fini. Si personne ne veut préparer un système alternatif en commun, alors, cela se fera autrement. Et leurs actes, analysés dans ce numéro du GEAB, corroborent cette intention. D’ailleurs, et le hasard du calendrier politique est une rareté à Pékin, dans la même période sort un livre, intitulé « La Chine mécontente », qui demande une action plus volontariste des leaders chinois afin d’imposer leurs choix sur la scène internationale. Source : ChinaDailyBBS, 27/03/2009

(4) Un lien original pour suivre ce chiffre en temps réel : Chine Information.

(5) C’est en fait Angela Merkel qui a fait preuve de la plus grande clairvoyance en trouvant le mot juste sur la nature du sommet du G20 à Londres. Elle a dit que c’était une réunion « presque historique » ; et c’est bien le mot « presque » qui résume ce qui s’est passé à Londres. Les dirigeants du G20 ont « presque » abordé les questions essentielles ; ils ont « presque » défini un programme commun d’action; ils sont « presque » parvenus à lancer de nouvelles stimulations économiques et une nouvelle régulation financière mondiale; ils ont « presque » interdit les paradis fiscaux; et ils ont « presque » convaincu » l’opinion publique mondiale. « Presque », mais, hélas, pas réellement. Et cela fait une belle différence pour la suite de la crise.

(6) C’est en effet le dilemme du « jeu international » développé dans le GEAB N°33. A un certain moment, l’intérêt des joueurs qui montent en puissance est de laisser purement et simplement l’ancien jeu se briser net pour en reconstruire un qui leur convienne plutôt que de se battre pour transformer l’ancien jeu via une transition longue et incertaine.

(7) Notamment l’endettement public à outrance, qui est appelé par Washington et Londres « stimulus économique ».

(8) Le G20 de Londres s’inscrit directement dans la direction de cette crise de longue durée.

(9) A propos de l’UE, l’équipe de LEAP/E2020 souhaite souligner l’inanité des « analyses » économico-politiques, essentiellement issues d’éminents économistes et experts proches du Parti démocrate américain, que relayent actuellement les principaux médias internationaux, et qui se limitent à reprocher aux Européens … de ne pas faire comme Washington. Paul Krugman en tête, ces « grands amis » de l’Europe, qui l’aiment tant qu’ils pensent savoir mieux que les Européens ce qu’elle doit faire (et aussi ce qu’elle doit être car les mêmes prônent généralement aussi son extension à la Turquie, voire à Israël et à l’Asie centrale), feraient mieux de s’occuper de conseiller efficacement leur propre parti et leur nouveau président pour éviter l’effondrement de leur pays, car c’est bien de cela qu’il s’agit désormais. Enfin, et nous n’y reviendrons plus, il est quand même étonnant qu’un ensemble d’experts qui depuis des années a tant vanté les mérites d’un système qui aujourd’hui s’effondre sous les yeux de tous, ose encore donner des leçons au reste du monde. La plus élémentaire décence lui imposerait, au niveau international, la seule voie respectable possible : le silence. En tout cas, en Europe, ce discours, qui a bien entendu toujours ses relais académiques et journalistiques, ne passe plus car il vient tout droit d’une époque révolue. Comme le fait d’ailleurs régulièrement remarquer LEAP/E2020, il est bien évidemment nécessaire et légitime de porter un regard très critique sur l’UE, ses dirigeants et ses politiques ; mais le faire avec comme seul critère la conformité ou non aux orientations de Washington (ou Londres) est désormais inacceptable. Visiblement, à l’image des financiers qui n’ont pas encore compris qu’une page était tournée en ce qui concerne leurs stock-options et leurs « parachutes dorés », nombre d’intellectuels et de politiques n’ont pas encore bien intégré que leurs références, leurs valeurs et leurs analyses appartenaient désormais au passé. Qu’ils pensent aux élites du bloc soviétique … et ils comprendront comment et à quelle vitesse un système de pensée peut devenir obsolète.

(10) Outre la baisse des revenus fiscaux, on assiste dorénavant aux Etats-Unis à l’extension d’un mouvement de révolte contre l’utilisation des impôts pour sauver Wall Street et contre l’ampleur des déficits prévus, qui met en cause l’ensemble de la classe dirigeante américaine. Sources : USAToday, 13/04/2009 ; MarketWatch} , 16/04/2009

(11) Sources : USAToday, 11/04/2009 ; MarketWatch} , 10/04/2009

(12) Ainsi en Californie, les premiers jours d’Avril laissent craindre des recettes très largement inférieures aux pires prévisions, entraînant un déficit budgétaire multiplié par deux pour la Californie par rapport aux prévisions d’il y a seulement quelques mois. Au niveau fédéral, un processus du même type est en cours, rendant désormais envisageable selon LEAP/E2020 un déficit fédéral annuel à près de 3.500 Milliards USD, soit plus de 20% du PNB des Etats-Unis. Source : CaliforniaCapitol, 08/04/2009

(13) L’exemple de ces villes qui, comme Auburn dans la région de Seattle, doivent interdire leurs grands axes aux poids-lourds faute de moyens pour les entretenir est éloquent. Source : SeattleBusinessJournal, 10/04/2009

(14) Et permettre ainsi d’anticiper les tendances des prochains mois.

Mercredi 15 Avril 2009
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4 commentaires pour “La rupture du système monétaire international se confirme”
  1. yoananda dit :

    Malheureusement n’importe comment qu’on regarde la situation et les indicateurs économiques, et contrairement au discours officiel qui tente un dernier coup de bluf, nous nous acheminons effectivement vers une tragédie, qui risque d’être très violente aux USA, mais pas forcément moins barbare en Europe, si on regarde l’histoire des dernières guerre mondiales dont les crises économiques ont été le terreau !
    L’hystérie  capitaliste touche à sa fin…

    Les solutions existent pourtant, et nous aurons peut-être l’occasion de les mettre en place.

    Démocratie participative pour commencer.
    Revalorisation de l’humain et de la nature.
    Système de santé non soumis aux intérêts financiers.
    Nouvelle école, éducation centrée sur l’être et non le faire.
    Création d’une économie coopérative, participative, et redistributive.

    Nous pouvons déjà commencer dans notre sphère personnelle, nos proches, et dans une moindre mesure notre lieu de travail.

  2. LeTransmuteur dit :

    Voici la version complète du GEAB N°34 (15 avril 2009) !!! :wink:

  3. LeTransmuteur dit :

    La Californie au bord de la faillite : un premier pas vers celle des Etats-Unis ?

    Chers lecteurs et contribuables,

    Il ne vous aura pas échappé que depuis que les indices boursiers ont cessé de s’envoler comme des ballons gonflés à l’hélium — alors que les investisseurs semblaient shootés à l’azote --, les médias consacrent une part grandissante au débat sur la stratégie à adopter concernant les impôts.

    Il est vrai que les Français commencent à recevoir leurs déclarations pré-remplies par courrier — tandis que les spécialistes de la défiscalisation mènent une campagne intense pour séduire ceux d’entre vous qui sont assujettis à l’ISF.

    Nous ne saurions trop vous recommander d’étudier avec bienveillance les propositions d’investissement dans les FIP. Ils permettent de renforcer les fonds propres des PME/PMI qui en ont un réel besoin. Tant pis si le placement peut apparaître peu liquide ou hasardeux : cela vaut toujours mieux que de perdre sa mise sur des fonds monétaires dynamiques farcis de dérivés de crédit.

    Mais le calendrier fiscal hexagonal indiffère totalement la presse anglo-saxonne. C’est pourtant devenu une thématique porteuse, de l’Allemagne aux Etats-Unis en passant par le Royaume-Uni et l’Irlande.

    Nous avons bien sûr notre petite idée sur les raisons du surgissement d’un débat qui éclipse soudain l’euphorie boursière. L’annonce du déficit américain en 2009 a frappé les esprits ; chacun sait bien que d’ici la fin de l’année, le Congrès US sera appelé à voter des rallonges qui feront grimper les compteurs bien au-delà des 2.000 milliards de dollars.

    La Californie vient de renoncer à entretenir l’espoir que le pire de la crise soit de l’histoire ancienne. Avec 96.000 logements saisis au mois de mars et un total qui frôle le million depuis l’automne 2007, Arnold Schwarzenegger mesure l’ampleur du désastre budgétaire qui se prépare non seulement en 2009 mais également en 2010. En effet, des centaines de milliers de contribuables sont littéralement carbonisés — comme les collines au-dessus de Santa Clara — après avoir perdu leur job et leur maison.

    Les recettes fiscales s’effondrent car l’immobilier — via les taxes foncières — était la première source de revenus de l’ex-état le plus riche de l’Union. La dépression qui frappe la Silicon Valley engendre également une chute record des contributions versées par les entreprises.

    La remontée du prix des carburants achève de plonger dans des difficultés inextricables les ménages qui viennent de se faire confisquer leur carte de crédit.

    Le mois d’avril s’est soldé par un taux record de défaut de remboursement sur les prêts à court terme et les crédits revolving. Sur ces derniers, les taux d’intérêt flirtent parfois avec les 30% pour les emprunteurs à risque. Et avec ce type de conditions complètement usuraires, ceux qui n’étaient pas à risque le deviennent : encore une manifestation du piège mortel de la dette, sauf à pouvoir tout rembourser sous les huit jours.

    La Californie, ne l’oublions pas, c’est aussi l’état où les salariés parcourent le plus de kilomètres pour aller travailler. Les trajets professionnels sont devenus ruineux, le barbecue dans le jardin, loin du tumulte de la ville et des sirènes d’ambulance ou de police, devient un luxe réservé aux rares privilégiés qui parviennent à gagner décemment leur vie en travaillant par Internet depuis leur domicile.

    La Californie est le laboratoire avancé de l’économie américaine… et la Californie est en faillite. N’importe quel professeur d’université — et pas seulement les stars qui enseignent à UCLA — spécialisé dans les finances publiques en fait le constat.

    L’équation budgétaire est sans solution avant au minimum quatre à cinq ans, et encore, à condition que l’immobilier se redresse — le Japon attend toujours, 20 ans après le krach de 1990 — et que la croissance retrouve un rythme de croisière de 2,5% à 3%.

    Arnold, le « Gouvernator » dont la gestion de la crise suscite peu de critiques et qui est l’un des seuls responsables politiques étiqueté droite libérale à faire preuve de réalisme, annonce qu’il va recourir au TARP. Cela afin d’éviter une banqueroute qui priverait la Californie des moyens de payer le personnel de santé et surtout les fonctionnaires de police.

    Chacun sait que la région de Los Angeles héberge les gangs parmi les plus violents au monde — et que ce modèle de sauvagerie totale essaime dans toutes les banlieues américaines où le taux de chômage dépasse les 25%.

    C’est le prix que les Etats-Unis doivent payer pour avoir promu durant des décennies un système ne prévoyant aucun filet de sécurité sociale. Barack Obama voudrait inverser la vapeur mais il se voit contraint d’agir au moment même où les caisses du pays sont vides tandis que les déficits explosent.

    Ce ne serait pas grave si la reprise pointait son nez à l’horizon… Or c’est justement la prise de conscience que rien ne se passe vraiment dans l’économie réelle — comme la récente envolée de 38% de Wall Street le suggère — qui fait soudain surgir le débat au sujet de la nécessité d’augmenter les impôts.

    Wall Street hésite encore à valider le constat que le retour de la croissance — quelle que soit son amplitude à l’horizon 2011 — ne suffira pas à rembourser les milliers de milliards de déficit contractés ces 18 derniers mois. Que se passera-t-il si nous venons d’assister en avril à un « rebond de chat mort », le fameux dead cat bounce -- la formule claque mieux en anglais mais elle est tout aussi sinistre !

    L’alternative économique est donc sans issue satisfaisante. Soit la Maison Blanche et le Congrès maintiennent le statu quo, et c’est la faillite des Etats-Unis d’ici un an — précédée par un effondrement du dollar qui affolera complètement les marchés mondiaux. Soit l’administration démocrate s’arrange pour que l’opinion publique — et Wall Street — s’accoutume en douceur à l’idée de payer plus d’impôts en gagnant moins d’argent.

    De toute façon, l’American way of life — c’est-à-dire le shopping élevé au rang de sport national et la consommation comme moteur de la croissance — n’y survivra pas.

    Ce qui vaut pour les Etats-Unis vaut également pour une Europe budgétairement exsangue. Le financement des dépenses sociales — en particulier l’indemnisation des chômeurs dont le nombre explose --, le déficit de cotisations des caisses de retraite par répartition, le trou de la Sécu (ou des autres systèmes de santé mutualistes chez nos voisins) ne laissent pas d’autre issue aux gouvernements que de relever les taxes sur les alcools et le tabac dans un premier temps, puis les tranches d’imposition, la CSG et la CRDS dans un second temps.

    Si la reprise économique était vraiment en vue, cette Chronique serait sans objet !

    Alors faut-il redouter que les Bourses — allergiques aux impôts comme à l’encadrement des transactions financières promises par Timothy Geithner — basculent brutalement à la baisse comme en janvier dernier ? C’est en tout cas ce que l’amorce de consolidation des quatre dernières séances — et 5% perdus avant rebond — pourrait laisser présager.

    Rassurez-vous, rien à craindre de ce côté dans l’immédiat. Il y a encore tant d’augmentations de capital à placer et tant de papier acheté pas cher début mars à revendre au prix fort avant la fin du premier semestre que nous ne prévoyons pas de renversement de tendance inopinée. Sauf si le Trésor US met la pression sur les banques — toujours sous perfusion d’argent public — pour qu’elles « recavent » au plus vite le TARP avant que la Californie ne se déclare en cessation de paiement…

    Par Philippe Béchade -- Vendredi 15 Mai 2009

  4. LeTransmuteur dit :

    L’arnaque en pyramide du gouvernement US

    C’est mathématique : la bulle des obligations US ne suffira pas à éponger les déficits américains

    « Les prix de l’immobilier ont chuté plus que prévu », rapporte Bloomberg. Ils baissent encore au taux de 19%. Le chômage grimpe.

    La Californie fait faillite. Idem pour le plus grand industriel des Etats-Unis. Les profits dégringolent. Et le gouvernement américain se bat pour mettre en place une forme de socio-capitalisme d’Etat ressemblant fort à l’Italie de Mussolini… ou l’Argentine de Peron.

    Voilà qui ne fait guère penser, selon nous, aux conditions idéales pour un marché haussier.

    Avons-nous dit « penser » ? Il n’y a pas grand monde qui pense en ce moment. Les gens ne pensent pas souvent… pas s’ils peuvent l’éviter. Et ça vaut probablement mieux. Qui sait quelles opinions ils pourraient inventer s’ils s’y mettaient tous ?

    Au lieu de penser, ils réagissent. Et après une longue chute des prix, ils rebondissent. Nous vivons actuellement un rebond prolongé… qui pourrait durer une partie de l’été… et remettre le Dow à 10.000 points.

    En d’autres termes, il n’y a rien d’inhabituel dans ce genre d’activité boursière. Au contraire… c’est classique.

    Les investisseurs réagissent aussi sur le marché obligataire. Ils achètent des bons du Trésor en réaction aux faillites, aux défauts de paiement et aux baisses des prix des actifs. Les investisseurs sentent qu’ils peuvent mettre leur argent dans des bons du Trésor américain sans s’inquiéter.

    Mais peut-être devraient-ils réfléchir une minute ou deux à ce qui se passe vraiment. Prêter de l’argent au gouvernement américain n’est pas sûr. Loin de là. En fait, dans les circonstances actuelles, prêter de l’argent aux autorités américaines, c’est s’attirer des ennuis. Récemment, on pouvait mettre son argent dans des T-Bills et obtenir zéro rendement. « Une chose extraordinaire »… a déclaré Warren Buffett — si extraordinaire qu’il « n’était pas certain de le revoir de son vivant ».

    Le marché des bons du Trésor américain est dans une bulle. Et comme toutes les bulles, il éclatera.

    Si l’on s’en tient aux chiffres, le gouvernement américain représente le pire risque de crédit au monde. On détermine la solvabilité d’une personne en observant son bilan. Additionnez ses actifs et soustrayez-en ses dettes. Faites de même pour le gouvernement fédéral américain, et vous obtiendrez un très gros chiffre précédé du signe moins. Même s’ils vendaient le Capitole et toutes les terres fédérales à l’ouest du Mississippi, les dirigeants américains auraient encore dans leurs finances un trou plus profond que tout autre au monde.

    Et si le bilan semble épouvantable, la trésorerie est pire encore. Cette année, les autorités engrangeront environ 1.900 milliards de dollars de taxes et en dépenseront 3.600 milliards. En d’autres termes, le gouvernement américain ne fait pas que vivre au-dessus de ses moyens… il n’est même plus sur la même planète. Quelle personne douée de bon sens prêterait à un panier percé dont les dépenses dépasseraient les revenus de près de 100% ?

    Le revenu est la seule manière de rembourser raisonnablement un prêt. Les revenus doivent être supérieurs aux dépenses, sans quoi il n’y aura jamais d’argent pour le remboursement. Lorsqu’il prête à une entreprise ou un individu, le prêteur s’attend à ce que l’emprunteur gagne assez pour le rembourser. Sans quoi, c’est un jeu idiot. Le débiteur ne tarde pas à signer des chèques en bois tout en s’enfonçant dans le trou. Il emprunte à un prêteur pour rembourser un autre… Dans les faits, il se retrouve à la tête d’une arnaque en pyramide — dépendant de nouveaux gogos qui lui donnent de l’argent frais — jusqu’à ce que tout s’écroule.

    Le gouvernement fédéral américain ne fait même pas semblant qu’il gagnera assez pour rembourser sa dette. Il part du principe qu’il existe une masse infinie d’argent qu’il peut emprunter… et que de nouveaux gogos naissent toutes les minutes prêts à lui donner de l’argent. Sauf que c’est précisément là que craquent toutes les arnaques en pyramide. Celle du gouvernement américain ne fera pas exception — dès l’instant où elle se trouvera à court de nouvel argent.

    M. Obama affirme qu’il prévoit de diviser le déficit budgétaire par deux d’ici la fin de son mandat. Voyons voir… c’est dans quatre ans. S’il tient parole, cela signifie des déficits atteignant en moyenne 1.500 milliards de dollars par an… ou environ 6.000 milliards de dollars au total. D’où viendra cet argent ? Quel pigeon a ce genre de somme en réserve ?

    Les épargnants américains s’y mettent. Ils épargnent actuellement environ 4% du PIB, une part qui pourrait monter à 5%. Ils mettent en général moins d’un pour cent de leur richesse dans des bons du Trésor, mais imaginons qu’ils en utilisent jusqu’au dernier sou pour en acheter. Sur le mandat d’Obama, cela pourrait représenter jusqu’à 2.400 milliards de dollars. L’autre grand acheteur, c’est la Chine. Si les Chinois pouvaient continuer, d’une manière ou d’une autre, à acheter au même rythme que ces six derniers mois, cela viendrait ajouter 2.800 milliards de dollars au pot. Donc même si ces deux fins hollywoodiennes devenaient réalité, le film n’en serait pas moins un film d’horreur. Il resterait toujours 800 milliards de bons du Trésor invendus.

    Il est plus probable de voir les Américains multiplier par 10 leurs achats de bons du Trésor… plutôt que par 100. Et plus probable aussi que les Chinois en achètent pour environ 1.000 milliards de dollars supplémentaires. Mais bientôt… et pas si tard… les acheteurs commenceront à se rendre compte qu’ils ne sont pas assez nombreux pour que la pyramide puisse être maintenue. Les plus intelligents se dirigeront vers la sortie avec un peu d’avance… les plus lents et les moins malins se feront piétiner dans la bousculade qui s’ensuivra.

    Par Bill Bonner -- Jeudi 28 Mai 2009

  5.  
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