Crise systémique : les solutions
Publié par Bouddha_Hindy dans : Analyse, Économie, Finance, Krach
Par Gilles Bonafi
KRACH : LE PIRE EST DEVANT NOUS !
Nouriel Roubini un des rares économistes avec Paul Jorion à avoir prédit le krach économique d’aujourd’hui annonce que le pire est devant nous ! Nous assistons en ce moment à un débat pitoyable pour savoir si nous sommes oui ou non en récession. En fait il ne s’agit ni d’une récession, ni d’un krach, mais d’une crise systémique. De quel système s’agit-il ?
Le fonctionnement de notre économie possède en effet deux tares majeures : la croissance perpétuelle et la création de la monnaie à partir de dettes.
I) La croissance perpétuelle
Kenneth Boulding, économiste affirme :
«Toute personne croyant qu’une croissance exponentielle peut continuer à l’infini dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste.»
Il est en effet impossible de continuer à produire des biens de façon croissante sans détruire la planète. Ainsi, certains écologistes devraient méditer sur le fait que c’est la façon dont fonctionne ce système économique qui est responsable de la destruction de notre environnement.
D’ailleurs Albert A. Bartlett, physicien en conclut :
«La plus grande déficience de la race humaine est notre incapacité à comprendre la fonction exponentielle.»
II) La création de la monnaie à partir de dettes
Les habitants de la planète sont persuadés que l’on crée de la monnaie à partir des dépôts et des placements. C’est faux ! Il existe une vérité qui doit être révélée : l’argent est créé à partir de la dette.
Graham F. Towers, gouverneur de la Banque du Canada de 1934 à 1954 a dit :
«Chaque fois qu’une banque fait un prêt, un nouveau crédit bancaire est créé. De l’argent tout neuf.»
Maurice Allais, Prix Nobel de Sciences Économiques (1988) affirme :
«Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents.
John Kenneth Galbraith, économiste :
Le procédé par lequel les banques créent de l’argent est tellement simple que l’esprit en est dégoûté.
Donc, sans dette, pas d’argent, et sans argent, pas de dette. La crise des subprimes a d’ailleurs posé un problème fondamental puisque les crédits n’étaient pas honorés.
Lorsque l’on analyse le krach actuel sous cet angle, tout s’éclaire. Une économie fonctionnant sur la dette est contraire à l’évolution de l’espèce humaine car elle génère non seulement du malheur, mais, de plus, elle détruit la planète en l’obligeant à créer de la croissance.
Ainsi donc, tout est lié, et nous assistons aujourd’hui à la fin d’un système, avec en point d’orgue, la cessation de paiement (hyperinflation) des USA au deuxième trimestre 2009. La destruction du dollar est en cours et l’on devra remplacer cette monnaie par une autre (peut être l’Améro !
Cette crise systémique va générer de grands drames (chômage, fonds de pensions détruits, guerres, etc).
Nous sommes à la croisée des chemins et il n’existe malheureusement que 2 solutions.
Je reprends ainsi l’analyse d’Immanuel Wallerstein chercheur au département de sociologie de l’université de Yale, ex-président de l’Association internationale de sociologie :
Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l’impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd’hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d’influencer l’avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de prévoir quel modèle s’imposera finalement. Dans dix ans, on y verra peut-être plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau système aura émergé.
Je crois qu’il est tout aussi possible de voir s’installer un système d’exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif.
Ce qui est en cause ici, pour reprendre l’expression de Paul Jorion, c’est la survie de l’espèce. Nous avons l’opportunité historique de changer les choses et faire en sorte que cette forme d’esclavagisme cesse. Les élites par cupidité et faiblesse nous ont abandonnés, mais je sais qu’une grande partie d’entre elles ne veulent plus de ce fonctionnement stupide. Il faut donc que chaque citoyen et surtout ceux qui ont du pouvoir (Francs maçons, militaires, journalistes, religieux, etc) se lèvent et construisent un monde nouveau dans lequel l’homme, et non l’argent, retrouvera sa place.
Mahatma Gandhi nous a prévenus :
Vous participez à un système machiavélique de manière plus efficace en obéissant à ses ordres et décrets. Un tel système ne mérite pas l’allégeance. L’obéissance à ce système équivaut à s’associer à l’enfer. Une personne intelligente résistera de toute son âme à ce système diabolique.
LES SOLUTIONS
N°1 : l’euro
L’économie mondiale est entrée dans ce que je nomme la phase II. En effet, la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 avait déclenché le début de la plus grande crise économique de l’histoire humaine. Or, les gouvernements ont réagi en injectant des milliers de milliards de dollars ce qui a eu pour conséquence de ralentir pour quelques mois les effets destructeurs d’une crise systémique colossale.
Il ne manque plus que la défaillance d’une entreprise majeure (constructeurs automobiles US ou Citigroup par exemple) pour déclencher un tsunami qui sera autrement plus violent qu’en septembre. Celà se produira bientôt.
En effet, la plupart des états sont en faillite (USA, Royaume-Uni, France, etc) ce qui peut être illustré par cette phrase du gouverneur de la banque centrale de Lettonie : « L’économie lettone est en état de mort clinique et nous n’avons que trois ou quatre minutes pour la ranimer. » (Figaro du 2 février).
Pour les USA le WorldNetDaily (mercredi 28 janvier) annonçait que « La Californie ne sera plus en mesure de régler ses factures à partir du 1er février. » ce que j’avais annoncé en septembre 2008.
Quant à notre pays, l’économiste Jean-Christophe Mounicq a déclaré le 10 février 2009 sur Reichman TV : »Beaucoup d’Etats, dont la France, vont faire faillite ! »
Nombreux sont ceux qui croient à la fin des Etats-Unis et du système capitaliste actuel et tous les spécialistes s’accordent aujourd’hui pour souligner la gravité de la situation mais personne ne donne de réponses pour en sortir. Il existe pourtant des solutions et, je vais ici analyser celles qui vont nous être proposées et qui ne résoudront pas le problème de fond.
I. L’Euro.
Le quotidien britannique The Daily Telegraph (12 février) affirme avoir consulté un document confidentiel de la Commission européenne qui évalue le montant total des « actifs toxiques » des banques européennes à 18000 milliards d’euros ! L’économiste et anthropologue Paul Jorion, visionnaire (il a été un des premiers à prédire la crise actuelle), avait d’ailleurs déclaré sur son blog, le 11 février 2009 :« Les pertes causées par les bulles financières quand elles éclatent dépassent désormais en taille la capacité d’absorption des États et le monde découvre les conséquences à long terme de la privatisation des profits alors que l’issue de secours si pratique autrefois de la collectivisation des pertes a disparu de l’horizon des possibles. »
D’ailleurs, il convient de mettre l’accent sur une information que peu de médias ont relayée : l’Allemagne qui désirait lever (emprunts d’Etat à 10 ans) mercredi 11 février, 6 milliards d’euros, n‘a reçu des investisseurs que 4,2 milliards. N’oublions pas que ces emprunts sont la source de financement de son plan de relance.
Stephen Jen (Morgan Stanley ) a ainsi déclaré récemment : « Le statut de l’euro comme monnaie de réserve internationale est remis en cause . »
The Daily Telegraph va plus loin et fait une déclaration fracassante : « Les ministres et les autorités de l’UE craignent que le gouffre qui se creuse puisse engendrer une spirale vicieuse capable d’emporter aussi bien l’euro que l’UE elle-même. »
De nombreux économistes mettent actuellement l’accent sur les dangers planant sur l’euro. Je rappelle que la BCE n’émet pas l’Euro. Ce sont les banques centrales nationales qui émettent la monnaie. Elles contrôlent donc leur dette nationale. Le système de l’euro est en effet instable (surtout en période de crise) à cause des divergences économiques au sein des différents pays de l’union européenne.
Le 3 février, l’économiste Jean Claude Werrebrouck dans son article (contreinfo) a brillamment résumé la situation :
« La solution serait, en Europe, de contourner la très dangereuse divergence croissante des taux d’intérêt sur la dette souveraine en mutualisant les risques. Ce contournement suppose la création d’une agence commune d’émission faisant disparaître les « spreads ». Mais cela suppose des stratégies de coopération interétatiques aboutissants à des règles contraignantes pour les Etats menacés de dépôt de bilan. »
A vrai dire, cette idée n’est pas nouvelle et l’on peut d’ailleurs remonter à Erik Robert Lindahl qui parlait dejà d’un trésor européen en 1930 et, en 1989, Carlo Ciampi (banquier et 10ème président de la République Italienne) avait fait une proposition qui désirait donner le monopole de l’émission de l’euro à la BCE (proposition Ciampi). Le rapport Lamfalussy (2004) avait été plus précis et démontrait la nécessité d’un régulateur unique. Un article récent de Bruegel (think tank oeuvrant pour le développement économique de l’europe) parle ainsi de la création d’un régulateur financier unique en Europe.
Or, l’urgence de la situation nous oblige à créer une « structure de défaisance » nous permettant de racheter les créances douteuses ce qui est pour le moment impossible car nous ne possédons pas un trésor européen. Ceci est confirmé par Anton Brender, chef économiste de la banque Dexia : « Il faut quelqu’un qui achète les dettes, or, même à l’échelle de la zone euro, il n’existe pas de Trésor commun. Voilà toute l’ambiguïté de l’Union monétaire européenne. Elle est dotée d’une même monnaie, mais la Banque centrale européenne ne dispose d’aucune autorité en matière prudentielle vis-à-vis des banques ». Source : Le Figaro.fr du 24 09 08. Plus récemment, l’économiste Michel Aglietta a démontré que le système de l’euro était fragile car il ne pouvait pas (contrairement à la FED) se positionner comme prêteur central en dernier ressort car la BCE n’émettait pas l’euro et possédait peu de fonds propres.
Pourtant, la mise en place de ce trésor européen a toujours été perçue comme politiquement irréalisable. M. Maurice Blin avait ainsi souligné l’impossibilité de créer une autorité internationale unique, chargée de la régulation financière. Source : Bienvenue au Sénat (rapport d’information du mercredi 22 mars 2000).
Mais, peu à peu, l’ampleur de la crise a modifié les points de vue. Ainsi, Christian de Boissieu, Professeur d’économie à l’Université de Paris I et Président du Conseil d’Analyse économique auprès du Premier Ministre a ainsi déclaré :
« Du point de vue de la gouvernance, cette crise est apparue comme un nouveau défi pour une Europe en manque d’institutions politiques. » Nicolas Sarkozy a par ailleurs, devant le Parlement de Strasbourg, appelé, « à la lumière de la crise financière », à la création d’un « gouvernement économique clairement identifié » dans la zone euro, travaillant aux côtés de la Banque centrale européenne. Source : Le Point.fr (21/10/2008).
Nous le voyons donc, contrairement à ce que pensent certains, l’Europe sortira renforcée par cette crise car elle se dotera d’une BCE renforcée ayant le monopole de l’émission de l’euro, de fonds propres (création d’un impôt européen), d’un trésor européen, d’un « gouvernement économique » mais surtout s’élargira.
En effet, les pays indépendants comme le Royaume-Uni et la Suisse n’auront pas d’autres choix que d’intégrer la zone euro.
Jean-Pierre Jouyet directeur du Trésor au ministère des finances (de 2000 à 2004) a d’ailleurs affirmé le 21 octobre 2008 :
« Soit la Grande-Bretagne reste à côté et la zone euro avancera, avec un maximum de coopération avec les Britanniques. Soit, lorsque les conditions seront réunies, elle rejoindra la zone euro. Celle-ci en serait alors plus forte pour affronter les défis de la régulation économique et financière. »
Les conditions sont aujourd’hui réunies car le Royaume-Uni est ruiné et sa devise s’effondre de jour en jour.
Quant à la Suisse, l’on peut résumer son problème à une expression « too big to save » car UBS et Crédit Suisse, ses deux principales banques possèdent des bilans de 3000 milliards de dollars soit 10 fois le PIB du pays. L’euro sera là aussi la seule planche de salut. Je n’aborde même pas le problème de l’Irlande qui a littéralement « un revolver sur la tempe » et ratifiera le traité de Lisbonne pour s’en sortir.
Voilà, les adeptes de la « démondialisation » seront déçus ainsi que ceux qui pensaient pouvoir profiter de la crise pour changer ce système. Dans mon prochain article (N°2) je démontrerai de façon précise comment les autres pays seront obligés de s’intégrer dans des pôles continentaux (North American Union pour les USA par exemple) et surtout comment, face à la dislocation du système monétaire actuel, sera créée la nouvelle monnaie globale qui sera totalement déconnectée des états-nations.
Il reste cependant quelques esprits brillants comme Paul Jorion qui ont compris que cette crise est le révélateur de problèmes structurels plus importants. Il va falloir ainsi s’interroger sur notre système économique basé sur la consommation à partir de dettes qui détruit notre planète et l’humanité qui est en nous.
La grande crise actuelle est surtout celle de l’esprit, une faillite intellectuelle majeure car nous sommes face à des problèmes (surpopulation, pollution, problèmes de l’eau, captation des richesses par quelques « seigneurs financiers ») que seule « une constitution pour l’économie » qui implique des changements radicaux pourra résoudre.
La sagesse des anciens peut nous éclairer, comme cette phrase de Sitting Bull, grand chef des sioux :
“Après que le dernier arbre aura été coupé, après que la dernière rivière aura été empoisonnée, après que le dernier poisson aura été attrapé, alors seulement vous vous rendrez compte que l’argent ne peut être mangé.”
N°2 : des monnaies continentales
Dans mon article Crise systémique : les solutions (n°1 : l’euro), j’ai tenté d’expliquer les solutions qui seront apportées dans le cadre européen :
- stabilisation de la monnaie européenne avec une BCE ayant le monopole de l’émission de l’euro.
- création d’un trésor européen permettant de mettre en place une structure de défaisance permettant de sauver les banques.
- création d’un gouvernement économique, ce qui répond à la célèbre boutade de Kissinger : « l’Europe, quel numéro de téléphone ? ».
- intégration des pays en difficultés (Royaume-Uni et Suisse).
Je n’avais pas, volontairement, abordé le problème de l’Europe centrale et orientale qui va donc être étudié ici.
La crise systémique actuelle va ainsi totalement bouleverser le monde en détruisant les monnaies nationales et donc par conséquence, les états-nations, ce qui peut être illustré par cette phrase essentielle de Paul Jorion (sur son blog du 11 février 2009) : « Les pertes causées par les bulles financières quand elles éclatent dépassent désormais en taille la capacité d’absorption des États. »
Face à la crise, les différents pays du monde n’auront en effet qu’une seule solution, s’associer au sein d’unions continentales et mettre en place de nouvelles monnaies communes. Nous assistons donc, et cela va être analysé ici, à la mise en place accélérée de ce que certains nomment « le nouvel ordre mondial ».
I. Les pays d’Europe de l’Est.
Ils sont en ce moment, au cœur de l’actualité. Ainsi, mardi 17 février, les agences Moody’s et Standard & Poors ont indiqué que la crise en « Europe de l’Est » pourrait provoquer des problèmes aux banques occidentales qui ont prêté 1500 milliards de dollars (chiffre avancé par le rapport de Morgan Stanley). Moody’s prévoit donc de baisser la note des banques exposées sur l’Europe de l’Est. Source : Bloomberg, dimanche 22 février.
En effet, la plupart des emprunts réalisés sont accordés en Franc-Suisse (60% pour la Hongrie selon la Banque Nationale Suisse) ce qui pose un problème gigantesque car les monnaies nationales s’effondrant, les remboursements explosent (plus de 30% en Roumanie par exemple).
La BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement) évalue un volume de défaillance qui devrait atteindre 10% ! Or, selon le quotidien « Le Monde » du 14 février 2009 : « Engagée à hauteur de 230 milliards d’euros, l’Autriche est le premier investisseur européen de la région ».
Le quotidien Der Standard de Vienne a d’ailleurs déclaré : « Un taux de défaillance de 10% conduirait à l’effondrement du secteur financier autrichien ».
Mais, au-delà du problème Autrichien, nous assistons dans cette région à la destruction des monnaies nationales.
Le zloty polonais a ainsi perdu 36% de sa valeur depuis juillet, le forint hongrois 25% et la couronne tchèque près de 22% (Source : La Presse Affaire du 23 février 2009). Les économistes de la banque Dresner ont ainsi déclaré « les devises d’Europe de l’Est sont engluées dans une spirale de dépréciation », et « pour l’euro, c’est une bombe à retardement ». Source : Le Monde du 21 février 2009.
Je n’hésite pas à l’écrire ici, ces monnaies sont condamnées et seront remplacées par l’euro car il n’y a pas d’autres alternatives. Ceci est d’ailleurs confirmé par les discussions du gouvernement polonais concernant le taux de change ERM-2 qui est surnommé l’anti-chambre de l’Euro.
Nous allons de plus assister à une redistribution géopolitique de la région car une partie des pays de l’Est ne se tourneront pas vers l’Europe mais vers la Russie au sein de la CEEA.
II. La CEEA
La Communauté économique eurasienne est une organisation internationale de coopération économique qui a été créée en 2000. Elle est l’organisation économique de la CEI (regroupant 11 anciens pays du bloc soviétique) dont la Russie et la Biélorussie sont les acteurs principaux. Or, le 3 février, a eu lieu une réunion au Kremlin au cours de laquelle la création d’une monnaie unique : le rouble, ainsi que d’un espace économique commun ont été débattus. (Source : Courrier International du 4 février 2009).
Un fond anticrise de 10 milliards de dollars a par ailleurs été créé. Le quotidien Vremia Novosteï a souligné l’importance de ce sommet en déclarant qu’il mettait en place : « Quelque chose comme l’OTAN et le FMI sous l’égide russe ».
Le ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine a affirmé : « nous aidons nos plus proches pays qui ne peuvent tellement compter sur l’assistance d’autres Etats. La Russie ressent sa grande responsabilité dans l’espace de la CEI et en premier lieu de la Communauté économique eurasiatique (CEEA) ». Nous le voyons, cette crise est en train d’accélérer la coopération autour de la Russie. Le Kazakhstan, la Biélorussie, le Kirghizstan, l’Arménie, et le Tadjikistan sont déjà soutenus et un prêt à l’Ukraine ne saurait tarder.
Les conséquences géopolitiques de la crise sont énormes. La Russie profite ainsi de la fragilité économique des USA pour renforcer son hégémonie et seule la Géorgie reste pour le moment la chasse gardée américaine. N’oublions pas que les USA doivent évacuer la grande base de Manas (Kirghizistan) et désirent donc s’installer en Géorgie afin de conserver une présence dans le Caucase du Sud.
Certains déclareront que la Russie ne pourra pas aider ses voisins car sa monnaie, le rouble est en difficulté. Elle a ainsi dépensé plus de 36% de ses réserves de change pour défendre sa monnaie. (Source : Contreinfo du 21 février 2009).
Or, il faut le rappeler, le cours du rouble dépend étroitement du cours du baril de pétrole (qui est au plus bas actuellement à 40 dollars). Il existe cependant un sauveur providentiel pour la Russie : la guerre. En effet, Benyamin Netanyahou a dit : « Quand je formerai le nouveau gouvernement israélien, nous ferons ce que nous avons fait par le passé avec le réacteur de Saddam, ce qui nous a rapporté 20 ans de tranquilité. » Source Norman Salomon (antiwar) le 7 janvier 2006. Sans parler d’Avidgor Lieberman qui a insisté sur le fait que « l’Iran était l’ennemi public numéro 1 ».Source : Jerusalem Post du 10 février 2009.
Fin janvier, 3000 tonnes de munitions (ce qui est totalement inhabituel) envoyées par les USA sont arrivées en Israël. Reuters a ainsi affirmé le 10 janvier 2009 que « ce genre d’affrètement vers Israël est rare. »
Le cours du baril explosera alors bien au-delà des 150 dollars, un scénario idéal pour le rouble !
La guerre en Iran (et plus tard au Pakistan) aura donc pour effet de « sauver » l’économie russe, un paradoxe (ordo ab chaos).
Nous le voyons ici, le lien entre la guerre et l’économie est direct. Il va falloir, et je le répète à chacun de mes articles, créer ce que Paul Jorion nomme « une constitution pour l’économie » qui nous préserve des monstruosités à venir.
Dans mon prochain article (n°3), je me pencherai sur le cas de l’Asie et surtout des Etats-Unis, tout un programme !
En conclusion, il est toujours intéressant d’avoir un regard extérieur sur ce que nous sommes et ce regard-là est impitoyable.
« Fort étrangement, ils ont dans l’esprit la volonté de cultiver le sol, et l’amour de posséder est chez eux une maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins. Ils défigurent la terre avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme le torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage. » (Sitting Bull grand chef des sioux)
N°3 : un nouveau dollar
Dans mes articles (n°1 et 2), je me suis attaché à démontrer que la crise actuelle ne pourrait pas avoir de solution économique. Elle nécessite en effet une réponse politique forte (une réponse insuffisante sera choisie), capable de bouleverser de fond en comble les structures monétaires et étatiques actuelles.
Henri Guaino conseiller spécial de Nicolas Sarkozy a ainsi déclaré :
« Si les experts ont du mal à imaginer un autre monde que celui dans lequel ils ont vécu, les responsables politiques sont davantage conscients de la nécessité du changement. Pour refonder le capitalisme, ils doivent imposer des solutions non pas techniques mais politiques. » Source : Le Monde du 17 février 2009.
J’ai ainsi pointé du doigt le fait qu’au final, les grands ensembles continentaux sortiraient renforcés au détriment des nations. Ma réflexion s’était surtout focalisée sur l’Europe (l’euro) et le bloc euro-asiatique (CEEA). L’objectif sera ici de tenter de vous éclairer sur les solutions qui seront apportées en Asie dans le cadre de l’ASEAN et surtout aux USA.
I. L’ASEAN
Le 14ème sommet de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est créée en 1967 comprenant : Indonésie, Malaisie, les Philippines, Singapour, Thaïlande, Brunei, Viêt Nam, Laos, Myanmar et Cambodge) confirme ce que j’affirme depuis des mois.
En effet, au-delà du fond d’entraide de 120 milliards de dollars (comme prévu par les accords de Chiang Mai), il convient de noter son élargissement en créant une zone de libre échange avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie. De plus, la décision de créer une communauté économique (sur le modèle européen) a été confirmée (charte de l’ASEAN de décembre 2008). Source : AFP du 01 mars 2009.
N’oublions pas que cette communauté économique comprendra la Chine (accords de 2001 et déclaration de Dunhuang de septembre 2004). Source CCTV.Com du 28 février 2009. L’Inde, ayant pour principal partenaire commercial les pays d’Asie de l’Est, désire aussi intégrer l’ASEAN.
D’ailleurs, un prochain sommet doit avoir lieu (10 et 12 avril 2009) entre l’ASEAN et ses partenaires qui sont : la Nouvelle-Zélande, l’Australie, la Corée du Sud, l’Inde, le Japon et la Chine. Source : XINHUA du 28 février 2009.
L’élargissement et le renforcement d’AFTA (accord de libre-échange opérationnel depuis le 01 janvier 2003) seront au programme. Nous le voyons donc, la crise va rapprocher les pays d’Asie sinistrés par la crise économique en cours et nous aurons très prochainement un grand pôle asiatique avec une monnaie unique.
Robert Mundell, économiste, inventeur de la théorie des « zones monétaires optimales » (et partisan d’une monnaie mondiale) a donné son analyse à l’université Nankai de Tianjin en juin 2002. Il a déclaré que l’Asie devrait créer une organisation de monnaie unifiée, le dollar asiatique, qui devrait être établi au plus tôt, et que la Chine pourrait jouer le premier rôle dans cette organisation.
En effet, en mars 2006, la Banque asiatique de développement (ADB) a annoncé l’idée d’une monnaie asiatique commune virtuelle : l’ACU (Asian currency Unit). N’oublions pas que sa valeur serait calculée à partir de la valeur moyenne (une « monnaie panier ») des principaux pays d’Asie (Chine, Corée du Sud, Japon et membres de l’ASEAN). Je vous rappelle au passage que l’ECU (unité monétaire européenne) est devenu l’euro et nous aurons là aussi un glissement d’une monnaie virtuelle vers une monnaie réelle. Bruno Jetin, économiste à Institut de recherche pour le développement (IRD, France) possède la même analyse et déclare : « Ces progrès rendent encore plus nécessaire la création d’une monnaie asiatique commune voire unique à l’instar de l’écu puis de l’euro. » Source : Le Réseau Asie du 01 juillet 2008.
Il existe cependant des preuves plus flagrantes de la montée en puissance de cette communauté asiatique. En effet, le 14 janvier 2009, la France a nommé Philippe Zeller ambassadeur auprès du secrétariat de l’ASEAN (le Royaume-Uni, la Chine et les USA ont eux aussi nommé des ambassadeurs).
Sur le site officiel du gouvernement, on peut d’ailleurs lire la déclaration de la présidence au nom de l’Union européenne :
« L’Union européenne se félicite de l’entrée en vigueur (15 décembre 2008) de la Charte de l’ASEAN. Ce texte, qui définit un nouveau cadre institutionnel, marque une étape importante dans le processus d’intégration régionale en Asie du Sud-Est. » Source : diplomatie.gouv.
N’oublions pas qu’elle représentera un marché de plus de 2 milliards de personnes et surtout, sera la première puissance économique mondiale.
Ainsi, les états, qui ne sont plus capables d’assumer seuls les coûts faramineux de la crise, sont obligés de s’intégrer au sein d’unions continentales. Il en sera de même pour les USA qui devront s’associer avec le Mexique et le Canada dans le cadre de l’Union Nord Américaine (North American Union).
II. La NAU (North American Union).
J’avais, il y a quelques mois, déjà abordé le sujet de la NAU. Je vais ici en retracer l’historique.
L’histoire de l’unification du continent nord-américain débute en 1912, dans un ouvrage intitulé « Philip Dru administrateur » écrit par le conseiller du président Wilson, le colonel House.
1er janvier 1994 est signé l’Aléna, un traité créant une zone de libre-échange entre les trois pays d’Amérique du Nord : le Mexique, les Etats-Unis et le Canada.
Henry A. Kissinger, dans le Los Angeles Times du 18 juillet 1993 (p. M2) avait d’ailleurs déclaré :
« L’ALENA sera l’avancée la plus constructive vers un nouvel ordre mondial faite par un groupe de pays depuis la fin de la guerre froide, et le premier pas vers une vision encore plus large de la zone de libre-échange pour l’hémisphère ouest… L’ALENA n’est pas un accord commercial traditionnel mais l’architecture d’un nouveau système international. »
- Septembre 1999, l’économiste canadien G. Herbert Grubel publie un livre intitulé « The Case for Amero » qui reprend la même idée et annonce même une monnaie unique pour les trois pays : l’Améro.
- Août 2001, les choses se précisent lorsque Robert A. Pastor écrit « Toward North american community ». Dans cet ouvrage, il s’agit de créer une entité politique avec une monnaie unique qui remplacerait le dollar américain, le peso et le dollar canadien.
- Le 23 mars 2005 est signé à Waco, au Texas, le Partenariat pour la sécurité et la prospérité (PSP) dans le cadre de l’ALENA, de facto l’acte de naissance officieux de la NAU. Il existe des preuves de la création de cette nouvelle communauté que vous pouvez trouver sur le site du CFR (Council on Foreign Relations). Il suffit de cliquer sur « Publication type », ensuite « Task force reports » et vous trouverez 2 documents : Creating a North American Community et Building a North American Community. Comme vous pouvez le constater, je n’avance rien au hasard.
Face à l’ampleur de la crise, les USA n’ont plus le choix et doivent accélérer le processus d’intégration du continent nord américain et surtout changer de monnaie. Un petit tour d’horizon de la situation économique américaine permettra de mieux cerner le problème. Le PIB US a ainsi chuté de 6,2% au quatrième trimestre 2008 et « les statistiques publiées jusqu’ici pour le premier trimestre (2009) montrent que nous sommes partis pour un autre film d’horreur », résume Rob Carnell, de la banque ING. Source : Libération.fr du 28 février 2009.
Je rappelle que le dernier chiffre du nombre de chômeurs indemnisés (26 février) dénombre 5 112 000 personnes auquel il faut ajouter les 650 000 chômeurs du seul mois de février. Nous aurons donc au mieux, 8 000 000 de personnes indemnisées fin juin. Et cela ne concerne que les chiffres officiels qui, nous le savons tous, sont inexacts et largement sous-évalués.
Pour rappel, la Maison Blanche a réalisé son budget sur une prévision de chute du PIB de 1,2% et il faudra donc trouver, si tout va bien, 700 milliards de dollars supplémentaires. Or, je le rappelle, le PIB des USA devrait baisser de plus de 10 % en 2009 (le PIB des USA a chuté de 9% de 1929 à 1930) ce qui équivaudrait à créer « ex nihilo » 1400 milliards de dollars. Ceci n’a pas été comptabilisé par Paul Craig Roberts (économiste et sous secrétaire au trésor dans l’administration Reagan) qui déclarait le 3 mars sur Contreinfo : « Les mesures économiques de Bush et Obama totalisent 1 600 milliards de dollars, et chaque dollar devra être emprunté, sans que personne ne sache où. Cette somme gigantesque va compromettre la valeur de la devise américaine, son rôle en tant que monnaie de réserve, la capacité du gouvernement des États-Unis d’honorer sa dette, ainsi que le niveau des prix. »
N’oublions pas que les ventes d’automobiles se sont totalement effondrées aux USA. Ford a ainsi enregistré une baisse de 48% de ses ventes en février, Chrysler 44 % et General Motors 52,9 %.
D’ailleurs, le compte à rebours a commencé pour General Motors et Chrysler qui devraient se déclarer très bientôt en faillite. Ce sera alors le krach ultime (la plus grosse faillite de tous les temps) qui entraînera la bourse et le chômage vers des profondeurs abyssales ce que démontrent différentes études, évaluant entre 2 et 3 millions le nombre de chômeurs supplémentaires (qu’il faudra ajouter aux 8 millions du mois de juin).
Mais, le plus inquiétant concerne le versement des pensions. Raymond Van der Putten a ainsi démontré que le système US de retraite ne pouvait faire face à une crise économique majeure. Source : « La crise du système de retraite américain », BNP Paribas Conjoncture, janvier 2007.
La Pension Benefit Guarantee Corporation (PBGC) qui a déjà un déficit de 13 milliards de dollars (évaluation de la cour des comptes américaines : GAO) devra garantir les pensions de millions d’américains, ce qui lui est impossible. Par exemple, General Motors doit verser 12,3 milliards de dollars pour les retraites avant 2014 (source : Moneynews.com du 6 mars 2009). L’état devra là aussi intervenir pour éviter l’effondrement de son système de retraite.
Je vous invite de plus à consulter le rapport explosif (tout va mal !) du GAO de janvier 2008 dont voici le lien : rapport GAO du 17 janvier 2008.
Le gouvernement fédéral devra aussi aider ses états dont la plupart sont au bord de la faillite (Californie par exemple).
De plus, le LEAP/E2020 évalue à 10 000 milliards de dollars les « actifs fantômes » des banques que le gouvernement US devra « éponger ».
Lorsque l’on additionne l’ensemble des dépenses supplémentaires qui devront être effectuées on se trouve donc très loin des 5000 milliards de l’économiste Nouriel Roubini. Le dollar ne survivra pas à cette épreuve (hyperinflation) et sa chute démarrera bientôt. Les USA changeront alors de monnaie, s’associeront avec le Canada et le Mexique. Une nouvelle devise apparaîtra (dollar nord américain ou améro) qui sera fortement dévaluée par rapport au dollar US (peut être un rapport de 1 à 1O) et qui permettra d’effacer les dettes.
Barack Obama aura ainsi raison car « L’Amérique sortira plus forte de la crise » et comme le phoenix (son emblème) renaîtra de ses cendres.
Nous assistons donc à un vaste remodelage du monde. Je n’ai pas parlé de l’Amérique du Sud, qui, pourtant, suivra le même chemin de l’unité dans le cadre du Mercosur avec là aussi une monnaie unique. L’Afrique, quant à elle, mettra plus de temps à s’unifier au sein de l’Union Africaine. Il reste bien évidemment le problème du Proche-Orient, un problème qui sera bientôt résolu par un conflit gigantesque : la troisième guerre mondiale qui permettra de redistribuer les cartes. N’oublions pas que l’Union Européenne est directement issue du second conflit mondial (Ordo ab Chao).
Dans mon quatrième et dernier article, j’étudierai les bouleversements qui seront apportés à notre système monétaire. Des changements fondamentaux qui vous surprendront à plus d’un titre et qui mélangeront monnaies locales, monnaies continentales et surtout monnaie mondiale.
En conclusion, j’ai démontré que la crise actuelle détruit les monnaies nationales et donc par voie de conséquence, les Etats-nations qui se retrouvent dans l’obligation de s’intégrer à de grands ensembles continentaux. Pourtant, toutes ces réformes ne résoudront pas les problèmes fondamentaux : la concentration du capital (les 250 plus riches possèdent autant que les 2,5 milliards les plus pauvres), la destruction de notre planète par notre société de consommation et la surpopulation.
La destruction des retraites (15 millions de Britanniques n’auront que le minimum versé par l’état, soit 540 livres sterling) et le chômage de masse perdureront. Partout, la protection sociale reculera et se soigner deviendra un luxe. Quant à notre liberté, elle risque fort de disparaître au profit d’états de plus en plus sécuritaires.
L’idée de Paul Jorion de créer une nouvelle « constitution pour l’économie » s’impose donc. Je laisse ici ces pensées remarquables de Raoul Vaneigem (« Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l’opportunité de s’en défaire ») :
« A l’heure où la faillite de l’économie comme système de survie frappe de dérision tant d’efforts investis dans la rage de gagner plus, d’être le meilleur, de posséder davantage, peut-être un revirement d’attitude est-il prévisible, peut-être l’opiniâtreté mise à se délabrer dans le travail va-t-elle redécouvrir la création des êtres, des choses, de l’environnement comme plaisir d’exister ?
L’économie propage ainsi la subversion mieux et plus vite qu’une horde d’agitateurs spécialisés. Il suffit de jeter un regard sur les vitrines spectaculaires où la société exhibe les modèles de sa respectabilité et de son infamie ; il n’y traîne plus guère que des spécimens défraîchis de rois, prêtres, papes, policiers, militaires, noblions, bourgeois, bureaucrates, prolétaires, riches, miséreux, exploiteurs, exploités… et l’on a peine à croire qu’autour de tels magots s’élevèrent, il n’y a pas si longtemps, les ardeurs de la haine et de l’admiration. Jamais une époque n’a été à ce point soldée à des prix défiant toute concurrence. »
N°4 : régions et monnaies complémentaires
Ce jour là Paul Jorion annonçait sur son blog que c’était « la fin du capitalisme », les analystes de la banque Standard Chartered ont intitulé une note : « le jour où le dollar est mort » et Alan Ruskin, analyste chez RBS, déclarait : « Nous sommes témoins de la chute de Rome ».
Face à l’ampleur de la crise, des experts de plus en plus nombreux, avancent l’idée que l’Europe et les USA risquent l’éclatement. J’ai démontré par ailleurs que de grands pôles continentaux (ASEAN, CEI, North American Union) sont en train d’émerger. Cela peut paraître contradictoire et pourtant ces deux phénomènes auront lieu. Nous assistons donc à la fin des nations avec l’apparition de grands ensembles qui auront pour échelon administratif les régions. Les monnaies nationales peu à peu seront remplacées par des monnaies complémentaires.
La région, nouvel échelon administratif.
Peu d’experts ont compris l’importance du rapport Balladur sur les régions et surtout sa pertinence en pleine crise systémique. Pourtant, il est au cœur des solutions qui vont être apportées. Pour comprendre, il faut remonter en 1966.
En effet, Herbert Marshall McLuhan, philosophe, sociologue, spécialiste des médias et conseiller du vatican écrit à cette époque là un livre fondamental « War and Peace in the global Village » publié en 1967 et qui signe l’acte de naissance d’un nouveau concept : le glocal. (wikipédia doit modifier sa base de donnée sur le glocal). Un monde bouleversé par les nouvelles technologies.
Le glocal est en effet un mélange de global et de local qui sera l’architecture fondamentale du nouvel ordre mondial avec d’un côté, les continents (dans un premier temps car eux aussi disparaîtront), de l’autre, des régions et de grands pôles urbains. Le sociologue Blaise Galland a d’ailleurs démontré le bouleversement majeur des technologies de l’information et l’impact économique qu’elles provoquent au niveau de l’aménagement du territoire. Il a déclaré :
« le processus double par lequel la ville se décharge de sa fonction de production, d’échange et de traitement de l’information en la déplaçant dans le cyberespace, tout en développant, conséquemment, de nouvelles formes d’organisations socio-spatiales au niveau local. »
Je suis d’ailleurs surpris que personne n’étudie le krach sous l’angle des nouvelles technologies qui sont en train de bouleverser la « vieille économie ».
L’information est en effet fondamentale et elle possède une part de responsabilité majeure dans la crise actuelle car elle a permis d’accélérer les flux financiers de façon colossale et sur l’ensemble de la planète (crise mondiale). L’information, qui évolue de façon exponentielle pose ainsi le problème du contrôle, un contrôle totalement défaillant que certains ont appelé « la crise de la régulation » et que l’on va tenter de résoudre en renforçant les structures du FMI.
Bernard Lietaer, économiste, spécialiste des monnaies (il a écrit « The Future of Money »), membre du club de Rome et surtout un des créateurs de l’euro a d’ailleurs brillamment étudié les liens existants entre information et économie. Pour lui, « Tout système complexe en forme de réseau, comme sont les écosystèmes, les organismes vivants, et les économies peut être perçu comme des systèmes de flux de matière, énergie et d’information. » Je vais d’ailleurs démontrer que le rapport Balladur et les travaux de Lietaer sont intimement liés.
Je vous invite à vous procurer le livre blanc de Bernard Lietaer intitulé « Toutes les options pour gérer une crise bancaire systémique » que vous pouvez télécharger en pdf car c’est un document fondamental.
Bernard Lietaer, ainsi, pense que le fonctionnement en réseau de l’économie doit reposer sur les régions. Il a d’ailleurs écrit « Pour une Europe des Régions : les Régions, compléments nécessaires à l’Euro », (Paris : Fondation Mayer, 2008).
La même idée se retrouve dans le rapport Balladur qui déclare à la page 10 (rapport Balladur : Il est temps de décider) :
« L’échelon régional est apparu au Comité comme le mieux adapté aux conditions nouvelles de la compétitivité étant observé, au surplus, qu’il existe un consensus européen sur l’importance du niveau régional dans les politiques de développement. » Les régions vont de plus en plus se retrouver seules face à des Etats-nations ruinés. Par ailleurs les articles 2 et 3 de la Charte européenne de l’autonomie locale précisent :
« l’autonomie locale doit être reconnu dans la législation interne » et que « par autonomie locale, on entend le droit et la capacité effective pour les collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, sous leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part effective des affaires publiques »
Bernard Lietaer, lui, va plus loin : « Une décision importante de la part des gouvernements sera de permettre aux villes et aux gouvernements locaux de choisir eux – mêmes les monnaies complémentaires qu’il leur semble intéressant d’encourager en les acceptant en paiement de taxes de la ville ou de l’état. » ( Livre blanc p 28).
Vous avez bien lu, les villes et les régions pourront créer des monnaies complémentaires. Certains pensent que cela est impossible et pourtant des expériences fonctionnent un peu partout comme en Suisse (WIR), ou en Allemagne (Chiemagauer).
En 1971 Jaime Lerner, le maire de Curitiba au Brésil a créé une monnaie sous forme de jeton de bus que les gens gagnaient en ramassant les ordures ce qui a permis à cette ville d’être une des plus prospère du Brésil. Jean-François Noubel parle même de monnaies libres qui permettraient un troisième niveau d’organisation économique dont la clé serait le travail collaboratif (comme Wikipédia par exemple).
Bernard Lietaer propose ainsi de créer des systèmes « Business-to-Business (B2B) » au niveau des entreprises (livre blanc p 27).
Ceci n’est pas une hypothèse mais une réalité que Guerman Sterligov homme d’affaires russe est en train d’exploiter. Il a mis en place, dans toutes les grandes capitales (il a investi des millions d’euros dans ce projet à Londres, Paris, Bruxelles, Hongkong) un centre anticrise qui permet aux entreprises d’organiser des paiements à base de troc. Il a ainsi déclaré :
« Adieu argent, crédit, taux d’intérêt… Le système capitaliste a atteint ses limites, il faut trouver de nouvelles règles du jeu », « Il ne s’agit pas seulement de troc mais d’un nouveau système de paiement, d’une nouvelle comptabilité. » (Le Monde du 11.03.09).
La réalité dépasse la fiction et prouve que la crise systémique actuelle est bien plus grave que celle de 1929.
Face à l’ampleur du désastre économique, certains pourtant se posent la question de savoir si cette « régionalisation » du monde ne se fera pas dans la violence. Igor Panarin, ancien analyste du KGB, spécialiste des USA qui enseigne aux futurs diplomates de la Russie a déclaré en décembre 2008 qu’il y aurait une guerre civile aux USA. Le LEAP / E2020 a d’ailleurs repris la même analyse. Pour Panarin, la guerre civile démarrerait à l’automne 2009, et en juin 2010, le pays serait divisé en 6 blocs. Sergueï Rogov directeur de l’Institut des études américaines et canadiennes pense que ce scénario est probable. RIA Novosti du 24.11.2008.
Le 13 mars, Chuck Norris a ainsi organisé une rencontre des délégués de centaines de groupes armés texans pour discuter d’une éventuelle sécession du Texas. Face aux risques de guerre civile la FEMA a rapatrié un bataillon de l’armée US qui était en poste en Irak pour le déployer sur le sol US. (Source : Army news).
Nathan Freier professeur au US Army War College, la principale institution de formation de l’armée pour les futurs officiers, conseiller et expert de politiques et d’analyse à la sécurité et à la défense a d’ailleurs rédigé un rapport qui met l’accent sur les risques de guerre civile aux USA (pages 31, 32 et 33 : www.strategicstudiesinstitute.army.mil/pdffiles/PUB890.pdf)
Quoi qu’il en soit l’Union nord américaine du Canada et des USA est déjà une réalité et les régions (états désunis) qui seront créées par la violence ou sans violence s’intègreront au sein de cette union.
N’oublions pas que le 27 novembre 2006, la Chambre des communes du Canada a reconnu que le Québec formait une « nation » au sein du Canada. Vous pouvez d’ailleurs trouver des cartes du Canada sur les sites officiels comprenant 5 régions : Le Canada atlantique, le Nord, l’Ontario, l’Ouest canadien et le Québec. Nous aurons donc une North American Union organisée dans un premier temps autour d’une dizaine de régions et qui intègrera le Mexique plus tard.
En ce qui nous concerne, nous assistons au même phénomène et le rapport Balladur qui prévoit dans sa proposition numéro 1 de « favoriser les regroupements volontaires de régions et la modification de leurs limites territoriales pour en réduire le nombre à une quinzaine » n’est qu’un épisode local qui se répètera partout en Europe.
Nous sommes en train de changer de monde et pourtant pour reprendre la célèbre formule du Comte de Lampedusa : « il faut que tout change pour que rien ne change ». En effet, toutes ces réformes ne résoudront pas les problèmes fondamentaux d’un système économique obsolète. Francis Neri (spécialiste de l’éducation, de la formation et du conseil, Président de l’Institut Européen de socialisation et d’éducation) a pourtant dit l’essentiel : « Les crises : économique, sociale, écologique, énergétique, des matières premières, alimentaires, sont inter reliées et l’on ne peut considérer l’une sans se préoccuper des autres. »
Il faut donc analyser le problème dans sa globalité et à différents niveaux.
- Le premier niveau d’analyse, celui de la finance et de la titrisation a déjà été abondamment débattu.
- Le deuxième niveau qui sera l’objet de ma prochaine étude (n°5 : une monnaie mondiale) car malheureusement, nos dirigeants sont incapables d’aller plus loin (ils servent le système), concerne le problème de notre système monétaire dont le pilier (le dollar) est en train de s’effondrer.
- Le troisième niveau concerne l’adaptation de notre système économique aux nouvelles technologies de l’information qui détruisent les emplois par millions. Une réflexion profonde doit être engagée sur la notion de travail (le chômage explose) qui est ne l’oublions pas une invention tardive de l’homme. Les tribus dites « primitives » estiment que c’est une aberration. Smohalla, chef indien Sokulls déclarait : « Mes jeunes gens ne travailleront jamais. Les hommes qui travaillent ne peuvent rêver. Et la sagesse nous vient des rêves. »
- Le quatrième niveau concerne l’énergie. La fin du pétrole est programmée et nous n’avons encore pas trouvé d’alternatives valables. Or, il faut le rappeler, toute notre économie repose sur cette énergie encore bon marché et facile d’utilisation (mais polluante).
- Le cinquième niveau concerne le capitalisme lui-même qui est basé sur la consommation à partir de dettes. Un système totalement injuste que les plus grands économistes américains comme John Maynard Keynes ont critiqué : « nous commençons à le mépriser. » (L’autosuffisance nationale, 1933).
- Le sixième niveau concerne la démocratie et notre liberté qui sont en danger. Par accumulation du capital (l’argent appelle l’argent), une petite poignée d’hommes finissent par avoir la réalité du pouvoir. J. K. Galbraith économiste et conseiller des présidents Roosevelt et Kennedy nous a pourtant mis en garde :
« En fait, il peut n’y avoir qu’un ou quelques vendeurs assez puissants et persuasifs pour déterminer ce que les gens achètent, mangent et boivent ». Source : « Les nouveaux mensonges du capitalisme » Publié dans le Nouvel Observateur (4/11/05) Interview de John Kenneth Galbraith par François Armanet.
- Le septième niveau concerne l’écocide que provoque notre système économique (Un écocide est un acte de destruction d’un écosystème, notamment par l’exploitation excessive de celui-ci).Certains parlent même d’écophagie. Je signale au passage que l’eau potable, élément essentiel de la vie commence à manquer.
Au final nos élites « s’efforcent de réduire notre malheur plutôt que de construire notre bonheur » pour reprendre la célèbre phrase de Bernard Weber et nous avons, nous intellectuels, un rôle majeur à jouer. La crise systémique actuelle est une opportunité unique pour changer de monde, mais il faut tout d’abord changer nous-mêmes et nous remettre en question.
« Le boulot des intellectuels du courant dominant, c’est de servir en quelque sorte de « clergé laïque », de s’assurer du maintien de la foi doctrinale. Si vous remontez à une époque où l’Église dominait, c’est ce que faisait le clergé : c’étaient eux qui guettaient et traquaient l’hérésie. Et lorsque les sociétés sont devenues plus laïques [...], les mêmes contrôles sont restés nécessaires : les institutions devaient continuer à se défendre, après tout, et si elles ne pouvaient pas le faire en brûlant les gens sur le bûcher [...], il leur fallait trouver d’autres moyens. Petit à petit, cette responsabilité a été transférée vers la classe intellectuelle – être les gardiens de la vérité politique sacrée, des hommes de main en quelque sorte. » (Comprendre le pouvoir, deuxième mouvement, Noam Chomsky éd. éditions Aden, 2006, p. 187)
N°5 : une constitution pour l’économie
On peut lire actuellement dans l’ensemble de la presse que l’économie mondiale redémarre, que la crise est sur le point de s’achever. C’est faux et voici pourquoi.
Abderrahmane MEBTOUL, expert international et surtout un des plus grands économiste d’Algérie a déclaré : « de l’avis de tous, la crise actuelle est la pire que le monde ait connu depuis la grande dépression avec une perte en sous capitalisation, évaluée par le FMI, fin février 2009, à 52.000 milliards de dollars. »
Face aux catastrophes à venir, il a d’ailleurs lancé un appel, afin de mettre en place une cellule de crise en Algérie.
Selon l’agence Bloomberg, l’ensemble des dépenses, prêts et garanties offerts par l’Etat américain atteignent désormais les 12.800 milliards de dollars (PIB des USA : 14 000 milliards). Boursier.com 31/03/2009.
L’OCC (Office of the Controler of the Currency), l’agence de tutelle des banques Us a publié un rapport explosif (avril 2009).
On apprend ainsi que la situation des prêts immobiliers est devenue incontrôlable avec 10 % de défaillances et surtout 694 056 procédures de saisies en cours au 4ème trimestre 2008. Vous pouvez d’ailleurs avoir le résumé de ces chiffres en consultant le tableau page 13 du rapport dont voici le lien : http://www.occ.treas.gov/ftp/release/2009-37a.pdf.
Le département du Commerce a signalé que les mises en chantier ont chuté de 10,8% (510 000 au mois de mars) aux USA et que le nombre de permis de construire a reculé de 9% (513.000). Source : Le Figaro.fr du 16/04/2009.
Les 1000 milliards de dollars du G20 ont donc déjà été dépensés et je ne parle même pas de la faillite prochaine de General Motors et Chrysler (que j’avais annoncée l’année dernière).
Heureusement, il y a Robert Reich, ancien ministre du travail de Bill Clinton qui s’est « réveillé » le 3 avril et a indiqué sur son blog que la crise actuelle était comme en 1929 « une dépression » . Ouf, nous sommes sauvés !
Bernard Lietaer (qui a mis en place l’euro et spécialiste des questions monétaires) avait donné une image exacte de l’ampleur de la crise aux USA, dans son livre blanc en novembre 2008 :
« L’opération de sauvetage américaine coûtera plus que la somme de toutes les activités historiques suivantes du gouvernement américain, ajustée pour l’inflation : prix de l’achat de la Louisiane, le New Deal et le Plan Marshall, les guerres de Corée, du Vietnam, la débâcle de S&L, la NASA et la course à lune réunis. »
Face à cette pyramide de problèmes nos gouvernements mettent en place des solutions provisoires qui n’auront pour effet que d’aggraver encore plus la situation. Quelles sont ces solutions :
- le « bidouillage » de la comptabilité des banques.
– différer l’échéance fatale des prêts immobiliers aux USA.
– développer l’émission de DTS (droits de tirage spéciaux).
I. « Magouilles » comptables et prêts immobiliers US
Le 02 avril, en plein G20, les USA ont changé leurs normes comptables ce qui va permettre d’après Robert Willens, un ancien directeur de Lehman Brothers Holdings Inc. d’améliorer le bilan des banques de 20 %. Un « miracle » a donc eu lieu qui permet désormais aux entreprises financières de fixer elles-mêmes le prix de leurs produits financiers (car il n’y a plus d’acheteurs) et tout cela sous la contrainte et les menaces. Arthur Levitt, ancien président de la SEC a dit :
« ce qui me perturbe le plus à propos de l’initiative de la FASB (l’organisme qui fixe les règles en matière de comptabilité, à l’origine de la nouvelle réglementation) est qu’elle semble résulter de menaces indignes de membres du Congrès, qui sont redevables à des représentants d’entreprises ».Source : Bloomberg du 29 mars 2009 : « Mark-to-Market Lobby Buoys Bank Profits 20% as FASB May Say Yes ».
En Europe, Christine Lagarde (ministre de l’économie) indique « qu’il faut quand même que tout le monde soit placé sur un pied d’égalité », et donc, dans la liesse générale, les ministres européens des Finances réunis à Prague ont « appelé l’IASB (Bureau des standards comptables internationaux) à coopérer étroitement avec le FASB (américain) pour répondre immédiatement à ces problèmes. » Nous aurons ainsi droit nous aussi à notre « bidouillage » comptable. Nous vivons décidément une époque formidable.
En ce qui concerne les prêts immobiliers US nous assistons au même phénomène. Je l’ai indiqué ci-dessus, 10 % des prêts immobiliers US ne sont pas remboursés. On renégocie donc à tour de bras et on retarde l’échéance qui sera fatale car la majeure partie de ces emprunteurs sont insolvables et la situation s’aggrave de jour en jour avec le chômage. D’ailleurs, un américain sur dix reçoit une aide en bons d’alimentation (Reuters du vendredi 3 avril) et 5,1 millions d’emplois ont été détruits depuis le début de la récession selon le journal Le Monde du vendredi 3 avril. C’est vrai, tout va bien ! Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez consulter l’excellent article de Paul Jorion du 12 avril (sur son blog) intitulé La reprise aux États–Unis (non, je plaisante).
En conclusion de cette première partie, je reprends les propos de Paul Krugman, prix nobel d’économie : « J’ai l’impression qu’elle [l’administration, ndlr] ne cherche qu’à gagner du temps au lieu d’admettre la réalité des pertes essuyées par les banques et de faire ce qui est nécessaire pour nettoyer ce foutoir. »
Il ose même une phrase digne d’un théoricien du complot : « Le problème est que nous avons une administration qui va chercher conseil chez ceux qui ont créé cette crise ». Source : Libération.fr du 15 avril 2009.
Au-delà de ce déni de réalité, nous nous apercevons que nos dirigeants sont face au problème de notre système monétaire dont le pilier (le dollar) est en train de s’effondrer et tentent d’apporter des solutions que le G 20 a concrétisé en développant les DTS. Lorsque je lis certaines études sur la crise systémique actuelle, je suis stupéfait du manque de profondeur de certaines analyses. Ainsi, étudier le krach actuel en se focalisant sur les « dysfonctionnements » de la finance revient à donner une vision parcellaire du problème.
En effet, il faut l’analyser dans sa globalité et notamment sur le plan monétaire.
La destruction du dollar en cours pose un problème fondamental au monde. En effet, quelle sera la monnaie de référence des échanges mondiaux ? Ainsi, cette crise est une crise systémique car, sur le plan strictement économique, nous assistons à la faillite de notre système monétaire. De nombreux économistes ont une vision étroite du krach actuel et désignent la finance comme seule responsable de nos malheurs. Or, certains commencent à aborder le problème structurel que pose notre système monétaire. Il est temps de faire un petit rappel historique.
II. Analyse de la crise et DTS
En juillet 1944, les USA imposaient au monde le dollar comme monnaie de référence. C’était la mise en place de la charte monétaire dite de Bretton Woods. Or, il faut le rappeler, le dollar était à l’époque convertible en or (35 dollars l’once). Jacques Rueff, économiste, et surtout clairvoyant, avait alors déclaré que c’était pour le monde « le secret d’un déficit sans larmes. »
Puis, par étapes successives, le dollar a cessé d’être convertible en or (1971), pire encore, il est devenu « flottant » (1973), c’est-à-dire déconnecté de toute réalité économique. D’ailleurs, John Connally, secrétaire au trésor, déclarait en 1971 : « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème. »
Cerise sur le gâteau, on a abandonné le système de change fixe par les accords de Kingston de janvier 1976 (les plantes jamaïcaines peut-être !).
Georges Pompidou qui a travaillé à la banque Rothschild de 1954 à 1962 (donc un spécialiste des questions monétaires) avait à l’époque donné un bon aperçu de la situation :
« il n’y a pas de système monétaire international valable sans parités fixes ». Nous nous sommes donc peu à peu acheminés vers un « non système monétaire ». Une étude récente de la banque mondiale a ainsi démontré que nous avons eu 176 crises monétaires depuis 1971.
Comment les USA ont-ils pu maintenir ce système si longtemps ? Par la violence, bien sûr. Thomas Friedman, conseiller spécial de la secrétaire d’État Madeleine Albright sous l’administration Clinton, avait été très explicite :
« La main cachée qui tire les ficelles du marché a besoin d’un poing caché pour être efficace. McDonald’s ne saurait prospérer sans McDonnell Douglas… Et le poing caché qui assure un monde propice au développement des technologies de la Silicon Valley, c’est l’armée, les forces aériennes, la Marine et le Marine Corps américains ». Source : Thomas Friedman, The Lexus and the Olive Tree : Understanding Globalization, Farrar, Strauss and Giroux, New York, 1999, p. 373.
C’est d’ailleurs lui qui a promu les taux de change flottants en 1953 dans son article « The Case for Flexible Exchange Rates ». Il affirmait à l’époque qu’il fallait laisser les marchés déterminer la valeur des monnaies nationales. Cette vision anarcho-capitaliste de l’économie s’est diffusée partout dans le monde grâce à l’école de Chicago mais surtout au travers de la Société du Mont-Pèlerin (étrange pèlerinage !). Pascal Salin, ancien président de cette société, économiste et philosophe écrivait à l’époque : « Dans une période où le marxisme et l’interventionnisme étatique dominaient les esprits, Friedman a joué, à contre-courant, un rôle absolument irremplaçable. » Irremplaçable en effet car il a contribué à détruire l’économie mondiale après 176 crises monétaires !
Ceux qui recherchent les coupables, feraient mieux de regarder de ce côté. L’idéologie libertarienne a été une catastrophe que nous payons très cher aujourd’hui. Karl Popper, qui a participé à la création de la société du Mont- Pèlerin prosélyte de l’ultra libéralisme, savait très bien ce qu’il faisait : « La liberté, si elle est illimitée, conduit à son contraire ; car si elle n’est pas protégée et restreinte par la loi, la liberté conduit nécessairement à la tyrannie du plus fort sur le plus faible. » Karl Popper « La société ouverte », ch.12, section 2.
Face au vide institutionnel, la finance a donc pris le dessus et la valeur de chaque monnaie a été déterminée par les marchés, une application directe des idées libertariennes de Milton Friedman qui a d’ailleurs obtenu un prix Nobel d’économie en 1976.
D’ailleurs, James D Grant membre du CFR dans une discussion avec Paul Volcker (directeur du conseil pour la reconstruction économique) et Lawrence Summers (responsable actuel du conseil économique d’Obama), le 23 mai 2007, a dit : « le dollar est basé sur la foi, nous émettons 850 milliards de dollar par an… Donc quelqu’un pense-t-il que c’est …(inaudible) ». J’aime beaucoup la censure discrète (inaudible !). Nous sommes au mois de mai 2007 et ils savent que le système va dans le mur. Pour ceux qui comprennent l’anglais, un pur bijou ! Source : http://www.cfr.org/publication/13468/bretton_woods_ii.html.
Nous connaissons la suite, une montagne de dette pour soutenir les USA, ce qui s’apparente à une taxe impériale, et nous avons laissé « circuler 1000 fois plus d’argent qu’il n’existe d’actifs sous-jacents » comme l’affirme Pierre Pascalon dans son étude pour l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques :« Il faut un véritable Bretton Woods II »).
Or, le 18 mars (« le jour où le dollar est mort », pour reprendre la célèbre phrase des analystes de la banque Standard Chartered) la FED (banque centrale US) a décidé de racheter des bons du trésor, ce qui revient à monétiser la dette.
Igor Panarin ancien expert des USA au KGB enfonce le clou en déclarant : « Le dollar n’est garanti par rien. » Le journal russe Izvestia affirme quant à lui : « La dette étrangère du pays a grandi comme une avalanche ; c’est une pyramide, qui doit s’effondrer. » Source : Bloomberg.com du 25 novembre 2008.
Nous le voyons, notre système monétaire basé sur le dollar n’est plus viable.
Le problème de la monnaie est donc au cœur de cette crise et vous avez remarqué que j’insiste lourdement sur ce point car les solutions qui seront « trouvées » seront d’ordre monétaire. J’ai expliqué dans mes quatre précédents articles que les monnaies nationales étaient en phase avancée de destruction (dollar, livre sterling par exemple) et que de nouvelles monnaies continentales (dollar nord-américain, Acu pour l’Asie, Sucre pour l’Amérique du sud, l’Arabo lancé par le Conseil de Coopération du Golfe), virtuelles dans un premier temps, étaient en train de naître. Ainsi, nous assistons à la destruction des nations écartelées entre de grands pôles continentaux d’une part et des régions d’autre part. Des monnaies complémentaires apparaissent comme les comptes Hour gérés par la Bank of Ithaca dans l’état de New York par exemple. Le dollar s’effondre donc et avec lui l’Empire US car le cœur économique du monde s’est déplacé vers l’Asie (Chine et Inde).
Le 19 février, le quotidien du peuple (People’s Daily) annonçait que « la Chine autorisait les pays en déficit commercial avec elle à produire des obligations en yuans (et non en dollars). »
Elle a de plus signé un accord avec l’Argentine lui permettant de payer en yuan et « a conclu des accords d’échange de devises d’une valeur totale de 95 milliards de dollars, avec la Malaisie, la Corée du Sud, Hong Kong, la Biélorussie, l’Indonésie, et maintenant l’ Argentine ». Source : China Economic Review du 31 Mars 2009.
L’AFP, le 26 mars, a affirmé « qu’un groupe d’experts de l’ONU dirigé par l’économiste américain Joseph Stiglitz a préconisé un nouveau système monétaire international pour remplacer l’actuel, basé sur le dollar. Un nouveau système monétaire international, ressemblant à des droits de tirage spéciaux (DTS) très élargis » La Chine a enfoncé le clou en proposant que les droits de tirage spéciaux (DTS ou SDR en anglais) puissent jouer le rôle « de monnaie de réserve supra- souveraine. »
Georges Soros a confirmé : « la monnaie américaine pourrait finalement être remplacée comme devise mondiale de réserve, éventuellement par les Droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international ». Source : Reuters le 06 avril 2009.
Les DTS ont été créés en 1966 par le FMI en complément des réserves officielles des pays membres, c’est un droit qui permet de « tirer » des devises. Les DTS sont déterminés en fonction d’un panier de valeur de 4 monnaies : le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling. Il manque donc le yuan et le rouble.
Or, le 28 mars 2009, l’agence Reuters nous apprend que « la Russie est favorable à une extension du droit de tirage spécial (DTS) du Fonds monétaire international afin qu’il inclue le rouble, le yuan et l’or. » Ceci est dans le droit fil des propositions chinoises et confirmé par le Quotidien du peuple du samedi 11 avril.
Certains parlent même d’élargir le système à d’autres monnaies comme Arkadi Dvorkovitch, conseiller économique au Kremlin. Il faut cependant rappeler que le fonctionnement des droits de tirage spéciaux pose problème car il va falloir fixer de nouvelles quotités des monnaies qui constituent un DTS. Voici par exemple le panier de devises composant un DTS en octobre 2005 (Wikipédia) : 0,5770 USD – 0,4260 EUR – 21,000 JPY – 0,0984 GBP.
Les quotités dépendent des quotes-parts des membres et vous l’avez deviné, les USA sont majoritaires avec 16, 77% des voix. Que va-t-il se passer lorsque la Russie et la Chine entreront dans le système ? Il faut rappeler que de par son fonctionnement, le droit de tirage spécial favorise celui qui fournit les liquidités et, je vous le rappelle, les USA sont ruinés (ils devront fournir 100 milliards de dollar pour le plan de relance du G20). La Chine devrait donc logiquement devenir un acteur majeur de cet instrument monétaire.
De plus, il s’agit d’un crédit et il faudra donc payer des intérêts .D’ailleurs, face aux besoins croissants de liquidités et la défaillance prochaine de nombreux états il est à craindre que le FMI ne laisse se développer les droits de tirage de manière anarchique. De nouveaux emprunts obligataires libellés en DTS apparaîtront, du crédit pour résoudre la crise du crédit, ubuesque.
Ce système est appelé à être provisoire et comme l’Ecu, monnaie virtuelle qui s’est transformée en euro, nous aurons dans un premier temps des monnaies continentales (Sucre, Acu, etc) qui deviendront réelles pour, au final, être regroupées au sein d’une monnaie unique mondiale dont plusieurs noms circulent (Global, Phoenix, Terra). Je désirais écrire un article au sujet de la monnaie mondiale (prochain opus) mais l’actualité des DTS a pris le dessus.
Voilà, j’espère vous avoir éclairé sur le fonctionnement de notre pauvre petite planète. Il manque cependant une analyse, et ce sera ma conclusion.
J’ai été très surpris de ce qui a été écrit concernant l’arrestation de Bernard Madoff. Il a d’ailleurs été très étonné lui-même des accusations de monstre lancées contre lui. Sa ligne de défense est simple et elle devrait vous en dire long sur notre système économique. Il a ainsi déclaré que l’économie mondiale était une vaste pyramide de Ponzi et qu’il ne comprenait pas pourquoi il devenait le bouc émissaire d’un système alors qu’il en était le révélateur. Ce système qui fonctionne sur la dette et la captation par quelques-uns de l’essentiel des intérêts impose au fil des ans d’élargir la base de crédit. Et, lorsque l’on commence à prêter à des gens qui ne peuvent rembourser (les pauvres), le système s’écroule. Voilà, c’est aussi simple et stupide que cela. Le chômage va donc exploser, les retraites se transformeront en revenu minimum, la sécurité sociale sera réservée à quelques-uns. Dans les pays pauvres, on mourra de faim par millions.
La solution classique consiste à provoquer un gros conflit mondial, en attisant les haines, ce qui permet de se débarrasser des chômeurs et des stocks d’armes et ensuite de reconstruire. J’invite d’ailleurs ceux qui tiennent des propos virulents envers Israël ou les arabes à avoir en tête cet axe d’analyse. Le sentiment diffus que quelque chose de très grave est en préparation est omniprésent. Il reste cependant un petit espoir. Paul Jorion, sur son blog, réfléchit à l’élaboration d’une constitution pour l’économie qui se ferait sur le net et accessible par tous. J’invite donc ceux qui peuvent nous aider concrètement à prendre contact avec lui afin de changer ce monde abominable car il est temps de nous prendre en charge.
Jean Guéhenno :« Nous rêvons une vie, nous en vivons une autre, mais celle que nous rêvons est la vraie. »
Source : legrandsoir




















































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Alléluia
Merci pour cet article très vaste.
J’dois digérer tout ça…
Portez vous bien!
Je fais suivre :
http://www.lespacearcenciel.com/amis-resistants-merci-de-signer-la-petition.html
Amitiés A+
L’humanité va devoir endurer ces ténèbres alors. Les regarder et les transmuter, ou refuser et se retrancher et aller vers son AUTODESTRUCTION, comme chaque être. Affronter ses propres ténèbres, se tenir droit alors que les vents les plus ténébreux souffleront. Ça va forger les caractères et bruler les faiblesses ou les renforcer.
Même si on a pu choisir d’œuvrer pour la lumière, rien n’est encore joué. Assumer sa propre lumière ça peut être dur à endurer.
Article intéressant, avec une fausse note sur l’argent dette. Les banques commerciales ne créent pas d’argent, c’est juste un effet de loupe comptable.
Le « glocal » fait partie de la solution en effet. Le global est inévitable a l’époque d’internet, avec bientôt l’arrivée des traducteurs universel, et puis la prise de conscience que nous ne sommes pas seul. Le global va bientôt prendre tout son sens.
Mais il devra être équilibré par un local d’autant plus fort : monnaie locale, autonomie locale, politique locale, lois locales. Cela permettra des échanges plus sains, un global plus fort.
Le dernier point essentiel, c’est la mise en place d’une démocratie participative (locale et globale), en tant que contre pouvoir des multinationales. Ce qui permettra de mettre fin aux entreprises qui ne devraient même plus avoir le droit d’exister telle que Monstanto.
Beaucoup d’autres choses vont être transformées, plus de gratuit, de collaboration, etc…
Mais il se peut aussi que nous « tombions » dans le capitalisme philantropique doublé d’une société de surveillance dictatoriale, sans véritable possibilité d’en sortir ensuite, sauf cataclysme naturel remettant les pendules a zéro.
Tu me donnes l’idée de partager un article découvert hier :
Argentine : les salariés redémarrent en coopérative des entreprises faillies
Exemple à garder en mémoire je pense …
Merci d’être dans le concret alors que je peux être très abstrait.
Faites sauter la banque -- Première partie
Cinq des plus grandes banques US sont détentrices de la majeure partie des actifs toxiques. Geithner, le secrétaire d’état américain aux finances, dont il convient de rappeller qu’il avait fraudé le fisc américain avant d’entrer en fonction, tente de dissimuler le fait que ces cinq banques sont les plus fragiles et les plus exposées, alors qu’il avait expliqué publiquement qu’il ne viendrait pas en aide aux banques les moins solides. Bien que des mécanismes de démentèlement de ces établissements soient prévus par la loi, Geithner tout comme Obama se refusent à y recourrir, retardant et aggravant tout à la fois les conséquences économiques de la faillite du système bancaire. Car c’est bien d’une liquidation en règle dont il faut parler, qui est clairement visible à la lecture du graphe du secteur bancaire.
Les plus grandes banques sont aussi les plus exposées au risque
Comme le rapporte globalresearch.ca, lorsque Geithner, le secrétaire d’état américain aux finances s’est expliqué à la télévision, il a déclaré qu’il ne ferait pas d’effort en faveur des banques les plus faibles, mais tenterait de renforcer le système bancaire en apportant une aide aux établissement les plus solides. Le secret de Geithner est que ce sont seulement quelques établissements bancaires, qui sont en fait les 5 plus grandes banques américaines (plus l’anglaise HSBC), détentrices de la presque totalité des actifs toxiques, qu’il essait de sauver, alors que ces banques sont en fait les plus faibles justement du fait de ces détentions.
Une exposition massive aux actifs pourris
Ces actifs toxiques, que Warren Buffet a qualifié d’armes de destruction financière massive, sont notamment des dérivés hors bilan, et tous les dérivés « OTC », dont font notamment partie les trop fameux CDS, pour Credit Default Swaps. Le montant de ces CDS, publié tous les trimestres n’est malheuresement pas encore mis-à-jour sur le site isda.org, et l’on est en droit de se demander si ce retard n’est pas, de fait, le résultat du souhait de camoufler une évolution dramatique depuis l’été dernier, alors que leur montant total s’était effondré de $5,6 trillions (5600 milliards) ou encore:
$5 600 000 000 000 000
soit environ 1/3 de la valeur du PIB des USA, au cours du premier semestre 2008:
Un mensonge sur le risque bancaire
En clair, la solidité des banques est fallacieusement présentée comme proportionnelle à leur taille selon le principe immuable du « Too big to fail », alors que la proposition devrait être inversée. Si ces banques doivent être sauvegardées, c’est parcequ’elle font partie du cartel de la Fed et qu’elles tiennent les rennes du gouvernement des Etats-Unis d’Amérique.
Les cinq banques en question détiennent 96% de tous les produits dérivés en valeur nominale, mais supportent également 81% de l’exposition totale nette au risque de crédit en cas de défaillance.
Ces cinq banques sont par ordre décroissant du montant des dérivés détenus:
Le sauvetage de AIG, qui a absorbé $180 milliards, a surtout servi à honorer les engagements des CDS d’AIG vis-à-vis de ses contreparties: Goldman Sachs, Citibank, JP Morgan Chase et Bank of America. Ces cinqs institutions s’imaginent à ce jour être tellement importantes qu’elles sont en mesure de dicter la politique économique du gouvernement fédéral des Etats-Unis.
La solution existe pourtant
Il existe pourtant une loi qui permettrait de s’affranchir du problème d’insolvabilité des banques, et qui consisterait à les mettre sous administration judiciaire, afin d’effectuer un audit qui permettrait de faire le tri dans les actifs et le passif de ces établissements. La direction irresponsable est renvoyée, les actionnaires sont spoliés, puis les banques sont fractionnées en des unités plus petites, qui peuvent ensuite être revendues le jour ou elles deviennent rentables. Le pouvoir qu’on ces banques à exercé un chantage sur le pays, et l’économie toute entière, serait ainsi réduit de manière significative.
Le sauvetage des banques aggrave le problème
Selon F. William Engdahl, c’est précisemment ce que Geithner tente d’éviter par tous les moyens, alors que le cancer financier est concentré au sein de ces cinq banques, et qu’il est impératif de l’isoler afin que son hôte, l’économie réelle, puisse se rétablir. Chaque heure perdue par l’administration Obama à mettre cette procédure en application a un coût énorme pour l’économie mondiale, avec un effet boule de neige qui s’amplifiera au fur et à mesure que les pertes sur les dérivés hors bilan s’aggraveront.
Cette évolution programmée aura pour conséquences toujours plus de faillites d’entreprises, de défaillances hypothécaires, et une hausse ininterrompue du chomâge, alors qu’elle est la conséquence de la politique délibéremment conduite par Geithner et le président Obama, qu’ils aient ou non pris le temps de saisir ce que leur décisions implique.
Une liquidation en règle
Pour prendre la mesure des problèmes qui pèsent sur le système bancaire, on ne peut que constater la différence dans l’évolution de son indice de référence, avec celui d’un indice majeur large comme par exemple le SP500:
On peut donc conclure que les évolutions du SP500 (c’est-à-dire des indices en général) suivent des règles graphiques conventionnelles. Ce n’est pas contre pas le cas des banques comme le reflète le Philadelphia Bank Index:
De manière tout à fait claire, la chute du secteur bancaire a tout les aspects d’un évènement techniquement imprévisible, mais qui prend graphiquement la forme de l’éclatement d’une bulle, ceci dans le cadre d’une liquidation en règle du secteur. La cause de cet effondrement ne peut donc qu’être fondamentalement inhérente au système, dont les problèmes sont loin d’être résolus.
Le système financier mondial court un risque majeur
Le secteur bancaire ne doit actuellement son salut qu’aux interventions monétaires massives des organismes financiers étatiques, dont les actions ne suffisent même plus à masquer l’étendue du problème, puisqu’elles en sont à permettre aux banques commerciales des manipulations à grande échelle des marchés financiers et de ceux des métaux précieux, comme nous le verrons dans deux articles que je publierai Dimanche 26 et Lundi 27 Avril. Ces diverses interventions ne pourront que retarder une inéluctable issue. Nous terminerons cette série par un article au sujet du « stress test », le test de résistance à la crise des banques, Mardi 28 Avril.
Nicolas, alias philippulus
Faites sauter la banque -- Seconde partie
Les manipulations boursières touchent l’ensemble du marché. Si la plupart des investisseurs espèrent que la hausse actuelle des marchés permettrait d’entrevoir le début de la fin des problèmes économiques, il s’avère que la plupart des volumes traités sont issus de fonds quantiques, dont environ la moitié des volumes traités sur le marché du NYSE sont reliés aux programmes de trading de la banque commerciale Goldman Sachs. Hors volumes de ces fonds quantiques, les marchés montent dans le vide. Cette manipulation haussière des bourses mondiales n’aurait eu comme seule finalité que de permettre à Goldman Sachs de procéder à sa seconde augmentation de capital en sept mois. Pendant que les institutionnels, Goldman Sachs en tête, font monter les marchés dans le vide, les « insiders » vendent à tour de bras comme jamais depuis le début de la baisse des marchés. La fin de la suractivité des programmes de trading, qui pourrait coïncider avec la récente augmentation de capital de Goldman Sachs, pourrait être le prélude à un retournement brutal des marchés financiers.
Les fonds quantiques et Goldman Sachs font monter les marchés dans le vide
Deux articles récents de Zéro Hedge mettent en évidence que la hausse considérable des programmes de trading des grandes banques commerciales constituent l’essentiel des volumes traités sur les marchés dans la phase actuelle de rebond.
Un article très technique du 10 Avril fait le point sur les programmes de trading « quantiques » qui constituent la majeure partie des transactions sur les marchés financiers, très loin devant les achats ou les ventes des clients. Ces échanges s’effectuent à fréquence élevée sur de petit blocs négociés en permanence entre un nombre restreint de fonds quantiques et de programmes de trading. Selon l’auteur de l’article, cet apport de « liquidité » ayant pour but de fluidifer le marché est présenté comme une aberration de marché dans le cadre du « deleveraging » à grande échelle des programmes quantiques, dont l’issue sera un retournement brutal des marchés à échéance de quelques semaines tout au plus.
Dans un autre commentaire du 23 Avril, Zero Hedge montre que le programme de trading principal de Goldman Sachs représente, comme au cours des semaines précédentes, plus de cinq fois le nombre de titres négociés par ses clients privés et professionnels, tout en progressant de 150 millions de titres d’une semaine sur l’autre. La somme des volumes négociés par Goldman Sachs représente à lui seul plus la moitié du montant des programmes de toutes les entreprises membres du marché du NYSE.
S’il fallait une preuve de l’existence et de l’activité du « Plunge Protection Fund » (ou fonds de protection contre l’effondrement des marchés), il n’est guère utile de chercher plus loin.
Augmentation de capital de Goldman Sachs au bout de la hausse de Septembre
D’après Stacy-Mary Ishmael, ce rallye serait une maneouvre opérée par Goldman Sachs pour l’essentiel, dans le seul but de mener à bien une opération de recapitalisation récemment effectuée.
Comme le rapporte Les Echos, il s’avère que Goldman Sachs avait déjà réalisé une levée de fonds de 10 milliards de $ le 24 Septembre 2008, répartie entre une augmentation de capital de 5 milliards et le soutien financier de Warren Buffet pour le même montant. Le titre Goldman Sachs clôturait à $133 ce jour là, après avoir réalisé un point bas inférieur à 86 $ le 18 Septembre. Le titre s’est maintenue au niveau du prix de l’augmentation de capital pendant quelques jours avant de replonger pour s’enfoncer en dessous de 50$ le 21 Novembre.
On peut rappeller le commentaire de deux gérants de fonds relayés par les échos à cette date:
Dans le même temps, Buffet déclarait:
C’est par le biais de sa holding Berkshire Hathaway que Warren Buffet s’est porté acquéreur d’actions préférentielles de Goldman Sachs lui donnant accès à un dividende de 10 % contre l’attribution d’options lui permettant d’acheter 5 milliards de dollars d’actions à n’importe quel moment dans les cinq prochaines années, à 115 dollars par action.
D’ou viennent les profits de Goldman Sachs
Le 14 Avril, Goldman Sachs annonçait « des résultats bien supérieurs aux attentes, dégageant un bénéfice net de 1,81 milliard de $ au titre de son premier trimestre clos le 29 février après avoir avoir dégagé des revenus record sur les marchés de taux, des changes et des matières premières, comme le rapport La Tribune. Compte tenu de la contraction du crédit bancaire, ces résultats sont forcément issus des programmes quantiques de Goldman Sachs, la question qui se pose réellement étant de savoir à quelles contreparties ces profits ont été prélévés?
Une nouvelle augmentation de capital au bout d’une nouvelle hausse?
Mais en même temps que Goldman Sachs annonçait ses résultats, la banque déclarait avoir levé 5 milliards de dollars supplémentaires, dans le but affiché de rembourser l’aide reçue du gouvernement dans le cadre du TARP (le plan de sauvegarde des actifs toxiques).
Absence de participation des institutionnels mais aussi silence radio de Warren Buffet cette fois-ci, qui se fait diluer dans l’opération, comme l’explique Stacy-Mary Ishmael, qui considère également que cette nouvelle augmentation de capital est essentielle à Goldman Sachs pour se prévenir de pertes futures en raison d’une surévaluation considérable de ses actifs ou du prix de ses propres actions. Le prix de cette nouvelle augmentation de capital pourrait donc selon elle constituer la fin du rallye haussier sur les marchés.
Les insiders liquident leurs positions
Dans le même temps, les directeurs et insiders des sociétés américaines profitent de ce rallye haussier le plus puissant depuis 1938 pour se débarrasser de leurs titres au rythme le plus élevé depuis le début de ce marché baissier, comme le rapporte Bloomberg le 24 Avril. Ce communiqué vient confirmer le graphe suivant posté sur un forum de discussion canadien, bien que celui-ci ne soit ni commenté, ni daté:
Et si la fin du rallye était proche?
Lorsque ce rallye arrivera à son terme, la rechute a toutes les chances d’être violente, comme je l’exposais encore dans une précédente analyse. La récente augmentation de capital de Goldman Sachs a d’ailleurs peut-être déjà sonné le glas du rallye haussier.
Nicolas, alias philippulus
Tout à fait géniale cette synthèse!!
Très juste à mon sens … merci Bouddha-hindy
amitiés
@yoananda,
LA COMPTABILITE CREATIVE
La crise financière actuelle l’a démontré : les fonds propres du système bancaire sont largement insuffisants pour couvrir tous les engagements. Une alternative s’impose : soit on diminue ces engagements, soit on augmente les fonds propres. Partout, on tente de réaliser les deux à la fois. Sans trop de succès jusqu’à présent. Il est donc indispensable de trouver d’autres solutions, de préférence expéditives. Dans ce domaine, la créativité va bon train, surtout quand elle ne rencontre aucune critique.
Ainsi, quand il est apparu que les fonds propres des deux géants de la réassurance que sont Fannie Mae (Federal National Mortgage Association) et Freddie Mac (Federal Home Loan Mortgage), avant de les nationaliser, l’état leur a permis de considérer les arriérés de paiements comme acquis et ceci durant une période de deux ans. Après quoi, les deux firmes devront relever leurs provisions et considérer ces arriérés comme pure perte. Grâce à ce stratagème, Fannie Mae et Freddie Mac évitent de sombrer. Bien sûr, la mesure n’est que temporaire : dès 2010 les deux géants devront divulguer la véritable situation de leurs finances.
Puis, comme ce genre de magouille ne pouvait être généralisé, on a assoupli les règles comptables. Ce qui avant devait être estimé à la valeur marchande ou de remplacement, peut aujourd’hui être valorisé à un prix équitable. En clair, au pifomètre. Depuis, les banques s’en donnent à cœur joie et affichent des bénéfices mirobolants alors que l’économie s’effondre de toutes parts. De telles embellies comptables sont difficilement répétitives. A moins qu’on ait pris soin de ne pas embellir l’ensemble des actifs foireux en une fois. Il faut donc trouver un autre stratagème.
Depuis que les banques jouissent de la garantie temporaire de l’état, elles peuvent émettre des emprunts à un taux équivalent à celui des emprunts d’état. Leurs propres obligations, en revanche, s’effritent sur le marché, faute de garantie. Quelques banques ont alors eu l’idée géniale de racheter leurs propres titres à vil prix avec le produit du placement des emprunts garantis par l’état. Elles réalisent de la sorte une fameuse épargne, puisqu’elles ne devront plus amortir ces emprunts.
Cette épargne (la différence entre le prix de remboursement – généralement le pair – et le prix d’achat actuel), les banques la considèrent comme du bénéfice et l’enregistrent comme tel. Ensuite, tout bénéfice non distribué est soit placé sur un compte de réserve, soit ajouté au capital. C’est, bien sûr, la seconde affectation qui est privilégiée. Ainsi, ces banques sont actuellement en train d’augmenter leur capital grâce à l’épargne qu’elles réalisent sur le non-remboursement de leurs dettes obligataires. Cette épargne ne correspondant pas à un profit réellement encaissé, elles se constituent par conséquent du capital à partir de rien. Car on imagine bien que cette différence, elles ne la récoltent nulle part.
Cette nouvelle pratique, que les autorités tolèrent jusqu’à nouvel ordre, va peut-être trouver une nouvelle application. On sait que General Motors est virtuellement en faillite. Or le constructeur d’automobiles américain a été l’un des principaux émetteurs d’obligations, tant aux États-Unis qu’en dehors du pays. La majorité d’entre elles ont été émises par la filiale financière de la firme, la General Motors Acceptance Corporation ou GMAC (se prononce « Gi-Mac »). Toutes les obligations de GMAC cotent largement sous le pair, certaines à moins de 10 % de leur valeur nominale. Il suffirait à GM de racheter toutes ces obligations à ces prix dérisoires et d’enregistrer la différence comme capital. Elle se sortirait d’emblée de l’ornière car cela représenteraient des centaines de milliards de dollars.
On se demande pourquoi les firmes industrielles à la dérive n’ont pas encore opté pour cette solution. Sans doute parce qu’il leur faut de l’argent véritable. Seules les banques peuvent se contenter de sommes fictives apparaissant subitement dans leurs comptes mais n’ayant aucune existence nulle part. Un peu comme leurs dettes toxiques par ailleurs.