de Christian Lamilhau

La maîtrise de l'espaceQu’ai-je à te montrer, te faire voir, te faire comprendre ?

C’est la maîtrise de l’espace. C’est le mot clé.
Être maître veut dire que tu sais diriger, que tu n’es plus une feuille soumise au vent ou un galet soumis à toutes les vagues, que tu prends en main le gouvernail de ta vie. C’est dans ce sens-là que tu vas aller parce qu’il est juste.

Ce travail est comme un feu d’artifice. On aborde autant l’infiniment grand, l’infiniment sublime, que l’infiniment petit, l’infiniment humain. L’ensemble crée une véritable foire, un feu d’artifice.
C’est dans cette vision, cette perception spatiale, de ce qu’est la création et de ce qui est créé en toi que tu vas pouvoir trouver et reconnaître ta place. Alors le bonheur s’installe dans ton corps.

Cela ne veut pas dire que ça va être facile parce que l’extérieur, ce qu’on appelle les circonstances secondaires, ne vont pas forcément être accueillantes à ton mouvement. Mais on ne peut pas vivre autrement parce que l’on sait que c’est cela qui est digne.
Ce n’est pas une approche romantique, avec des grandes envolées et déclarations qui brûlent comme un feu de paille. Ce n’est pas, non plus, aimer tout son système de sensations. C’est regarder les choses telles qu’elles sont et comment elles fonctionnent.

Etre maître de ce fonctionnement, c’est avoir la maîtrise de l’espace. C’est avoir la maîtrise de tout son corps parce qu’en définitive, tout se passe en lui, du début à la fin. Et comme tu vas le percevoir, c’est une erreur de croire qu’il se passe des choses à l’extérieur de toi. En fait, c’est une perturbation, qui a pris possession du cerveau raisonné et qui fait croire que ce qui est à l’extérieur de lui est à l’extérieur de toi.

Alors, dès le départ, examinons le mécanisme de fonctionnement de ce que tu es, dans ton corps et dans ton cerveau. Tu reconnaîtras des informations, qui sont connues de la science moderne. Mais ces chercheurs ne sont pas heureux par leur savoir. Il est extérieur à eux. Ils savent comment cela fonctionne mais ils continuent à être une feuille soumise au vent, à leurs systèmes émotionnels, affectifs et culturels. Ils continuent d’être les galets roulés par les vagues de la vie. En revanche, tout ce travail, toute cette approche conduit à toucher physiquement la réalité des forces qui sont en jeu. Ce toucher physique amène le bonheur, cette joie, cette certitude, qui est au-delà du cerveau analytique et raisonné, au-delà de toutes les théories.

Comme ton corps est constitué de cellules, et que dans chacune d’elles il y a la mémoire du monde, la totalité des informations que tu cherches est là. Il n’y a rien à l’extérieur de toi.
Alors que se passe-t-il ? Lorsque les cellules libèrent un certain produit, il rempli la totalité du corps, qui va fonctionner selon les qualités de ce produit. Quand je parle de qualité, c’est autant positif que négatif. Il n’y a aucun jugement de valeur. L’ensemble de ce produit crée un état d’être qui orientera tes sensations. En final, tu seras entièrement conduit dans ton mouvement par cet état d’être qui est le résultat de ta chimie interne libérée par chacune de tes cellules.
Ainsi, le corps est l’espace dans lequel tout va se jouer.
C’est l’événement extérieur, une vision qui peut être autant celle de jolis arbres que de jolies femmes, d’un joli monsieur, d’une scène de violence, tout, absolument tout, va faire sortir de chaque cellule une chimie déterminée en relation avec l’événement. Quand tu as compris cela, ta question est : mais dans quel genre de bal je m’aime, quel genre de musique j’aime ? C’est lorsque cette question essentielle monte spontanément, que tu commences réellement à être sérieux.

Oui, la question qui enfin se pose est bien celle-ci : quels événements vais-je laisser agir sur moi ?

En même temps, tu ne peux pas t’exclure de la vie de tous les jours. Tu abandonnerais ta mission et ta participation au monde. Alors, si tu fais bien attention à ce qui se passe dans ta vie de tous les jours, lorsque qu’apparaissent les sensations et émotions il naitra une force énorme, qui est comme une présence, un double regard.
Tu possèdes enfin la richesse de la vie en double. Tu es dans la rivière, tu te perçois poussé par les courants, et en même temps, tu es sur la rive en train d’observer le mécanisme.

C’est cette présence-là, qui est ta force de libération.

C’est comme un sabre, bien droit, bien affûté, qui développe un extraordinaire regard sur l’événement et ses conséquences. Tu as la possibilité de te voir danser. Tu es dedans parce que c’est ton corps qui vibre, qui réagit. Mais tu es aussi dehors par ta lucidité.

Tu ne juges pas. Tu constates seulement que c’est comme ça. C’est ce double regard qui te donne la possibilité d’arrêter avec la danse, qui est engagée là, si cette danse ne te plait pas, si tu ne la trouves pas digne.
Sans cette présence, sans ce double regard, il est presque impossible d’arrêter le processus de l’événement. Parce que la musique entraîne la musique, la violence entraîne la violence, les larmes entraînent des larmes etc… C’est un processus qui s’auto-alimente et qui t’enferme à l’intérieur de lui. S’il n’y a pas une force qui vient dire : « Stop, on joue autrement » tu es entraîné dans un mouvement, qui te rétrécit et peut t’amener jusqu’au suicide. Il y a beaucoup de manières de se suicider. Ce n’est pas seulement en arrêtant le fonctionnement du corps. On arrête, aussi, le fonctionnement de ses espoirs à la vie, de tout son esprit, de tout son enthousiasme etc…

Alors si tu veux être maître de toi, si tu veux être maître de ton espace, si tu veux être maître de ce qui est en train de se vivre dans ton corps, tu dois porter attention à ce fonctionnement absolument mécanique. C’est à partir de là que cette présence va naître. Elle a la capacité de dire : « Stop. Moi, je ne veux pas de cette musique, à l’intérieur de mon corps. »

Alors, qu’est-ce que la maîtrise de l’espace ?

C’est s’être rendu compte que l’espace a deux fonctions : une passive, que l’on va appeler la fonction d’accueil, et l’autre très active qui organise une pression sur ceux qui sont à l’intérieur de lui.

L’action passive, la fonction d’accueil, tu t’en es souvent rendu compte. C’est par exemple, lorsqu’en en haut d’une montagne, tu lances un son. L’air est très lumineux, très clair et le son va très loin. S’il y a du brouillard, le son est très vite amorti.
Pourtant c’est le même son, c’est la même volonté à l’action, c’est la même volonté à la vie. Qu’est-ce qui fait la différence ? C’est l’espace, c’est l’accueil de l’espace au son. Ta volonté, c’est-à-dire ton espoir à la vie, ton plaisir à la vie, ton impulsion, ton envie, ton enthousiasme, ne peut pas aller au-delà de ce que l’espace accepte de porter. C’est la première perception.

La deuxième perception, tu peux, aussi, la comprendre à travers des éléments naturels de ta vie. L’espace impose sa vibration à ceux qui sont dedans.
Quand tu rentres dans une maison où il y a eu la guerre, une discussion orageuse, et bien que tout soit fini, tu es oppressé. Ce système de vibration agit sur toi. Si tu restes dans cet espace, tu vas mobiliser les pensées, les paroles, les discussions selon le mouvement de la guerre, du reproche. C’est la deuxième perception dont on se rend moins compte. L’espace agit sur le système énergétique des personnes qui sont à l’intérieur de lui. C’est son action la plus importante.

Alors, comme tu veux être maître de ta vie, ne plus être cette feuille soumise à tous les vents, tu dois te poser la question : « Comment puis-je être maître de ce double système de l’espace, être maître de l’accueil et maître de la vibration sur moi ? »
De quoi te rends-tu compte à ce moment-là ? C’est que tu ne peux agir que sur ce qui se passe maintenant, tout de suite. Dès que tu fais référence à un futur ou un passé, tu n’as plus de matière d’action.
La perception du mouvement présent te libère de toutes les théories, de toutes les appréciations, de toutes les peurs et te donne, en même temps, l’enthousiasme à l’action.
C’est ça, la maîtrise de l’espace.

Cela ne se fait pas par une contraction, mais avec cette détente, avec cette attention à ce qui est là.
En même temps, tous tes rêves s’éclatent. Tes rêves, tes aspirations, tes théories, tes espoirs, tout ce qui est fabriqué par ton mental n’a plus sa place dans cette intensité d’attention, et tu échappes à tout et à tous. Tu es le maître de ta vie.

Mais l’espace n’est pas seulement celui imprimé par l’extérieur, par les autres et l’environnement. L’espace, en finalité, est celui que tu t’écris à l’intérieur de toi. Alors comment te l’écris-tu ? Avec tous tes espoirs, avec tous tes rêves, avec toutes tes théories, toutes tes aspirations toutes faites ? Tu te trouves alors manipulé par tes propres créations. C’est toi, le gardien de ta propre prison.
La maîtrise de l’espace est la maîtrise de sa propre prison. Plus exactement, c’est la pleine compréhension de l’existence de cette prison, à chaque instant, qui produit l’éclatement de cette prison. Cela se fait naturellement.
Voilà ce qu’est être maître de l’espace.

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12 commentaires pour “La maîtrise de l’espace”
  1. la vague dit :

    Et bien magnifique commentaire qui ouvre si bien l’espace… et qui offre un avis si personnel de la maîtrise…
    merci  à toi  :wink:

  2. LeTransmuteur dit :

    Désolé d’avoir réveillé la vague qui sommeil en nous avec mon commentaire test que je viens de supprimer. :wink:

  3. la vague dit :

    Pourquoi désolé… au contraire, j’adore. :lol:

  4. freechildren dit :

    Tu viens de renverser le mouvement par « j’adore » au lieu de dire « arrête ». :neutral:

  5. la vague dit :

    Peux-tu préciser ? …

  6. freechildren dit :

    Alors que tu aurais pu mettre « désolé » mais tu as préférée mettre « j’adore ». Ça marque une force, une affirmation d’un sentiment intérieur d’être. Et c’est cette affirmation et ce sentiment intérieur d’être, lorsqu’il est exprimé, qui permet de mettre un terme aux sentiments inverses, celui de penser être : lorsqu’on est heureux et ne plus être lorsqu’on est malheureux. Et ce sentiment de penser pouvoir ne pas être lorsque les autres disent que nos dires ne sont pas vrais par exemple. C’est un sentiment qui mène à la destruction, un sentiment d’infériorité qui entraine dans sa route d’autres sentiments et expériences d’infériorités. Alors l’être se laisse emporter par le cauchemar et le mal-être qu’il peut rencontrer à l’extérieur. Et pour terminer, il vit dans un sentiment de culpabilité permanente lui faisant CROIRE qu’il est coupable de tout et maître de rien. Mais cela n’est pas vrai.

  7. la vague dit :

    Et bien, oui, tu as perçu quelque chose…
    Cependant, la lecture est assez difficile et un brin confuse… de plus, plus de simplicité donnerait plus de fluidité et un accès facilité des autres vers toi mais aussi de toi vers toi même… :wink:
    Je te remercie pour cet échange.  :razz:

  8. freechildren dit :

    Remercie d’une manière irrégulièrement déterminée. L’être qui se prenait pour plusieurs être et qui aurait peut-être peur d’être vraiment sincère.

  9. la vague dit :

    Je me suis juste demandée quelle dose de sincérité pouvais-tu recevoir… :lol:

  10. freechildren dit :

    Très éclairante question !
    Alors je dirais peut-être que j’ai aussi peur d’être mis en face d’êtres sincères, dans le sens neutre du terme. Je veux dire pas dur de voir des gens nous dire qu’ils nous aiment très fort, mais différent pour l’être qui n’est pas sûr de lui de recevoir une sincérité qui l’amène à se remettre en question, Ou une sincérité qui lui fait remarquer des points qu’il ne désire pas remarquer.

    Et une question de ma part :
    La vague tire sa force d’elle même ou des profondeurs de l’océan ?

  11. la vague dit :

    Je tire la force du fond de moi ET du fond de l’océan, car y a-t-il une différence entre interne et externe ?
    Je ne crois pas…
    Seul l’enthousiasme à la vie est le moteur…

  12. freechildren dit :

    … c’est vrai.

  13.  

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