par David Naulin

La pression sur les ressources en eau s’accroît

goutte-d-eauL’augmentation de la demande, liée notamment à la croissance et à la mobilité de la population, à l’évolution des modes de consommation et aux besoins accrus en énergie, ainsi que les effets déjà perceptibles du changement climatique font peser sur les ressources en eau une pression toujours plus grande. C’est ce qui ressort de la troisième édition du Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau.

Intitulé L’eau dans un monde qui change, ce rapport a été présenté le 12 mars lors d’un point presse organisé au siège des Nations Unies, à New York, en présence de William Cosgrove, Coordinateur du contenu du rapport. « Dans un contexte marqué par des pénuries croissantes, une bonne gouvernance est plus que jamais essentielle à la gestion de l’eau. La lutte contre la pauvreté dépend aussi de notre capacité à investir dans cette ressource », a déclaré le Directeur général, Koïchiro Matsuura, qui présentera officiellement le rapport au nom des Nations Unies le 16 mars à Istanbul.

Il s’agit de l’évaluation des ressources mondiales en eau douce la plus complète à ce jour. S’appuyant sur les conclusions des deux premiers rapports, présentés à Kyoto (Japon) en 2003 et Mexico (Mexique) en 2006, cette nouvelle édition insiste sur le rôle joué par l’eau dans le développement et la croissance économique. Elle examine par ailleurs un ensemble de sujets comme la croissance démographique, le changement climatique, la modification des écosystèmes, la production d’aliments, la santé, l’industrie et l’énergie, ainsi que les biocarburants ou encore l’importance des eaux souterraines. Des études de cas portant sur certaines villes, régions ou pays (Istanbul, Cameroun, Espagne, Pays-Bas, Soudan, Swaziland et les bassins de La Plata et du lac Merin) complètent cet ouvrage.

Ce document s’inscrit dans un projet d’évaluation mondial visant à mesurer les progrès réalisés à l’aune des objectifs du Millénaire pour le développement. Dans la Déclaration du Millénaire des Nations Unies, adoptée en 2000, la communauté internationale s’est engagée à réduire de moitié, entre 2000 et 2015, la proportion de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable et à mettre fin à l’exploitation irrationnelle des ressources en eau.

Coordonné par le Programme mondial pour l’évaluation des ressources en eau (WWAP), le rapport est le fruit du travail des 24 agences et entités des Nations Unies qui composent l’ONU-Eau. Il est produit tous les trois ans par le WWAP, dont le secrétariat est hébergé par l’UNESCO. Cette troisième édition sera officiellement présentée à l’ouverture du 5 ème Forum mondial de l’eau par le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, au nom des agences des Nations Unies.

Synthèse du rapport : l’eau dans un monde qui change

- Accès à l’eau : Premier constat dressé par les auteurs du rapport : l’accès aux services de base liés à l’eau (eau potable, assainissement et production alimentaire) demeure insuffisant pour une large part du monde en développement. On estime à plus de cinq milliards (67% de la population mondiale) le nombre de personnes qui ne disposeront pas d’un accès à des installations sanitaires décentes en 2030.

Dans ce contexte, la perspective d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement relatifs à l’eau et l’assainissement d’ici 2015 est à la fois prometteuse et alarmante. Si les tendances actuelles suggèrent que plus de 90% de la population mondiale utiliseront des sources d’eau potable salubre d’ici cette échéance. L’objectif du Millénaire pour le développement concernant l’eau potable est donc en bonne voie, sauf en Afrique sub-saharienne où 340 millions d’Africains ne bénéficient pas d’un accès à une eau potable salubre.

En revanche, le monde est loin d’atteindre l’objectif relatif à l’assainissement. Ainsi, près de 500 millions de personnes n’ont pas accès à des installations sanitaires décentes en Afrique, parmi bien d’autres régions également en retard dans ce domaine.

Le lien entre pauvreté et ressources en eau est évident : le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour coïncide approximativement avec celui des personnes qui n’ont pas accès à une eau potable salubre.

Cette situation a des conséquences sanitaires majeures. On estime en effet que dans les pays en développement, 80% des maladies sont liées à l’eau et causent la mort prématurée de trois millions de personnes chaque année. A titre d’exemple, 5 000 enfants meurent chaque jour de diarrhée, soit un toutes les 17 secondes. Au total, un dixième des maladies au niveau mondial pourraient être évitées grâce à une amélioration de l’approvisionnement, de l’assainissement, de l’hygiène et de la gestion des ressources en eau.

- Les pressions sur la demande : Tandis qu’une partie de la population reste privée d’un accès satisfaisant à l’eau, la demande pour cette ressource n’a jamais été aussi forte. Les prélèvements d’eau douce ont en effet triplé depuis 50 ans et les zones irriguées ont doublé pendant la même période. Ce phénomène de fond est notamment lié à la croissance de la population. Aujourd’hui de 6,6 milliards, elle augmente de près de 80 millions de personnes chaque année. Cela se traduit par une demande supplémentaire en eau de 64 milliards de mètres cube par an. Or, 90% des trois milliards de personnes supplémentaires qui viendront grossir la population d’ici 2050 vivront dans des pays en développement, pour beaucoup dans des régions où la population actuelle dispose déjà d’un accès restreint à l’eau.

La croissance démographique se traduit par des besoins accrus en produits agricoles et donc des besoins croissants en eau. L’agriculture demeure le secteur le plus gourmand en eau puisqu’il représente à lui seul 70% de l’ensemble de la consommation (contre 20% pour l’industrie et 10% pour les besoins domestiques). Si rien n’est fait pour rationnaliser son utilisation dans l’agriculture, les besoins en eau devraient augmenter de 70 à 90% d’ici 2050 alors même qu’un certain nombre de pays atteignent déjà les limites de leurs ressources en eau.

Parallèlement, ces dernières années ont été marquées par une évolution des modes de consommation alimentaire, qui s’est traduite notamment par une plus forte demande en viande et en produits laitiers dans les pays émergents. Or, si la production d’un kilo de blé nécessite de 800 à 4000 litres d’eau, un kilo de viande de bœuf en demande entre 2000 et 16 000 litres. On estime que le consommateur chinois qui mangeait 20 kilos de viande par an en 1985 en consommera 50 kilos en 2009, ce qui se traduira par un besoin supplémentaire en eau de 390 km3. A titre de comparaison, en 2002, la consommation de viande/habitant était de 76 kilos en Suède et de 125 kilos aux Etats-Unis.

La production de biocarburant, qui s’est intensifiée ces dernières années, a également pesé de manière significative sur la demande en eau. La production d’éthanol, soit 77 milliards de litres en 2008, a triplé entre 2000 et 2007 et devrait atteindre 127 milliards de litres en 2017. Le Brésil et les Etats-Unis, qui assurent 77% de la demande mondiale, en sont les principaux producteurs. En 2007, 23% de la production de maïs des Etats-Unis et 54% de la récolte de canne à sucre au Brésil ont été utilisés pour produire de l’éthanol. Dans l’Union européenne, 47% de la production d’huile végétale a servi à produire du biodiesel en 2008.

Malgré l’augmentation des surfaces consacrées à la production de biocarburants, la part de ces derniers dans l’utilisation des carburants reste faible. En 2008, la part de l’éthanol dans les carburants utilisés dans les transports est estimée à 4,5% aux Etats-Unis, 40% au Brésil et 2,2% dans l’Union européenne. S’ils permettent de réduire la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles, les biocarburants, compte-tenu de la technologie déployée pour leur production, soulignent les auteurs du rapport, peuvent avoir un impact disproportionné sur l’environnement et la biodiversité parce que leurs cultures nécessitent l’utilisation de grandes quantités d’engrais et de beaucoup d’eau. Entre 1000 et 4000 litres d’eau sont en effet nécessaires pour produire un seul litre de biocarburant.

Par ailleurs, les besoins en énergie se développent à un rythme accéléré, ce qui devrait accentuer également la demande en eau. On estime en effet que la demande mondiale d’énergie pourrait augmenter de 55% d’ici 2030. La Chine et l’Inde devraient représenter 45% de cette augmentation. La production hydroélectrique devrait progresser à un rythme annuel moyen de 1,7% entre 2004 et 2030, soit une augmentation globale de 60% durant cette période.

Critiqués pour leur forte empreinte écologique et les déplacements de populations qu’ils occasionnent, les barrages apparaissent pour beaucoup comme une solution, dans un contexte marqué par la raréfaction des énergies fossiles et la nécessité de recourir à des sources d’énergie plus propres. C’est notamment le cas dans les pays en développement, qui disposent d’un fort potentiel dans ce domaine.

- Les effets du changement climatique : La communauté scientifique s’accorde à prévoir une intensification et une accélération du cycle hydrologique à l’échelle de la planète liées au réchauffement de la planète. Cette intensification pourrait se traduire par une augmentation des niveaux d’évaporation et des précipitations. Si les effets de ces changements sur les ressources en eau demeurent encore largement incertains, on s’attend à ce que le manque d’eau ait des répercussions sur la qualité de l’eau et sur la fréquence de phénomènes tels que les sécheresses ou les inondations.

En 2030, 47% de la population vivra dans des régions déjà soumises à un fort stress hydrique. En Afrique, entre 75 et 250 millions de personnes seront confrontées en 2020 à des pénuries croissantes liées au changement climatique. La pénurie que connaîtront certaines régions arides et semi-arides aura un impact décisif sur les migrations. On estime de 24 à 700 millions de personnes qui pourraient être forcées de migrer pour des raisons liées à l’eau.

- Investir dans l’eau : Selon les auteurs du rapport, les pays riches ne sont pas les seuls à devoir investir dans le secteur de l’eau. La prospérité à venir dépend en partie des investissements effectués dans le secteur de l’eau. Le développement des ressources en eau est en effet un élément clé du développement économique et social.

Investir dans l’eau se révèle payant à différents niveaux. On estime en effet que chaque dollar investi pour améliorer l’accès à l’eau se traduit par des gains de 3 à 34 dollars des Etats-Unis. A contrario, lorsque l’investissement est faible, le produit intérieur brut (PIB) peut en être affecté jusqu’à concurrence de 10%. Sur le continent africain, les pertes engendrées par le manque d’accès à une eau de qualité et à des infrastructures sanitaires de base sont estimées à quelque 28,4 milliards de dollars par an, soit près de 5% du PIB.

L’investissement dans les infrastructures d’adduction d’eau est également payant pour l’environnement. Aujourd’hui, plus de 80% des eaux usées dans les pays en développement sont rejetées sans subir aucun traitement, polluant les rivières, les lacs, ou les rivages dans lesquels elles se déversent.

Aussi rentables soient-ils, ces investissements ont aussi un coût. On estime que remplacer les infrastructures vieillissantes dans les pays industrialisés pourrait coûter jusqu’à 200 milliards de dollars par an.

L’eau est l’une des questions clé, parmi d’autres, que les pays en développement doivent affronter. Pourtant, compte-tenu des bénéfices que l’on peut attendre de l’investissement dans les infrastructures liées à l’eau et du développement des capacités dans le secteur, le pourcentage du budget consacré par les gouvernements et l’aide publique à ces domaines est inadéquat. Ainsi, l’aide publique au développement allouée au secteur de l’eau dans son ensemble est en diminution et ne représente que près de 5% du flux total de l’aide.

- Corruption : La corruption dans le domaine de l’eau pourrait alourdir les coûts des investissements nécessaires pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement relatifs à l’eau de près de 50 milliards de dollars.

Volumes de consommation falsifiés, favoritisme dans la commande d’équipement, népotisme dans l’attribution des marchés publics sont les formes de corruption les plus répandues. Selon certaines études, jusqu’à 30% des budgets consacrés à l’eau pourraient faire l’objet de détournement dans certains pays. Pourtant, il est rare que ces pratiques soient combattues. Certains pays ont toutefois pris des initiatives pour lutter contre ce phénomène, comme l’indique le rapport qui cite plusieurs exemples. Donateurs et investisseurs sont conscients de ces pratiques et la plupart des agences d’aide au développement ont choisi de se concentrer sur des pays peu touchés par la corruption.

- Mieux gérer l’eau : Confrontés à des pénuries croissantes, certains pays ont déjà commencé à intégrer leur stratégie de gestion des ressources en eau à leur plan de développement. C’est notamment le cas de la Zambie. Suite à cette intégration de l’eau dans le plan de développement national, de nombreux donateurs ont incorporé des investissements relatifs à l’eau dans l’aide qu’ils accordent à ce pays.

Le projet d’Anatolie du Sud-Est (GAP) en Turquie est un projet de développement multisectoriel visant à augmenter les revenus dans cette région moins développée. Le coût total du GAP est estimé à 32 milliards de dollars. Dix-sept milliards ont été investis jusqu’ici. Les revenus par fermier ont triplé avec le développement de l’irrigation. L’électrification dans les zones rurales a atteint 90%, les taux d’alphabétisation ont augmenté, les taux de mortalité infantile ont baissé, le nombre des entreprises a doublé et un système plus juste de propriété des sols s’applique désormais aux zones irriguées. Les zones urbaines desservies par l’eau ont quadruplé. De fait, la région a cessé d’être la moins développée du pays.

L’Australie a également amorcé un virage dans sa politique. Ce changement s’est traduit par différentes mesures. Des restrictions ont été mises en place (arrosage des jardins, lavage de voitures, remplissage des piscines…) dans toutes les grandes villes australiennes. A Sydney, un double système de distribution a été mis en place en 2008 avec d’une part un circuit qui achemine l’eau potable, de l’autre un circuit distribuant une eau impropre à la consommation mais disponible pour d’autres usages.

Les réseaux de distribution urbains comme les dispositifs d’irrigation se révèlent largement inefficaces si on les juge à l’aune des quantités d’eau gaspillées. Dans la région méditerranéenne, on estime que 25% de l’eau acheminée dans les zones urbaines et 20% de celle qui transite par les canaux d’irrigation se perd. Or, une partie au moins de ces pertes est évitable. Des villes comme Rabat (Maroc) ou Tunis (Tunisie) sont parvenues à réduire leurs pertes de 10%. Des programmes de détection des fuites sont également expérimentés à Bangkok (Thaïlande) et Manille (Philippines). Les procédés de traitement de l’eau peuvent également permettre d’améliorer l’offre. Le recyclage des eaux usées à des fins agricoles est déjà pratiqué par certains pays. Il reste cependant limité, sauf dans les pays disposant de ressources en eau très réduites. Ainsi, 40% des besoins de Gaza (Territoires palestiniens), 15% de ceux d’Israël et 16% de ceux de l’Egypte sont couverts par le recyclage des eaux usées.

La désalinisation de l’eau de mer est un autre procédé utilisé dans les régions arides. Il est utilisé pour obtenir de l’eau potable (24%) et pour les besoins de l’industrie (9%), dans des pays qui atteignent les limites de leurs ressources renouvelables (Arabie saoudite, Israël, Chypre…).


En complément de notre article consacré à la sortie du nouveau rapport de l’ONU intitulé « L’eau dans un monde qui change » nous vous proposons de découvrir les chiffres clés qui y sont révélés. « Dans un contexte marqué par des pénuries croissantes, une bonne gouvernance est plus que jamais essentielle à la gestion de l’eau. La lutte contre la pauvreté dépend aussi de notre capacité à investir dans cette ressource », a déclaré le Directeur général, Koïchiro Matsuura, qui présentera officiellement le rapport au nom des Nations Unies le 16 mars à Istanbul.


Cycle de l’eau

- 79 % du total des précipitations terrestres tombent sur les océans, 2 % sur les lacs et 19 % seulement sur les terres émergées. 2 200 km3 (2 %) s’infiltrent dans nos nappes souterraines.

- Globalement, les deux tiers des précipitations environ retournent dans l’atmosphère. D’un point de vue régional, l’Amérique latine est la plus riche en eau, avec environ un tiers des ruissellements mondiaux. L’Asie vient ensuite, avec un quart des ruissellements, suivie par les pays de l’OCDE (20 %), l’Afrique subsaharienne et l’ex-Union soviétique, chacune avec 10 %. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont les moins bien lotis (1 % seulement des ruissellements mondiaux).

Principaux utilisateurs

- En volume utilisé, les dix principaux pays consommateurs d’eau sont l’Inde, la Chine, les États-Unis, le Pakistan, le Japon, la Thaïlande, l’Indonésie, le Bangladesh, le Mexique et la Fédération de Russie.

- La consommation nationale s’échelonne de 646 km3/an en Inde à moins de 30 km3/an au Cap-Vert ou en République centrafricaine.

- 99 % des 4 000 km3/an prélevés pour l’irrigation, les besoins domestiques, l’industrie et l’énergie proviennent de sources renouvelables, qu’elles soient superficielles ou souterraines. Le reste (1 %) provient d’aquifères fossiles non renouvelables, situés pour l’essentiel dans trois pays : l’Arabie saoudite, la Libye et l’Algérie.

- Les eaux souterraines représentent déjà 20 % du total des prélèvements, qui augmentent rapidement, surtout dans les zones arides. Les ponctions dans les nappes phréatiques ont été multipliées par 5 au XXe siècle.

Maladies liées à l’eau

- L’approvisionnement en eau – qu’il s’agisse de l’eau utilisée pour la consommation humaine, de celle utilisée pour l’assainissement ou la production alimentaire – reste insuffisant dans une large partie du monde en développement : plus de 5 milliards de personnes (67 % de la population mondiale) n’auront sans doute toujours pas accès en 2030 à un système d’assainissement décent (OCDE, 2008).

- Près de 340 millions d’Africains n’ont pas accès à une eau potable salubre et près de 500 millions ne bénéficient d’un système d’assainissement décent.

- 80 % des maladies des pays en développement sont liées à l’eau : elles font chaque année près d’1,7 million de morts.

- On estime à 3 millions le nombre de personnes qui meurent prématurément chaque année de maladies liées à l’eau dans les pays en développement.

- 5 000 enfants décèdent chaque jour de diarrhée, soit un toutes les 17 secondes.

- 1,4 million d’enfants meurent de diarrhée chaque année, des décès qui pourraient souvent être évités.

- Près du dixième des maladies dans le monde pourraient être évitées en améliorant l’approvisionnement en eau, l’assainissement, l’hygiène et la gestion des ressources en eau.

Eau et alimentation

- L’eau est indispensable à la production alimentaire. L’agriculture est de loin le premier utilisateur d’eau, absorbant quelque 70 % de la consommation totale.

- Les usages industriel et domestique ne représentent respectivement que 20 % et 10 % seulement de la consommation totale d’eau.

- Les surfaces irriguées ont doublé et les prélèvements d’eau ont triplé depuis 50 ans.

- Si l’agriculture n’améliore pas sa façon d’utiliser l’eau, la demande mondiale pour ce secteur passera, selon toute probabilité, de 70 à 90 % de la consommation totale (Comprehensive Assessment of Water Management in Agriculture, 2007)

- Les besoins journaliers en eau vont de 2 000 à 5 000 litres d’eau par personne et par jour.

- La question à se poser n’est pas « combien d’eau buvons-nous ? » (une moyenne de 2 à 5 litres par jour dans les pays développés), mais plutôt « combien d’eau mangeons-nous ? » (3 000 litres par jour dans les pays riches, selon une estimation).

- Il faut en effet 800 à 4 000 litres d’eau pour produire un kilo de blé et 2 000 à 16 000 litres d’eau pour produire la même quantité de viande de boeuf.

- En 2002, la Suède a consommé 76 kg de viande par personne et les États-Unis 125 kg.

- On estime que le consommateur chinois, qui mangeait 20 kg de viande en 1985, dévorera plus de 50 kg en 2009. La demande de céréales va augmenter en conséquence. Or il faut 1 000 litres d’eau pour produire 1 kg de céréales. Cela signifie qu’il faudra 390 km3 d’eau supplémentaires pour couvrir ces nouveaux besoins.

Croissance démographique

- Estimée aujourd’hui à 6,6 milliards, la population mondiale croît d’environ 80 millions chaque année. La demande d’eau douce devrait donc augmenter aussi, d’environ 64 milliards de mètres cubes par an.

- On estime que 90 % des 3 milliards d’habitants qui s’ajouteront à la population du monde d’ici 2050 se trouveront dans les pays en développement, principalement dans des régions où, actuellement, la population ne bénéficie pas d’un accès correct à l’eau potable et à l’assainissement.

- Plus de 60 % de l’accroissement démographique entre 2008 et 2010 se produira en Afrique subsaharienne (32 %) et en Asie du Sud (30 %), qui, à elles deux, devraient abriter la moitié de la population mondiale en 2100.

Croissance urbaine

- Si la population urbaine mondiale a connu au XXe siècle une progression éclair, passant de 220 millions à 2,8 milliards, les prochaines décennies verront une vitesse d’urbanisation sans précédent dans le monde en développement.

- La population des agglomérations devrait croître d’environ 1,8 milliard (entre 2005 et 2030) jusqu’à représenter environ 60 % de la population mondiale. Près de 95 % de cette croissance devrait se produire dans les pays en développement.

Migrations

- On estime aujourd’hui à 192 millions le nombre de migrants dans le monde – ils étaient 176 millions en 2000. Les pressions migratoires devraient à l’avenir s’exercer surtout sur les zones côtières, qui abritent 15 des 20 mégalopoles mondiales. Le monde comptera davantage de personnes vivant dans des zones urbaines et côtières vulnérables au siècle prochain.

- Les estimations sur le nombre de personnes qui pourraient être déplacées à cause de facteurs liés à l’eau varient de 24 millions à 700 millions.

Objectifs du Millénaire des Nations Unies pour le développement

- Accès à l’eau potable : Au vu des tendances actuelles, plus de 90 % de la population mondiale aura accès à des sources d’eau potable plus satisfaisantes d’ici 2015.

- Assainissement : Entre 1990 et 2006, la proportion de la population qui n’avait pas accès à un système d’assainissement adéquat n’a reculé que d’environ 8 points de pourcentage. Compte tenu des tendances actuelles, le nombre de personnes qui ne bénéficieront pas d’un système d’assainissement satisfaisant en 2015 n’aura que légèrement baissé, passant à 2,4 milliards.

Il faudra doubler les efforts actuels pour atteindre l’objectif en matière d’assainissement. Dans le cas contraire, 2,4 milliards de personnes dans le monde n’auront toujours pas accès à ces services vitaux.

Le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar US par jour correspond peu ou prou à celui des personnes qui n’ont pas accès à une eau potable saine. Le nombre de personnes vivant avec moins de 2 dollars US par jour (environ 2,8 milliards) correspond peu ou prou à celui des personnes qui n’ont pas accès à un système d’assainissement décent.

Changements climatiques

- En 2007, la Conférence sur les changements climatiques organisée par les Nations Unies à Bali (Indonésie) a reconnu que même si se vérifiait la prédiction minimale pour le XXIe siècle, à savoir un changement climatique d’au moins le double du réchauffement intervenu depuis 1990 (égal à 0,6°C), cela provoquerait des bouleversements considérables.

- 85 % de la population mondiale réside actuellement dans la moitié la plus aride de la Terre. En 2030, 47 % de la population mondiale vivra dans des zones soumises à des stress hydriques importants.

- Rien qu’en Afrique, d’ici 2020, 75 à 250 millions de personnes pourraient être exposées à un stress hydrique accru du fait des changements climatiques. Ajoutée à une demande d’eau croissante, cette situation affectera les moyens d’existence et exacerbera les problèmes liés à l’eau (GIEC, 2007).

Bénéfices des investissements dans l’eau

- On estime que chaque dollar US investi dans l’amélioration de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement produit entre 3 et 34 dollars de bénéfices.

- Pour la seule Afrique, les pertes économiques globales induites par l’absence d’accès à une eau vraiment potable et à un système d’assainissement décent sont estimées à quelque 28,4 milliards de dollars EU par an – environ 5 % du PIB (OMS, 2006).

- Selon une étude portant sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, la réduction des nappes phréatiques semble avoir provoqué une baisse du PIB de certains pays : de 2,1 % en Jordanie, 1,5 % au Yémen, 1,3 % en Égypte et 1,2 % en Tunisie.

- En Chine, les réformes apportées à la gestion de l’eau ont produit des améliorations mesurables en termes de PIB local. Les 335 districts qui ont achevé leur électrification primaire grâce à l’énergie hydroélectrique ont vu leur PIB doubler par rapport à ceux qui n’ont pas de production d’électricité rurale. Le revenu annuel moyen par agriculteur a progressé de 8,1 % par an, près de 3 % de plus que la moyenne nationale.

Stockage de l’eau

- Le stockage de l’eau permet de disposer de sources fiables pour l’irrigation, l’approvisionnement en eau et l’énergie hydraulique, ainsi que d’une protection contre les inondations. Dans les pays développés, il n’est pas rare que 70 % à 90 % des flux annuels soient fournis par les réservoirs de stockage.

- Seuls 4 % environ des ressources renouvelables annuelles de l’Afrique sont stockés.

- Il y aurait actuellement plus de 50 000 grands barrages et 100 000 barrages de moindre importance pour un total d’1 million de barrages dans le monde. La capacité totale créée par ces barrages est estimée à 7 000 km3 environ. Quelque 350 grands réservoirs sont actuellement en construction en Chine, en Inde, en Asie du Sud-Est, en Iran et en Turquie.

Secteur privé

- Le nombre de personnes dont l’accès à l’eau dépend du secteur privé est passé d’environ 50 millions en 1990 à environ 300 millions en 2002 (RMDH, 2006).

- Plus de 70 % des investissements mondiaux sont le fait du secteur public. Moins de 3 % de la population des pays en développement sont alimentés par des sociétés privées ou mixtes.

Eau virtuelle

- Tous les pays importent et exportent de l’eau sous forme virtuelle, c’est-à-dire sous forme de produits agricoles et industriels. Le volume mondial des flux d’eau virtuelle est de 1625 Gm3/an.

- Environ 80 % des flux d’eau virtuelle sont liés au commerce de produits agricoles. On estime que 16 % des problèmes de réduction et de pollution des ressources hydrauliques dans le monde sont dus à la production pour l’exportation. Le prix des marchandises tient rarement compte des coûts de l’utilisation de l’eau par les pays producteurs.

- Un exemple : le Mexique importe du blé, du maïs et du sorgho des États-Unis, qui utilisent pour ce faire 7,1 Gm3 d’eau par an. S’ils étaient produits au Mexique, les besoins en eau seraient de 15,6 Gm3/an. Les économies mondiales d’eau résultant du commerce international de l’eau virtuelle dans les produits agricoles équivalent à 6 % du volume mondial d’eau utilisé pour la production agricole.

Énergie

- Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la demande mondiale d’énergie devrait augmenter d’au moins 55% d’ici 2030. La Chine et l’Inde représenteraient à elles seules environ 45 % de cette augmentation totale et les pays en développement, 74 %.

- La production d’hydroélectricité devrait croître au rythme annuel moyen de 1,7 % entre 2004 et 2030, soit une progression globale de 60 %.

Biocarburants

- La production de bioéthanol a triplé entre 2000 et 2007, passant à 77 milliards de litres en 2008, selon les estimations. Le Brésil et les États-Unis sont les principaux producteurs avec 77 % de la production mondiale. La production de biodiesel à partir d’huile végétale a été multipliée par 11 entre 2000 et 2007. L’Union européenne y contribue à 67 % (OCDE-FAO, 2008).

- La production mondiale d’éthanol devrait atteindre 127 milliards de litres en 2017.

- En 2007, 23 % de la production de maïs des États-Unis allait à la production d’éthanol, ainsi que 54 % de la canne à sucre produite au Brésil. Dans l’Union européenne, environ 47 % de la production d’huile végétale était absorbée par la production de biodiesel.

- La part de l’éthanol dans le marché des carburants pour le transport de ces pays en 2008 était estimée à 4,5 % aux États-Unis, 40 % au Brésil et 2,2 % dans l’UE.

- Près du cinquième du maïs produit aux États-Unis servait à la production d’éthanol en 2006-2007, mais il ne remplaçait que 3 % environ de l’essence consommée dans le pays (Banque mondiale, Rapport sur le développement dans le monde, 2008).

Corruption

- La corruption qui règne dans le secteur de l’eau est susceptible de renchérir de près de 50 milliards de dollars EU le coût des investissements nécessaires à la réalisation des OMD relatifs à l’accès à l’eau et à l’assainissement (Rapport mondial sur la corruption, 2008).

- Parmi les cas de corruption les plus courants figurent la falsification des volumes consommés, les malversations dans le choix des sites de forage, et la collusion et le favoritisme dans l’obtention des marchés publics.

- Jusqu’à 30 % des budgets peuvent être détournés dans certains pays pour cause de corruption.

Recyclage

- Le recyclage des eaux usées urbaines dans l’agriculture reste limité, sauf dans de rares pays aux très faibles ressources en eau : il représente 40 % de l’eau consommée dans les Territoires palestiniens et à Gaza, 15 % en Israël et 16 % en Égypte où l’on récupère les eaux de drainage.

- Le dessalement est de plus en plus abordable. On y recourt principalement pour produire de l’eau potable (24 %), ainsi qu’à des fins industrielles (9 %), dans les pays qui ont atteint les limites de leurs ressources en eau renouvelables (Arabie saoudite, Israël, Chypre, etc.). Il ne représentait que 0,4 % de l’approvisionnement total en eau en 2004, mais devrait doubler d’ici à 2025.

Source : cdurable.info

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