Par Collection Vers Compostelle – Edition ACIR Compostelle

Un parcours dans la géographie

trace-ancien-compostelle

« Les lieux sont des personnes à qui l’Humanité qui est en nous a donné une physionomie. »
Marcel PROUST

“ Le voyageur est encore, ce qui importe le plus dans le voyage… Voir n’est point commun. La vision est la conquête de la vie. On voit toujours, plus ou moins, comme on est. Le monde est plein d’aveugles aux yeux ouverts sous une taie; en tout spectacle, c’est leur cornée qu’ils contemplent, et leur taie grise qu’ils saisissent…
Un homme voyage pour sentir et pour vivre. À mesure qu’il voit du pays, c’est lui-même qui vaut mieux la peine d’être vu. Il se fait chaque jour plus riche de tout ce qu’il découvre. Voilà pourquoi le voyage est si beau quand on l’a derrière soi; il n’est plus et l’on demeure… ”

André SUARES, Le Voyage du Condottiere

“ Faire le chemin, c’est faire l’apprentissage de la porte étroite. Se dépouiller, partir, quitter ses proches, ses amis, ses biens, sa carte de visite, pour n’emmener que l’essentiel, six à huit kilos de nécessaire pour vivre au jour le jour. Au présent. Mais, pour bien vivre une telle expérience, il faut partir au moins trois semaines. C’est le temps qu’il faut pour abandonner ses peurs, et n’être plus qu’avec soi même ”
Jean L Faycelles (Lot) cité par Jean Claude BOURLES dans “ Passants de Compostelle ” Payot

COMPOSTELLE

Ville espagnole du nord-ouest de la Galice dont elle est le siège du Gouvernement Régional. Sa Vieille ville est inscrite au Patrimoine Mondial depuis 1985. Son développement résulte de la découverte du tombeau supposé être celui de l’apôtre.
Nom d’origine celte « ILWYBR » signifiant « lieu de passage » et « DUNUM » hauteur, ou d’origine latine « CAMPUS STELLAE » (Xème siècle) signifiant « Champ de l’étoile » : une étoile aurait désigné le lieu de la sépulture de l’apôtre à l’ermite Pélage.
D’après l’historien J. CHOCHEYRAS, le lieu de la sépulture d’un hérétique Priscillien mort au IVème siècle. Depuis le IXème siècle, la tradition chrétienne y situe le tombeau de l’apôtre conduit, depuis la Palestine, par une barque de pierre guidée par la main de Dieu. Depuis un siècle, les historiens et les archéologues ont conjugué leurs recherches : s’il y a bien un tombeau attesté, et si une translation d’un corps dans une barque de pierre échouée sur le sol galicien peut aussi bien trouver explication, il se peut aussi qu’il y ait eu christianisation (c’est à dire récupération à des fins politiques et religieuses) d’un culte antérieur, païen ou hérétique, que l’Eglise ne savait effacer autrement.

La controverse historique nous invite à rejoindre le propos de l’historien Bartolomé BENNASSAR dans son ouvrage « Saint-Jacques de Compostelle » Julliard 1970 p 99 et s :

« Il est impossible de prouver que St-Jacques est venu prêcher l’évangile en Espagne… Mais il est tout aussi impossible de prouver que Saint-Jacques n’est pas venu de son vivant en Espagne… En outre la tradition elle même reconnaît si peu de succès à la prédication de Saint-Jacques (on lui attribue selon les cas de deux à neuf disciples !) qu’elle aurait pu laisser peu de traces. Il n’est pas niable que le voyage de Saint-Jacques en Galice est parfaitement vraisemblable au plan matériel : les Phéniciens entretenaient des relations régulières avec l’Andalousie… s’aventuraient aussi dans l’Atlantique à la recherche de l’étain et relâchaient dans les rias galiciennes… Il reste encore à se demander pourquoi naquit la légende, si légende il y a : car en tout état de
cause, elle s’est formée au plus tard au VIIème siècle, c’est à dire avant que l’Espagne eût besoin d’un sauveur…Enfin, la Galice du IVème siècle témoigne d’une étonnante maturité chrétienne puisqu’elle devient déjà foyer d’hérésies… L’empreinte orientale est déjà profonde en Galice. Tout cela ne suffit pas à fonder une conviction…Mais il faut croire que la Galice à qui la croyance populaire sinon la recherche scientifique, a fait don de l’apôtre, était dès le haut Moyen-Age un milieu prédestiné aux grandes aventures de la foi. »

FINISTERRE

Fin des Terres émergées du continent; situées au lieu du soleil couchant, les Finis Terrae symbolisent la porte du royaume des morts, l’anéantissement. L’étendue océane face à ce cap Finisterre galicien était aussi appelée « Mer des Morts ».
Extrémités du continent européen : Cornouailles, Bretagne et Galice.
Synonyme de Bouts du Monde, chargé de rêves aventuriers.
Les côtes espagnoles de l’Atlantique sont parcourues de courants marins remontant vers le nord et qui jettentsur les rivages, épaves et cadavres ou navires désemparés.
But ou aboutissement de la pérégrination sur les Chemins de Compostelle en suivant l’axe de la course solaire (est-ouest) : le pèlerin comme le soleil suit une course; l’arrivée à l’ouest signifie le déclin de l’astre comme l’anéantissement de l’homme. Mais, le soleil réapparaîtra à l’est, vers Jérusalem et la terre Sainte, pour un nouveau jour ainsi que renaîtra l’Homme dont l’âme à son tour débutera le Grand Voyage (mort et résurrection).

VOIE LACTEE

En astronomie, la Voie lactée consiste en une nébuleuse composée de milliards d’étoiles, de gaz et de poussières qui se présentent à l’observateur terrestre sous la forme d’une bande blanchâtre et floue par nuit claire.
Titre d’un film de Luis BUNUEL
Pour les Tatars musulmans, elle constitue le chemin des pèlerins de La Mecque

Autre nom porté par le faisceau des Chemins de Saint-Jacques de l’Allemagne jusqu’à Compostelle.
Assimilation réalisée par les chansons de geste depuis les environs de l’an mil, en référence au « Songe de Charlemagne » : Saint-Jacques apparaît à l’Empereur et lui demande d’aller délivrer son tombeau entre les mains des sarrazins, en suivant le sillage de la Voie Lactée. Cette littérature entretient la croyance que l’épopée du Grand Empereur se rencontre sur les chemins de Compostelle.

Signification symbolique commune à plusieurs civilisations :

chemin du salut des âmes souvent comparé au serpent, au fleuve, à une trace de pas, à une giclée de lait, à une couture et à un arbre;
voyage entre deux mondes, voie de l’immortalité, lieu de passage des âmes entre les mondes terrestre et céleste et les conduisant au paradis éternel;
frontière entre le monde du mouvement et l’immobile éternité;
voie empruntée par « tous ceux qui vont d’un lieu à l’autre de la terre ou du cosmos, d’un plan à l’autre de la connaissance ». B. BENNASSAR

LIEUX DE PELERINAGE chrétiens

Trois lieux majeurs autour du tombeau du Christ ou d’un apôtre étaient désignés à la dévotion du chrétien : Jérusalem, Rome, Compostelle. Une multitude d’autres lieux de recueillement recevaient les pèlerins attirés par les reliques, ou encore vers des lieux où la tradition antique situait un culte, païen autrefois, et christianisé.
D’après le “ Manuel des Inquisiteurs ” de Bernardo GUI (1323) en usage chez les inquisiteurs de Carcassonne, d’Albi ou de Toulouse, le pardon des pêchés ou les pénitences des « hérétiques » peut s’accomplir par le pèlerinage en direction des lieux majeurs ou mineurs :

  • – lieux de pèlerinages majeurs : “ Saint-Jacques de Compostelle, Rome, Saint-Thomas de Cantorbéry, Les Trois-Rois de Cologne. Ceux qui se rendaient dans la ville Eternelle devaient habituellement y rester une quinzaine de jours, afin d’effectuer la visite des tombeaux des saints et des églises à laquelle le Saint-Siège avait attaché des indulgences nombreuses et fructueuses. ”
  • - lieux de pèlerinage mineurs :

Notre-Dame de Rocamadour
Notre-Dame du Puy (en Velay)
Notre-Dame de Vauvert
Notre-Dame de Sérignan
Notre-Dame des Tables à Montpellier
Saint-Guilhem du Désert
Saint-Gilles en Provence
Saint-Pierre de Montmajour
Sainte-Marthe de Tarascon
Sainte-Marie-Magdeleine de Saint-Maximin
Saint-Antoine de Viennois
Saint-Martial et Saint-Léonard en Limousin
Notre-Dame de Chartres
Saint-Denis en Parisis, (évangélisateur des Gaules)
Saint-Seurin de Bordeaux
Notre-Dame de Souillac
Sainte-Foi de Conques
Saint-Paul de Narbonne
Saint-Vincent de Castres
Saint-Etienne de Toulouse et Saint-Sernin de Toulouse : visites annuelles et à vie
Saint-Nazaire de Carcassonne
Sainte-Cécile d’Albi
Saint-Antoine de Pamiers
Notre-Dame d’Auch

Les pèlerins s’engageaient par serment à se mettre en route dans un délai (court) à partir du jour de la délivrance de leurs lettres pénitentielles qui leur servaient de sauf-conduits. A leur retour, ils présentaient à l’inquisiteur des certificats attestant qu’ils avaient accompli les pèlerinages et visites obligatoires. ”

On peut ajouter à la liste de l’Inquisiteur, destinée aux pêcheurs et repentis des « hérésies » en terre occitane, d’autres hauts lieux de dévotion :
Saint Michel au Mont-Saint-Michel, saint Marc à Venise, saint Rémi de Reims,…
De nombreux autres lieux existaient pour une dévotion plus locale, le culte chrétien ayant été substitué à un culte celte antérieur.
Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, le culte de Marie Salomé, mère de saint Jacques, s’est très tôt développé.

Les lieux secondaires de pèlerinage se sont développés depuis le XVIIème siècle pour plusieurs raisons :

  • – contrôle plus étroit des populations (par l’Etat) et des âmes (oeuvre de la Contre-Réforme catholique)
  • – enracinement de la dévotion chrétienne dans des lieux plus immédiatement accessibles, à travers des signes et des pratiques plus quotidiennes ou plus intériorisées.

Au XIXème et au XXème siècle, le culte de la Vierge s’est développé et de nouveaux lieux sont apparus, de la visite desquels le croyant espère des Grâces ou manifeste sa reconnaissance pour une Grâce obtenue : La Salette (1846), Lourdes (1858), Fatima, Czestochowa (Pologne), Medjugorje (Herzégovine),…

LES ITINERAIRES VERS COMPOSTELLE EN FRANCE

« tous les chemins mènent à Rome » … et à Compostelle
Anonyme

L’une des premières sources de la connaissance est la description des itinéraires présentée dans un manuscrit des années 1130, attribué au moine poitevin Aimery PICAUD.
Sa description est succincte :
« Il y a quatre routes qui, menant à Saint-Jacques, se réunissent en une seule à Puente la Reina, en territoire
espagnol; l’une passe par Saint-Gilles, Montpellier, Toulouse et le Somport; une autre par Notre-Dame du Puy,
Sainte-Foy de Conques et Saint-Pierre de Moissac; une autre traverse Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay,
Saint-Léonard de Limousin et la ville de Périgueux; une autre encore passa par Saint-Martin de Tours, Saint-
Hilaire de Poitiers, Saint-Jean-d’Angély, Saint-Eutrope de Saintes et la ville de Bordeaux.
La route qui passe par Sainte-Foy, celle qui traverse Saint-Léonard et celle qui passe par Saint-Martin se
réunissent à Ostabat et après avoir franchi le col de Cize, elles rejoignent à Puente la Reina celle qui traverse le
Somport; de là un seul chemin conduit à Saint-Jacques. »

(traduit par Jeanne VIELLIARD – Le Guide du pèlerin – Vrin – 1997)

Des indications plus nombreuses permettent de tracer plus précisément l’itinéraire espagnol.
(Voir nos documents sur chacune des voies et la carte ci-après)

Ce « guide » dessine le premier tableau des chemins de Compostelle en France et en Espagne : l’auteur énumère les lieux de dévotion « aux corps saints qui reposent sur la route de Saint-Jacques et que les pèlerins doivent visiter ».
Aujourd’hui, des historiens sérieux critiquent les présentations qui, depuis une quarantaine d’années, lui ont donné une importance excessive.

L’auteur a privilégié « ses » saints et leurs sanctuaires au détriment d’autres sanctuaires et d’autres dévotions. Il ne décrit pas des itinéraires à parcourir car les lieux indiqués sont trop éloignés les uns des autres. Contrairement à l’idée répandue, son récit est peu détaillé pour l’itinéraire français. Peut-être n’a-t-il fait que noter de manière partielle des habitudes établies ?

En outre, ce « guide » n’a pas pu servir de guide pratique de voyage. Antérieur à l’imprimerie, on en trouve peu de copie. Sans diffusion, il n’a pu être ni connu, ni utilisé. Aussi, son audience, probablement faible, n’a pu inspirer les voyageurs jusqu’à une époque récente. L’idée généralement admise qu’il est un « vrai » guide, au sens moderne de notre « guide du Routard » n’est qu’une image, un anachronisme.
Publié pour la première fois dans sa totalité en 1882, puis traduit du latin et publié en français en 1938, ce « guide » évoque les étapes, les reliques à vénérer, les caractères des habitants des régions traversées, les difficultés du voyage. A partir de son récit, les historiens ont voulu en déduire les quatre « têtes des chemins » qui correspondraient à des parcours entre les grands sanctuaires.
De véritables guides apparaissent avec l’imprimerie (XVIème siècle). On les appelle des « itinéraires ». Ils fournissent une liste des lieux où se rendre successivement. L’imprimerie facilite la diffusion populaire de ces récits de pèlerins. On en tient compte aujourd’hui pour préciser la trame des « chemins de Compostelle ».

LES ITINERAIRES EN ESPAGNE : el camino francés

Aimery PICAUD le décrit plus précisément. Les recherches archéologique et historique révèlent la précision de son tracé qui en fait un « vrai chemin ». Il est inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 1993. Ce « chemin des Français » est appelé ainsi, d’une part parce qu’il était parcouru par les pèlerins qui venaient de France ou y retournaient, d’autre part parce qu’il était un axe de peuplement le long de la frontière avec les Maures, favorisé par les rois à travers franchises et privilèges.
Le chemin navarrais depuis le col de Roncevaux, où se place la légende de Roland, et le chemin aragonais qui descend du col du Somport, se réunissent en un seul, le camino francès, à Puente la Reina. Ces deux itinéraires, bien signalés et équipés de nombreux hébergements publics, commerciaux ou religieux, connaissent une forte fréquentation. Depuis les années 70, les Autonomies soutenues par l’Union Européenne ont largement investi pour équiper ces itinéraires qui rencontrent une sur fréquentation à certaines époques de l’année..

LA RECONNAISSANCE DES VIEILLES VOIES DE CIRCULATION

A la suite d’Aimery PICAUD, des voyageurs ou des pèlerins ont laissé des récits détaillés des itinéraires parcourus.
Grâce à ces récits et aux travaux d’historiens tels qu’Emile MALE, Jeanne VIELLIARD, Elie LAMBERT, René de LA COSTE MESSELIERE, grâce aux études locales, il est convenu de distinguer :
¨ les quatre grands chemins qui prennent leur source dans quatre hauts lieux de dévotion en raison de l’importance des reliques ou de la notoriété des saints qui y avaient vécu :

  • - la Via PODIENSIS ou route du Puy-en-Velay, la plus anciennement connue depuis que l’évêque GODESCALC s’est rendu à Compostelle en l’an 950;
  • - la Via TOLOSANA ou route d’Arles ou encore route de Saint-Gilles ou route de Toulouse aussi appelée route de Provence, la plus méridionale des quatre, la Voie du SUD, parcourue dans les deux sens par ceux qui se rendaient à Compostelle, Rome ou Jérusalem;
  • - la Via LEMOVICENSIS ancrée sur la colline de Vézelay en Bourgogne s’étire en Limousin et en Aquitaine;
  • - la Via TURONENSIS reçoit les pèlerins du nord passant par Paris, Tours (sanctuaire de Saint-Martin) et traverse le Poitou.

Chacun d’eux recevait les pèlerins venus de l’Europe entière par différentes voies de ralliement appelées OBERSTRASSE ou NIEDERSTRASSE.

¨ les itinéraires, ou énumérations de localités, sont des « guides » composés par les pèlerins à partir du XIVème siècle :

l’itinéraire de Namur (1380), le récit du Sire de Caumont (vers 1417), le récit de deux voyageurs, les Frères Platter, à travers la France (XVIème siècle), le guide rédigé par un prêtre italien, Domenico LAFFI (publié en 1676), l’itinéraire de Senlis (1690) à l’usage des habitants de cette ville voulant se rendre en pèlerinage à Compostelle, ou encore les parcours de paysans, picards ou béarnais, se rendant en pèlerinage au XVIIIème siècle.
Ces récits, nombreux et plus détaillés, donnent des listes de localités à traverser au départ de Bruges, de Senlis, d’Avignon… jusqu’à Santiago de Compostelle.
Les usages des pèlerins ou les attitudes des riverains sont connus grâce à leurs témoignages.
Ils sont complétés par la connaissance des itinéraires des messageries et postes royales, par l’étude du réseau routier depuis l’antiquité ou encore par le repérage d’anciennes voies romaines. Le pèlerin fréquente les mêmes routes.
Grâce à cette compilation, l’historien peut retracer les voies de circulation les plus courues, les bretelles, les variantes, les écarts qui conduisent aux routes traditionnelles ou en distraient le cheminant. Mais, l’aboutissement se trouve toujours aux portes des cols pyrénéens.
Rocamadour, Saint-Gilles… possédaient leurs propres itinéraires d’accès, parcourus par les pèlerins et jalonnés d’étapes.

  • ¨ les cheminements, bretelles, routes secondaires… : tous les autres itinéraires qui au départ de telle ou telle localité les relient aux grands itinéraires et sont jalonnés d’hôpitaux, de chapelles dédiées au culte de l’apôtre, ou encore de traces pèlerines (testaments, sépultures de pèlerins…)
  • ¨ des routes maritimes conduisaient les pèlerins et les marchands scandinaves, flamands, néerlandais et anglais vers les côtes normandes, aquitaines ou galiciennes. Les italiens ou les croates débarquaient à Barcelone ou Tarragone.
  • ¨ Jusqu’à une époque récente, il n’y avait pas de cartes pratiques.

En 1520, une carte dessinée pour Charles Quint, la Carta Itineraria Europae, figure les tracés français et leurs prolongements : l’Oberstrasse et la Niederstrasse. La première carte synthétique est contemporaine, dressée en 1934 pour le Musée des Monuments Français et complétée par la suite grâce aux études des historiens et des érudits. Les cartes pratiques (échelle 1/25 000 ou 1/50 000) constituent une heureuse invention moderne. Mais, il en faut plusieurs pour couvrir l’ensemble d’un itinéraire : 29 cartes pour le Chemin d’Arles sur sa partie française.
Aujourd’hui, le progrès des connaissances permet de dresser des « cartes » illustrant les principaux itinéraires vers Compostelle et leurs variantes. Grâce à ces connaissances, les différents partenaires peuvent oeuvrer en faveur de leurs aménagements et de leurs animations.

AUJOURD’HUI… LA RENAISSANCE DES ANCIENS ITINERAIRES VERS COMPOSTELLE

Les itinéraires de pèlerinage vers Compostelle sont des parcours entre des sanctuaires conservant des reliques.
Ces lieux et leurs reliques sont de notoriété variable. Le pèlerin privilégie les uns au détriment d’autres. Ainsi, il enchaîne ses visites auprès des corps saints et accomplit son itinéraire. Les uns s’arrêtent, d’autres continuent vers Compostelle… Certains en reviendront. D’autres sont restés en Espagne et ont peuplé les terres et les villes nouvelles que les guerriers arrachaient aux royaumes musulmans d’Al Andalus.
Ces itinéraires ont variés dans le temps et l’espace. Pèlerins vers le sanctuaire local ou vers les grands sanctuaires lointains se sont mêlés sur les mêmes routes. C’est le pas du cheminant, pèlerin, touriste ou randonneur, qui, depuis le seuil familier, trace son itinéraire au gré de sa volonté et se rend vers tel ou tel lieu pour les raisons les plus variées.
Aujourd’hui, beaucoup croient trouver « le vrai chemin de Compostelle ». C’est une rançon du succès…

La présence d’une coquille sur un linteau de porte ou une sépulture dans une église, la dédicace d’une chapelle ou d’une église… constituent des indices d’appartenance à un itinéraire de pèlerinage. Ils ne sont pas suffisants. Il faut un ensemble d’indices qui permettent de présumer ou d’attester d’une fréquentation par des pèlerins traçant leur itinéraire de leurs pas. Les chercheurs étudient :

  • - le maillage de chemins locaux, la présence des lieux d’accueil avérés, la toponymie, la géographie
  • - la présence de reliques vénérées, d’hôpitaux, de ponts et de gués
  • - les témoignages, la comptabilité des hôpitaux et des abbayes, les sépultures conservés dans les services d’archives…

Les itinéraires étant par essence individuels, débutaient au seuil familier. Il n’y avait donc pas de point de rassemblement obligatoire, à la différence de l’usage actuel : les randonneurs se rendent en train, en voiture ou en avion au Puy-en-Velay, en Arles, à Vézelay ou à Tours… pour « faire le chemin ».
Toutefois, si le pèlerin médiéval rejoignait ses semblables en certains lieux pour « faire le chemin », c’était par souci de sécurité et d’entraide.
Le chemin est le support physique (route ou sentier) des itinéraires (trajets) suivis par tout un chacun. Il n’y a pas de chemin strictement « historique » car :

  • - un itinéraire suivi est affaire personnelle,
  • - le tracé des routes parcourues a évolué au fil de l’histoire (guerres, épidémies…) et au rythme de l’aménagement d’infrastructures nouvelles (ponts, bastides…).

« Historique » dépend donc de l’époque !.

Sur d’aussi longues distances et durant une aussi longue période (plus de mille ans), les chemins ont varié. Ces chemins étaient moins des routes ou des sentiers précis que des couloirs de circulation, des zones de passage sur des territoires. Le tracé des routes dans ces couloirs, ces zones de passage, connaissaient une fluctuation en fonction de la création d’une bastide ou d’un hébergement, de la construction d’un pont ou de l’insécurité d’une province… Parfois même, il peut y avoir discussion sur le rôle d’étape de telle ou telle localité.
Tracer avec exactitude le chemin entre deux étapes et dessiner une carte, c’est figer ce qui est dynamique, créatif, en évolution dans le temps de l’histoire et la géographie.

Aussi, il pourrait y avoir autant de « chemins de Compostelle » que de routes reliant campagnes et agglomérations. Il est illusoire de vouloir tous les rouvrir…

L’authenticité historique n’est donc pas dans le chemin mais dans l’étape. Une étape est attestée par la présence d’un accueil ou d’une dévotion ou d’un sanctuaire possédant des reliques, ou par la situation de passage obligé sur un axe naturel de circulation, ou par des témoignages qui attestent de d’un passage habituel. Les étapes, lieux d’échanges culturels et spirituels, peuvent être considérées comme « historiques ». Elles portent la mémoire de pierre de ces itinéraires. Les pèlerins convergent vers ces étapes. Entre deux étapes, le pèlerin d’hier fréquente les chemins en usage (anciennes voies romaines, gués ou nouveaux ponts, voirie entretenue par les pouvoirs civils ou religieux et fréquentée par les marchands, les artistes, les troupes armées…). Il emprunte les mêmes voies naturelles de circulation que celles des autres hommes au cours de l’histoire, depuis les celtes, les romains et jusqu’à notre époque…Ainsi qu’un historien a pu l’écrire, le chemin est comme une « corde qui vibre : il y a des points de passage nécessaires qui en constituent les noeuds et entre eux, se creusent des ventres plus ou moins importants ».

Nul ne peut ainsi prétendre se situer exactement, mètre après mètre, dans les pas des « millions de pèlerins »…
Mais l’essentiel n’est il pas dans ce qui est vécu !

Ces chemins ne furent jamais aussi bien décrits et presque figés sur un tracé précis que depuis leur réhabilitation comme sentier de Grande Randonnée (à partir des années 70). Aujourd’hui, la voirie parcourue par le pèlerin du Moyen Age est sous le goudron de nos routes. On y substitue les sentiers en pleine nature ouverts à la marche à pied. Mais, il en résulte des sinuosités et les écarts sont fréquents entre le sentier homologué en GR et un improbable itinéraire dit « historique ».

Si les parcours prennent des libertés, l’adaptation tient compte d’un souci de sécurité, d’agrément, de découverte des terroirs, des possibilités d’hospitalité, de l’histoire (étapes des pèlerins anciens, points de passage attestés, dévotions, monuments).

AUJOURD’HUI… CHOISIR SON ITINERAIRE EN FRANCE

Un itinéraire même dépourvu de balisage et d’organisation reste praticable !

Certains des itinéraires principaux sont ouverts, équipés (balisage, guides pratiques, hébergements en grand nombre) et fréquentés dans le cadre des sentiers de Grande Randonnée :

  • – la Voie du PUY-EN-VELAY (GR 65) ouverte depuis 1975 et en cours de prolongation jusqu’à Genève. Un itinéraire alternatif est en cours d’émergence au départ du PUY-EN-VELAY ou de CLERMONT-FERRAND en direction de ROCAMADOUR à travers le département du Cantal.
  • – la Voie d’ARLES-SAINT-GILLES ou Voie du Sud (GR 653) ouvert dans les années 80, en cours de requalification (travaux d’amélioration du sentier, création d’hébergements, développement des éditionspratiques et culturelles, formation…)
  • – depuis NAMUR (Belgique) jusqu’à VEZELAY (GR654)
  • – les voies transversales situées autour du sanctuaire de ROCAMADOUR, à l’écart entre les itinéraires du PUY EN-VELAY et de VEZELAY et traversant le Quercy et l’Agenais, sont rétablies entant que sentier de Grande Randonnée GR 652, GR 36, GR 46 et GR 6;
  • – enfin, plus localement, les chemins MONTOIS, ou voies d’accès au Mont Saint-Michel. Ailleurs en Normandie, les études sont en cours pour l’ouverture d’itinéraires.

D’autres voies piétonnes émergent progressivement grâce à l’action conjuguée de nombreux intervenants (communes, Conseils Généraux, associations, comités de randonnée) :

  • - la Voie de VEZELAY jusqu’à Saint-Jean Pied De Port : elle n’est pas ouverte en sentier GR. Un balisage discontinu comme Itinéraire Culturel y est implanté. Elle fait l’objet d’un guide pratique détaillé. Leshébergements y sont insuffisants.
  • - la Voie de TOURS : la requalification débute de manière originale, par l’édition d’un guide pratique synthétisant l’ensemble des contacts et des informations sur les patrimoines. Il n’y a pas de balisage commesentier GR.
  • - la Voie du PIEMONT PYRENEEN, souvent présentée comme une variante de la Voie d’Arles, dessert les vallées et les cols de franchissement des Pyrénées. Elle est un trait d’union symbolique des cols alpins et pyrénéens. Elle a fait l’objet d’un sentier balisé en Ariège (GR 78). Comme l’itinéraire de Tours, un premier guide pratique (2002) la présente dans son intégralité. A l’horizon 2004/2005, l’itinéraire devrait être relié à celui d’Arles et prolongé jusqu’à la frontière italienne. L’ouverture des passages vers l’Espagne par les vallées d’Aure et d’Ossau est actuellement l’objet de discussion au sein des collectivités et des actions ont été entreprises ou sont en attente de financement. La Vallée d’Aure fait l’objet d’un récent topo-guide.
  • - une liaison entre CONQUES (Voie du Puy) ou RODEZ vers TOULOUSE (Voie d’Arles-Saint-Gilles) par le Bas-Rouergue et le Tarn : aucun document disponible, aucun balisage ni accueil structuré. Repérage en cours.
  • - Plusieurs liaisons sont établies entre l’itinéraire d’Arles et l’itinéraire du Piémont Pyrénéen. Le nouveau sentier de Grande Randonnée (GR 86) relie Blagnac (ville voisine de Toulouse) par la vallée de la Garonne, à Saint-Bertrand de Comminges.
  • Un sentier de randonnée relie Maubourguet à Lourdes.
  • - la Voie REGORDANE du Puy-en-Velay jusqu’à Saint-Gilles du Gard : un des plus vieux axes de communication de France parcouru par les pèlerins circulant entre ces deux importants centres de pèlerinage au moyen âge. Bien étudiée, son développement marque le pas. Les informations pratiques ne sont accessibles que sur l’internet. Pas de balisage.
  • - la Voie du LITTORAL ou Voie des Anglais, qui court de Soulac en Gironde à Hendaye, n’est que partiellement balisée : en Gironde et pour les cyclistes. Les piétons sont invités à suivre ce balisage. Un dépliant descriptif a été édité.
  • - la bretelle reliant NARBONNE à Saint-Gervais sur Mare sur la Voie d’ARLES et passant par l’ancienne abbaye de FONCAUDE au coeur du vignoble languedocien : repérage réalisé. Ni balisage ni édition pour l’instant.

Pour ces itinéraires, ils peuvent n’être que partiellement ou pas balisés, peu ou mal dotés d’hébergements.
Certains ne font l’objet d’aucun guide pratique ou topo-guide complètement renseigné. Ainsi, ils impliquent des efforts particuliers d’information. Le goudron y est fréquent. Une solitude ouvre encore ces voies à l’esprit d’aventure et à une grande liberté d’organisation !

De nombreux sentiers de petite ou grande randonnée peuvent servir de liaison entre des itinéraires ou des régions situées à l’écart des itinéraires traditionnels et précités et faciliter ainsi la pérégrination depuis son domicile. Il n’est pas possible d’en rendre compte. Consulter la carte IGN des sentiers de randonnée ne France ou la FFRP et ses comités.

D’autres itinéraires encore font l’objet de travaux de repérage et d’édition de « guides » par des associations. Ces guides sont trop sommaires ou la requalification n’est pas assez engagée pour être signalés.

Tableau des distances d’après les guides pratiques les plus couramment utilisés

DÉPART

ARRIVÉE

Jours de marche

km

Arles

Santiago de Compostela

62

1588

Le Puy en Velay

Santiago de Compostela

62

1530

Tours

Santiago de Compostela

71

1691

Vézelay

Santiago de Compostela

62

1448

Narbonne

Santiago de Compostela

55

1314

Saint-Jean-Pied-de-Port

Puente-La-Reina

4

92

Col du Somport

Puente-La-Reina

6

158

Puente-La-Reina

Santiago de Compostela

29

699

Santiago de Compostela

Cap Finisterre

4

91

Source : chemins-compostelle

 

 

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Un commentaire pour “De la Voie Lactée aux sentiers vers Compostelle”
  1. rocher dit :

    “ Faire le chemin, c’est faire l’apprentissage de la porte étroite. Se dépouiller, partir, quitter ses proches, ses amis, ses biens, sa carte de visite, pour n’emmener que l’essentiel, six à huit kilos de nécessaire pour vivre au jour le jour. Au présent. Mais, pour bien vivre une telle expérience, il faut partir au moins trois semaines. C’est le temps qu’il faut pour abandonner ses peurs, et n’être plus qu’avec soi même ”
    Je veux dire, mais il y a rien à dire. Alors j’irais marcher et je dirais rien.

  2.  
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